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Le film de la semaine : Un beau soleil intérieur

Un beau soleil intérieur de Claire Denis (1h34)

Tout est résumé ou presque dans l’affiche de ce film illuminé par Juliette Binoche : l’actrice les bras ouvert, la poitrine gonflée par le désir de vivre, un large sourire et les yeux clos. Ou l’histoire d’une femme quarantenaire qui cherche l’amour, le vrai, le grand. Entre comédie et quête existentielle, Claire Denis s’amuse avec son actrice, entre rires et larmes, et nous avec.

D’abord, une bonne nouvelle : Claire Denis semble être sorti de la noirceur qui caractérisait ses derniers films, en particulier Les Salauds, trouble et brutal polar, qui ressemblait surtout à un exercice de style. Ici, la cinéaste semble avoir trouvé un personnage qu’elle aime, au point de la mettre dans presque tous les plans de son film, magnifié par la photographie d’Agnès Godard. A notre grand bonheur d’ailleurs, puisqu’il s’agit de Juliette Binoche, plus belle qu’elle n’a jamais été, cuissardes et jupes courtes en cuir à l’appui, se permettant aussi bien de se montrer nue dans une scène d’ouverture crue que de danser seule sous les sunlights surannés d’une discothèque de La Souterraine, sous-préfecture de la Creuse où elle se retrouve embarquée en compagnie d’une clique de parisiens qui viennent participer à une exposition d’art contemporain. Car Isabelle, son personnage, est une artiste, non pas en quête de reconnaissance (visiblement elle l’a déjà), mais d’amour, après un divorce et une ribambelle d’aventures sans lendemain.

Isabelle passera dans le film dans les bras d’un banquier veule (Xavier Beauvois, libidineux à souhait), et d’un acteur de théâtre instable plus jeune qu’elle (Nicolas Duvauchelle, de retour en forme), avec aussi d’autres hommes qui tournent autour d’elle comme Philippe Katerine, extraordinaire de folie douce, Bruno Podalydès en galleriste pédant et suffisant, ou encore Alex Descas, un habitué des films de Claire Denis qui se fait encore remarquer par la justesse de son jeu. Si vous ajoutez Gérard Depardieu, qui clôt le film dans un entretien à la limite de l’ésotérisme avec Juliette Binoche, vous aurez une idée du casting cinq étoiles que s’est payé Claire Denis. Le film suit au plus près chacune de ses rencontres, avec des dialogues foisonnant (Christine Angot a co-écrit le scénario), mais aussi une mise en scène brillante et virevoltante qui nous entraîne constamment dans le tourbillon tour à tour grave et léger de la vie d’Isabelle.

Son beau soleil est bien intérieur et ne surgira que tard dans le film, mais à point, comme une promesse à venir. Entre temps, des nuages, des averses, quelques éclaircies, mais globalement un temps très variable. L’humour sous-jacent presque permanent sauve le film de la dépression. Isabelle est avant tout une naïve de l’amour, elle veut y croire à tout prix, au détriment de son amour propre, de son intégrité et de toute distance nécessaire à une relation équilibrée. Elle est en dépendance, fait de mauvais choix, veut hâter les choses ou y croire malgré tous les feux qui sont au rouge. Etonnant de la part de deux femmes féministes comme Claire Denis et Christine Angot d’avoir écrit une histoire qui nous présente finalement une femme belle mais romantique qui, au lieu de se chercher elle-même, voudrait absolument trouver la solution astrale chez l’homme. Bon courage.

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