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Mexique: fièvre immobilière et oubli, deux visages de l'après-séisme

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Mexique: fièvre immobilière et oubli, deux visages de l'après-séisme

Mexique: fièvre immobilière et oubli, deux visages de l'après-séisme
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La puissance du séisme qui frappé Mexico le 19 septembre a touché quartiers riches et pauvres de la mégapole, mais un mois après la secousse, si certains sont victimes d’une bulle immobilière, d’autres se sentent oubliés du gouvernement.

Plus de 8.000 maisons ou immeubles ont été endommagés ou détruits lors de ce tremblement de terre de magnitude 7,1, survenu le jour anniversaire du celui de 1985, qui avait fait plus de 10.000 morts.

“Tu te crois à l’abri jusqu‘à ce que ça t’arrive”, raconte Gerardo Alvarez, un journaliste de 31 ans vivant en centre-ville, qui a dû se réfugier chez des amis, avec son épouse enceinte.

“Ma maison est en train de s’effondrer, les murs présentent des cicatrices en diagonale”, indique-t-il.

Mais la recherche d’un nouvel appartement est rendue compliquée par la bulle immobilière qui s’est formée dans la foulée du drame.

“Les prix sont devenus inaccessibles”, déplore Paola Navarrete, une consultante de 31 ans qui a dû abandonner son immeuble situé dans le quartier branché de la Condesa, où elle a seulement pu récupérer trois tenues de rechange et quelques documents essentiels.

Ce quartier “hipster” a pris durant la tragédie un visage apocalyptique. Le séisme, qui a fait au total 369 morts, a fait 228 victimes dans la capitale dont beaucoup dans ce secteur de la ville.

“Nous avons l’espoir que les prix baissent un peu car beaucoup de gens s’en vont”, ajoute-t-elle en expliquant que les loyers mensuels ne descendent pas en dessous de 30.000 pesos (environ 1.600 dollars).

Dans des zones réputées “plus sûres”, où le sous-sol est plus ferme, la demande augmente, confirme à l’AFP Karim Goudiaby, du site immobilier Vivanuncios.

Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre de personnes désormais sans logement. Environ 600 personnes vivent actuellement dans des refuges. Beaucoup de sinistrés n‘étaient pas assurés contre les séismes.

La majorité ont fait appel à des proches ou des amis pour se reloger provisoirement le temps de retrouver un appartement. Beaucoup d’entreprises cherchent aussi à déménager.

Selon des chiffres de l’agence Coldwell Banker Mexico, cités par le quotidien économique El Financiero, la demande pour des immeubles de bureaux dotés des dernières normes anti-sismiques aurait bondi de 30 à 40% par rapport à la même période l’an dernier.

- ‘Maison de fortune’-

Loin du luxe et la frénésie immobilière, de nombreuses maisons modestes sont également en ruines ou sur le point de s’effondrer à Xochimilco, une zone semi-rurale au sud de la capitale, inscrite au patrimoine de l’Unesco, très appréciée des touristes pour ces canaux bucoliques.

La tragédie a uni certains voisins qui dans ces rues non goudronnées ont installé des tables pour manger ensemble. Des croix formées à l’aide de fleurs ont été déposées en hommage aux victimes.

Les habitants organisent des rondes la nuit pour empêcher le pillage de leurs maisons endommagées. Mais la solidarité ne résout pas tous les manques.

“Nous n’avons toujours pas d’eau et l‘électricité vient à peine d‘être rétablie” dans le secteur, dit Hortensia Fernandez, une femme de 50 ans.

Après avoir dégagé les décombres de sa maison détruite, il lui reste un bout de jardin, un pommier, quelques chaises brisées, un bureau et des caisses contenant quelques affaires qu’elle essaie de protéger de la pluie, à l’aide d’une bâche en plastique.

“Nous sommes tous ici dans l’attente qu’ils viennent reconstruire les maisons, même s’il s’agit de remonter une maison de fortune” indique Hortensia.

Selon elle, le gouvernement les oublie “car c’est une zone de maisonnettes et non de grands immeubles comme ceux qui sont tombés de façon impressionnante”.

En face de chez elle vit la famille Lopez. Les murs de leur maison sont sur le point de s‘écrouler, leurs fenêtres sont brisées, les plantes de leur patio enterrées sous des monceaux de décombres.

“Les autorités ont dit qu’il fallait démolir, mais rien ne se passe, ils nous ont déjà oubliés”, déplore Lorraine Lopez.

Avec les six membres de sa famille, elle est allée vivre chez sa belle-soeur, à quelques rues de là, dont la maison est également endommagée.

“C’est très difficile, nous sommes désormais neuf, au lieu de trois. Nous dormons par terre, les uns sur les autres”, dit-elle.

En regardant sa maison détruite, sa mère, âgée d’environ 70 ans, s’effondre en pleurs : “Le pire, c’est de perdre ses souvenirs”.

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