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Les All Blacks : le respect comme valeur essentielle

Interview exclusive de trois anciens joueurs des All Blacks lors de la remise à leur équipe du prix Princesse des Asturies des Sports 2017.

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Les All Blacks : le respect comme valeur essentielle

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Ils sont connus sur toute la planète, y compris par ceux qui n’aiment pas particulièrement le ballon ovale : il s’agit des All Blacks, l‘équipe de rugby la plus victorieuse de tous les temps au niveau mondial. Ces Néo-Zélandais sont quasiment imbattables, mais surtout, ils incarnent des valeurs importantes comme l’esprit sportif, l’unité, l’amitié et le respect. Nous avons rencontré les anciens joueurs Grant Fox, Keven Mealamu et Conrad Smith à Oviedo en Espagne où ils ont reçu au nom de l‘équipe nationale néo-zélandaise, le prix Princesse des Asturies des Sports 2017.

Cinzia Rizzi, euronews :
“Que représente pour vous, cette prestigieuse distinction ?”

Grant Fox, ancien joueur des All Blacks :
“C’est très prestigieux. Ces prix sont très importants. Et pour être honnête, on ne le connaissait pas beaucoup jusqu‘à ce que l’un d’eux nous soit décerné et puis on a tous cherché sur internet et… on a vu que c‘était vraiment prestigieux. On est très honoré d‘être récompensé en compagnie des autres lauréats, d‘être reconnu dans le domaine du sport. Et ce Prix, il n’est pas décerné qu’aux joueurs actuels ou qu‘à ceux qui viennent de quitter l‘équipe – et personnellement, je suis à la retraite depuis de nombreuses années -, mais à tous les joueurs qui s’y sont succédés. C’est une fierté pour nous tous de représenter notre pays et c’est une reconnaissance pour chacun d’entre nous.”

Keven Mealamu, ancien joueur des All Blacks :
“Ce n’est pas vraiment une terre de rugby ici. Alors le fait d‘être récompensé dans un pays où le foot est probablement beaucoup plus populaire, c’est encore plus spécial pour nous.”

Cinzia Rizzi :
“La Nouvelle-Zélande vient de remporter son quinzième titre dans le Rugby Championship. Il y a deux ans, votre équipe a été la première de l’Histoire à conserver le titre de champion du monde. Quel est le secret de votre réussite ?”

Grant Fox :
“Il n’y a pas vraiment de secret. C’est juste qu’on travaille dur, non ? On a de la chance, on a un bon vivier de talents. Les parents sont très impliqués dans ce sport aux côtés de leurs enfants. C’est un sport très accessible à l‘école. On a des structures excellentes pour organiser les compétitions. Et puis, on est en forme, on a de formidables entraîneurs et on a une philosophie : “L‘équipe avant tout”. Aucun joueur n’a le droit de faire passer ses intérêts avant ceux de l‘équipe.”

“On est multiculturel”

Conrad Smith, ancien joueur des All Blacks :
“Pour moi, les All Blacks ont toujours représenté la Nouvelle-Zélande. Je ne crois pas qu’on puisse dire ça de toutes les équipes dans le sport. Mais, vous savez, au sein des All Blacks, on est multiculturel. Quelle que soit la composition de l‘équipe dans l’Histoire, il y a toujours eu des agriculteurs, des gens des villes… C’est comme si l‘équipe était un carrefour multiculturel.
Donc quand les Néo-Zélandais regardent les All Blacks, naturellement, ils se disent : ‘C’est notre équipe’. Je crois qu’ils y sont très attachés. Et c’est pour ça que les All Blacks les représentent aussi bien et que le rugby est si spécial pour eux, d’une certaine manière.”

Cinzia Rizzi :
“Selon vous, pourquoi les All Blacks sont-ils aussi populaires à travers le monde, y compris auprès de personnes qui ne viennent pas de Nouvelle-Zélande et qui ne sont pas spécialement fans de rugby. Comment peuvent-elles s’identifier aux All Blacks ?”

Grant Fox :
“Je crois que c’est la manière dont se comporte l‘équipe… Pas seulement en termes de résultats. On se débrouille bien, la plupart du temps, mais on ne gagne pas tout le temps. Avant, on perdait de temps en temps. Maintenant, ça n’arrive plus très souvent. La réussite, bien sûr, ça compte, mais il y a aussi l’attitude de l‘équipe. On prend au sérieux cette fierté que nous avons, notre philosophie en tant qu‘équipe et notre respect de ce qu’il y a autour de nous : les fans, les médias, nos adversaires. On est très respectueux, on est une équipe très humble. Et on se dit qu’on est comme n’importe quel Néo-Zélandais. On a simplement de la chance de jouer au rugby un petit peu mieux que les autres et au plus haut niveau. Mais d’un autre côté, on est comme quelqu’un qui part tous les jours travailler.”

“Le respect est une valeur présente depuis notre enfance”

Cinzia Rizzi :
“L’une des notions clés dans le rugby, c’est le respect – comme vous l’avez dit -. Une notion qui n’est pas très souvent présente dans d’autres sports comme le football par exemple. Pourquoi d’après vous ?”

Conrad Smith :
“Peut-être que c’est la manière dont on est éduqué en Nouvelle-Zélande… Je ne me souviens pas que l’on nous apprenne spécialement le respect dans le rugby, c’est juste une valeur présente depuis notre enfance : c’est le respect pour une personne plus âgée, l’arbitre, son père, le père de ses copains… On a ce respect et ça continue de nous influencer au cours de notre carrière dans le rubgy. C’est l’une de ces choses inhérentes au sport et on ne sait pas vraiment pourquoi. Je ne sais pas vraiment d’où ça vient et c’est possible qu’on ne réalise même pas que c’est unique avant de voir comment ça se passe dans d’autres sports. Donc c’est difficile de répondre : c’est quelque chose qui est là depuis notre enfance.”

Cinzia Rizzi :
“Aujourd’hui, les commotions cérébrales sont devenues plus que problématiques dans le rugby. Selon vous, que peut-on faire pour réduire les risques ?”

Keven Mealamu :
“C’est quelque chose dont on parle beaucoup dans notre pays et on essaie de s’assurer qu’on mène des actions de prévention. Evidemment, on s’assure que le coaching soit bon pour que nos jeunes joueurs – les joueurs actuels – adoptent les bonnes techniques. Et quand les techniques sont maîtrisées, on peut réduire les risques de blessures. Et en plus, dès qu’on voit le moindre symptôme, on s’assure de prendre soin de ces joueurs immédiatement. Donc la santé des joueurs est très importante.”

Grant Fox :
“On joue au rugby sur une courte période. On a le reste de la vie devant soi quand tout s’arrête. On veut finir notre carrière en étant le plus possible en bonne santé.”

“De très bonnes équipes seront en lice au Japon en 2019”

Cinzia Rizzi :
“Pensez-vous que les All Blacks seront favoris lors de la prochaine Coupe du monde au Japon dans deux ans ? Et qu’est-ce qui pourrait les empêcher de remporter un troisième titre consécutif ?”

[ndlr : Grant Fox, Keven Mealamu et Conrad Smith éclatent de rire.]

Grant Fox :
“On sera probablement favori si on garde notre forme actuelle et on a gagné les deux Coupes précédentes, donc c’est probable. On aborde la plupart des Coupes du monde en tant que favoris, mais elles sont difficiles à gagner. Si le favori l’emporte à tous les coups, alors on les aurait toutes gagnées. Non, ça ne marche pas comme ça ! C’est un tournoi difficile à remporter. Nous avons de très bons adversaires et je crois qu’aujourd’hui, il y a davantage d‘équipes qui sont capables de gagner la Coupe du monde : l’Angleterre, l’Australie, l’Afrique du Sud, la France, l’Irlande, le Pays de Galles, l’Ecosse jouent de mieux en mieux. Et puis il y a aussi l’Argentine… Un certain nombre d‘équipes jouent de mieux en mieux. La compétition est très ouverte, alors qui sait quel sera le résultat ! De très bonnes équipes seront en lice en 2019 au Japon.”

Cinzia Rizzi :
“Que signifie le haka pour un joueur des All Blacks ?”

Keven Mealamu :
“‘Il est probable qu’il signifie quelque chose de différent pour chacun. Mon souvenir le plus ancien, c’est quand j’ai regardé notre équipe effectuer le haka lors de la Coupe du monde 1987. Donc Foxy [ndlr : Grant Fox] en faisait partie et donc, en voyant quelques-uns de mes joueurs préférés faire le haka alors que j‘étais tout jeune, je me suis vraiment senti attiré par ça. Et ensuite quand je suis devenu un All Black, j’ai compris ce que cela voulait vraiment dire et j’ai acquis de grandes connaissances sur la manière de l’effectuer, sur ce que ça veut dire pour l‘équipe, pour notre pays. J’ai dû l’exécuter parfaitement. Donc ce n’est pas comme si tout d’un coup, vous apportez votre énergie au haka, non… C’est quelque chose que l’on doit vraiment comprendre et exécuter de mieux en mieux à cause du lien fort qui nous unit à ce rituel.”