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Des dizaines de milliers de réfugiés afghans scolarisés en Iran

Découvrons comment l'Iran scolarise des dizaines de milliers d'enfants réfugiés afghans avec l'aide internationale, notamment européenne.

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Des dizaines de milliers de réfugiés afghans scolarisés en Iran

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Dans ce reportage exclusif tourné pour Aid Zone, nous évoquons le droit à l‘éducation en Iran. Ce pays a ouvert ses écoles publiques à tous les enfants afghans réfugiés, même à ceux en situation irrégulière, et en à peine deux ans, des dizaines de milliers de nouveaux élèves ont rejoint les bancs de l‘école.

D’après les chiffres de l’UNHCR pour l’année 2016, on recense deux millions et demi de réfugiés afghans à travers le monde : ils fuient les violences qui font rage en Afghanistan, deuxième pays d’origine des réfugiés au niveau mondial. En 2017, près d’un million d’entre eux sont accueillis en Iran auxquels s’ajoutent pour les estimations les plus hautes du Service iranien en charge de l’immigration et des étrangers, deux millions d’Afghans en situation irrégulière.

Notre reporter Monica Pinna se rend à Kerman, province iranienne qui compte l’une des plus fortes proportions de réfugiés. Sur place, on compte 300.000 réfugiés afghans pour trois millions d’habitants. Certains d’entre eux y sont installés parfois, depuis quarante ans.

On estime qu’environ 130.000 Afghans de Kerman n’ont pas de papiers en règle. Ce qui veut dire qu’ils n’ont pas de droits ou très peu, alors même qu’ils vivent parfois depuis longtemps dans le pays.

Parmi eux, Saeed, 13 ans : il est né en Iran. Etant en situation irrégulière, il n’avait pas le droit d’aller à l‘école jusqu‘à ce qu’en 2015, les autorités iraniennes ne publient un décret ouvrant les écoles publiques à tous les enfants réfugiés. Un changement marquant dans la gestion des migrants dans le pays et très important – évidemment – pour ces milliers d’enfants qui ont accès à l‘éducation désormais. “J’arrive à tout lire, tout ce que je veux : par exemple, les panneaux sur le bord de la route et les ordonnances des médecins à l’hôpital,” se félicite Saeed.

La crainte de l’expulsion

Dans un premier temps, il a fallu garantir aux familles en situation irrégulière que l’inscription de leurs enfants ne déclencherait pas de procédure d’expulsion.Les écoles ont dû aussi être adaptées à l’arrivée de milliers d‘élèves supplémentaires. Pour répondre à leurs besoins, l’Union européenne a accru son aide financière en s’appuyant sur ses partenaires sur le terrain comme le Conseil norvégien pour les réfugiés ou NRC.

“On a soutenu dans le pays, une quarantaine d‘écoles, explique Olivier Vandecasteele, directeur du NRC en Iran. C’est essentiellement un apport en équipements, quelques réhabilitations pour que les écoles puissent être rouvertes : celle-ci en particulier était fermée pendant plusieurs années, nous montre-t-il. Cela passe aussi par des programmes d’accès à l‘éducation pour des enfants qui ont été hors du système scolaire du fait de leur statut pendant des nombreuses années : ils ont besoin de formations accélérées pour pouvoir réintégrer l‘école,” souligne-t-il.

L’Union européenne consacre près de dix millions d’euros cette année pour l’aide aux réfugiés afghans en Iran. Le Commissaire Chrístos Stylianídis s’est rendu deux fois dans le pays, soulignant l’importance qu’accorde l’UE à cette démarche iranienne, et ce dans un contexte diplomatique délicat.

“Les choses ont beaucoup changé depuis l’arrivée des premiers Afghans il y a plus de trente ans, estime Caroline Birch, du service de la Commission européenne à l’aide humanitaire. Aujourd’hui, poursuit-elle, notre objectif n’est plus de couvrir leurs besoins de base, mais de les inciter à achever leur scolarité pour qu’ils puissent aller dans le secondaire, voire à l’université.”

Sureffectifs

D’après le ministère en charge des réfugiés, 10.000 enfants ne sont pas scolarisés dans la province de Kerman, notamment parce qu’il est parfois difficile de savoir quel niveau est le mieux adapté. Saeed lui a pu être admis dans celui qui correspond à son âge après avoir suivi des cours d‘été organisés par l’ONG NRC. Mais il reste le problème du coût.

“L’an dernier, on les a scolarisés en 4ème niveau, raconte sa mère, mais après quelques mois, on a dû les retirer de l‘école parce que ça nous coûtait trop cher en transport et en frais de scolarité.”

Mais cette année, la situation a changé : “Jusqu‘à maintenant, on ne nous a pas demandé de payer quelque chose pour l‘école, dit-elle avant d’ajouter : J’ai commencé à travailler dans une ferme qui produit des pistaches, mon mari travaille et Saeed voulait travailler lui aussi : il gagne de quoi payer le bus pour l‘école en travaillant dans un magasin de motos tous les après-midi.”

Les capacités d’accueil des écoles sont encore loin d‘être à la hauteur des besoins. Dans cette province, il y a eu 30.000 inscriptions en deux ans. Un tiers concernait des enfants sans papier. On compte aujourd’hui en moyenne, 40 à 44 élèves par classe. “Pour scolariser 30.000 élèves en respectant la norme de 20 à 25 élèves par classe, on aurait besoin d’ouvrir 1200 classes,” reconnaît Hamid Shamsaldini, directeur général du Service iranien en charge de l’immigration et des étrangers à Kerman.

De nouveaux équipements

Nous quittons Kerman pour rejoindre Zangiabad, près d’une zone désertique. Nous visitons un complexe scolaire qui désormais, accueille des enfants venant de nombreux villages isolés situés aux alentours grâce à de nouveaux équipements construits par l’ONG norvégienne. “Il y avait un problème de capacité qu’on a pu résoudre grâce à la construction du bâtiment ici, indique Olivier Vandecasteele. On a construit 10 salles de classe qui permettent l’accès à l‘éducation de 300 enfants additionnels,” précise-t-il.

Sur place, 90% des élèves sont afghans, la moitié en situation irrégulière. C’est le cas d’Amir Hossein, 10 ans, né en Iran. Sa grand-mère est fière que plusieurs de ses 21 petits-enfants puissent enfin aller à l‘école après tant d’années d‘épreuves pour elle et sa famille.

“On est venu d’Afghanistan il y a trente ans, mais l’année suivante, j’ai perdu mon mari, raconte-t-elle. Je n’ai pas pu mettre mes enfants à l‘école, on a traversé beaucoup de difficultés et de souffrances, on avait le mal du pays, je n’avais pas de mari et personne pour prendre soin de nous, les enfants n’avaient plus de père,” déplore-t-elle.

Inscrire les réfugiés afghans sans-papiers à l‘école et faire en sorte qu’ils la fréquentent le plus longtemps possible… C’est donner l’opportunité à toute une génération restée dans l’ombre de se construire un meilleur avenir.

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère

Aid Zone Iran