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Prendre le contrôle de la Catalogne, une tâche ardue pour Madrid

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Prendre le contrôle de la Catalogne, une tâche ardue pour Madrid

Prendre le contrôle de la Catalogne, une tâche ardue pour Madrid
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Le gouvernement espagnol est déterminé à prendre le contrôle de la Catalogne en destituant ses dirigeants indépendantistes, mais la tâche s’annonce difficile dans une région très autonome où une partie de la population est prête à désobéir.

Les mesures de destitution du président séparatiste Carles Puigdemont et de son cabinet, basées sur l’article 155 de la Constitution, doivent entrer en vigueur une fois publiées au Journal officiel. Elles prévoient aussi, notamment, la mise sous tutelle de la police et des médias publics régionaux.

- L’absence de l’Etat

C’est un obstacle majeur pour la prise de contrôle réelle de la Catalogne.

Seuls 9% des fonctionnaires de Catalogne 26.000 personnes sont issus de l’administration centrale.

C’est bien moins qu’en Andalousie (19%) et dans la région de Madrid (39%). Selon le quotidien El Pais, l’Etat n’y dispose en direct que de 842 juges et 5.900 membres des forces de l’ordre. Ce qui explique qu’il ait dû envoyer en renfort quelque 10.000 gardes civils et policiers, hébergés en partie… dans des bateaux de croisière.

- Destituer le gouvernement

Cette mesure risque d‘être un casse-tête pour le gouvernement de Mariano Rajoy: que faire, par exemple, si Carles Puigdemont, qui ne reconnaîtra pas les mesures de Madrid, refuse de quitter son bureau?

“S’il se retranche, les délits s’accumuleront pour lui”, et “rien de ce qu’il fera n’aura de validité”, répond une source gouvernementale à Madrid. Dans tous les cas, la décision de le “déloger” ou de l’arrêter s’il entre en rébellion appartiendra à un juge et devra être exécutée par la police catalane, ajoute cette source.

- Surmonter grèves, désobéissance ou boycotts

Dans cette région de 7,5 millions d’habitants grande comme la Belgique et très jalouse de son autonomie, les indépendantistes sont habitués à prendre la rue pour soutenir leurs dirigeants.

Un collectif, “Debout pour la paix”, a largement diffusé des consignes d’une “stratégie non-violente de libération”: lancer des campagnes de “non coopération” incluant grèves ou boycott, ou de “désobéissance civile” en assumant l’illégalité.

Sur les 304.000 fonctionnaires en Catalogne, dont 167.000 travaillent pour l’administration régionale et 84.000 pour les mairies, certains pourraient traîner des pieds.

La vice-présidente du gouvernement espagnol Soraya Saenz de Santamaria a prévenu: il pourra y avoir des “limogeages, pour les employés qui continueraient ouvertement à ne pas respecter la Constitution”.

“Nous ne reconnaîtrons pas une administration qui ne provienne pas des urnes du peuple catalan”, a averti Ramon Font, porte-parole du syndicat d’enseignants Ustec majoritaire en Catalogne, assurant cependant qu’on n’avait pas donné de consignes précises.

Une partie des pompiers a aussi brandi des menaces dans le même sens. “Si une route est bloquée (par des manifestants) et qu’on nous demande de la débloquer, il est probable que nous ne répondions pas”, a expliqué à l’AFP l’un d’entre eux sous couvert d’anonymat.

- Contrôler la police régionale

Autre obstacle majeur: la prise de contrôle de la police catalane, les Mossos d’Esquadra.

“Bien sûr que ce ne serait ni facile ni agréable! Ce ne serait pas bien vu qu’un policier ou quelqu’un de l’extérieur vienne prendre le contrôle des Mossos”, affirme à l’AFP Ramon Cosio, porte-parole du syndicat de policiers SUP, majoritaire.

Les relations entre les Mossos et les corps de police nationaux ont été mises à rude épreuve depuis le référendum d’autodétermination interdit du 1er octobre, émaillé de violences policières qui n’ont pas empêché la tenue du vote dans la plupart des bureaux.

“Rajoy nous a dit qu’il avait tout bien préparé pour le référendum, et ensuite, il s’est avéré que non”, commente Josep Borrell, socialiste critique à la fois des indépendantistes et de Mariano Rajoy.

- Surmonter l’opposition des médias

La prise de contrôle des médias catalans, que le gouvernement de Mariano Rajoy justifie par la nécessité d’une “information fiable, objective et équilibrée”, serait également une gageure, à cause de l’image de violation de la liberté de la presse que cela donnerait.

Les trois médias TV3, Catalunya Radio et l’Agence catalane d’information comptant quelque 2.300 employés ont qualifié mercredi cette tentative d’“ingérence inacceptable”.

- Maîtriser les finances

Un des seuls points positifs pour l’Etat espagnol: il tient les cordons de la bourse.

Les finances du gouvernement catalan sont déjà sous tutelle depuis septembre, et dès fin octobre, il sera incapable de payer ses fonctionnaires et d’honorer ses dettes.

L’administration fiscale reste entre les mains de l’Etat central et de ses fonctionnaires.

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