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La course à pied: derrière les Kényans et Ethiopiens de légende, un sport encore très blanc

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La course à pied: derrière les Kényans et Ethiopiens de légende, un sport encore très blanc

La course à pied: derrière les Kényans et Ethiopiens de légende, un sport encore très blanc
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Une poignée de Kényans devant, des milliers de Blancs derrière: l'image se répète au fil des grands marathons occidentaux, témoin d'un sport où les minorités sont sous-représentées, même si les choses changent progressivement. Il y a les impressions, mais les chiffres, eux, sont irréfutables. Quelque 83% des coureurs aux Etats-Unis sont blancs, contre 8% de Noirs et 6% d'hispaniques, selon une étude publiée en 2016 par le site Running USA. Alors que les Noirs représentent 13% de l'ensemble de la population américaine, et les Hispaniques 18%. Douglas Hartmann, professeur de sociologie à l'université du Minnesota, souligne que même si le succès de sportifs professionnels noirs en sprint, basket ou football américain a pu faire croire que les adultes afro-américains étaient de grands sportifs pratiquants, ce n'est pas le cas. "Les Blancs américains ont toujours un accès et un niveau de pratique bien supérieurs aux autres groupes" ethniques, insiste-t-il. En outre, "il n'est pas inhabituel" qu'un joggeur noir dans un quartier blanc se fasse intercepter par la police, qui pense parfois qu'il n'est pas à sa place, affirme Tony Reed. "J'ai eu des tas d'incidents lors de mes sorties, en course et lors de mes entraînements, où les gens me crient des trucs (racistes) et me jettent des projectiles", témoigne aussi Simran Jeet Singh, professeur à l'université de New York (NYU) et coureur, dont les origines sont facilement identifiables à sa grande barbe et son turban. - Le poids de l'histoire - Historiquement, affirme-t-il, la course à pied amateur "est un sport principalement blanc". Cette sur-représentation blanche trouve ses origines à Boston, où la grande bourgeoisie locale introduisit la course à pied comme loisir respectable à la fin du XIXème siècle. Le boom des années 70 et 80, qui a vu la naissance de centaines de courses en Europe et aux Etats-Unis, a lui aussi été essentiellement blanc, souligne Tony Reed, directeur exécutif de l'Association nationale des marathoniens noirs (NMBA). Au fil du temps, chez les entraîneurs mais aussi au sein même de la communauté noire, s'est enracinée l'idée que "les Noirs ne sont pas des coureurs de fond", explique-t-il. Par ailleurs, la théorie veut que la course soit l'un des sports les moins coûteux à pratiquer. Mais plusieurs spécialistes évoquent aussi une barrière économique, qui écarterait beaucoup de noirs et hispaniques, au niveau de vie moyen sensiblement inférieur à celui des blancs. "Quand vous commencez à vous inscrire à des courses ou à acheter des chaussures qui coûtent entre 120 et 150 dollars, la course peut être un sport cher", explique Jay Ell Alexander, manageuse nationale pour l'organisation Black Girls Run!, qui cherche à amener les femmes noires à courir. "On ne voit pas beaucoup d'ouvriers, de chômeurs ou de pauvres courir pour faire de l'exercice ou participer à des courses", renchérit Joseph Weis, professeur de sociologie du sport à l'université de Washington. - Bientôt le boom des minorités? La course "est liée à une culture dominante, et essentiellement blanche, et à un style de vie de classe moyenne", estime Douglas Hartman. Les choses ont néanmoins commencé à évoluer sous l'impulsion de la communauté noire, observe Simran Jeet Singh. L'association de Tony Reed organise ainsi des ateliers pour familiariser les populations noires à la course à pied, en marge des marathons de New York, Boston, Baltimore, Dallas ou Little Rock, dans l'Arkansas. L'atelier de Dallas a ainsi permis de créér trois groupes de coureurs, qui comptent désormais 120 personnes, dit-il. Pour ces minorités, la course comme instrument de santé publique est le principal argument. L'association Black Girls Run! a ainsi choisi de se concentrer sur une population, les femmes noires, dont 82% sont en surpoids ou obèses aux Etats-Unis. Le but: "améliorer leur état de santé en général", explique Jay Ell Alexander. Un peu partout aux Etats-Unis, des organisateurs de courses se mobilisent également pour une meilleure représentation des minorités. Le New York Road Runners, l'association qui organise le marathon de New York, a créé le programme Open Run qui propose un jogging hebdomadaire dans de nombreux quartiers, notamment les zones populaires et multi-ethniques du sud du Bronx ou du nord de Manhattan. Simran Jeen Singh dit avoir remarqué, ces dernières années, "de plus en plus de gens issus de minorités sur des courses ou qui courent dans les parcs ou les rues". Pour Tony Reed, après le boom de la course pour les hommes blancs dans les années 70, puis celui des années 90 pour les femmes blanches, le prochain sera bien "celui des minorités ethniques".
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