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La détresse des Rohingyas réfugiés au Bangladesh

Reportage exclusif au Bangladesh à la frontière avec la Birmanie auprès des réfugiés Rohingyas livrés au dénuement.

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La détresse des Rohingyas réfugiés au Bangladesh

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Des milliers de Rohingyas, minorité musulmane persécutée en Birmanie, continuent d’affluer dans les camps de réfugiés déjà saturés du Bangladesh. Leur dénuement est total et les ONG tentent de répondre à cette crise humanitaire, la pire depuis le génocide au Rwanda en 1994.

Ils seraient 8000 Rohingyas de Birmanie à s‘être retrouvés bloqués pendant plusieurs jours dans la zone frontalière d’Anjumanpara au Bangladesh. Lorsque nous nous rendons sur place, ces Musulmans persécutés dans leur pays n’ont pas encore été transférés dans un camp de cette région où déjà, plus de 600.000 d’entre eux ont trouvé refuge depuis les attaques de l’armée birmane en août.

“Les soldats sont rentrés chez nous, raconte Setare Begum, réfugiée. Ils cherchaient mon père qui essayait de leur échapper, ils ont donné des coups de couteau à ma mère et l’ont tuée et quand mon père est rentré, ils l’ont tué lui aussi, dit-elle avant d’ajouter : J’ai mis huit jours à venir jusqu‘à la frontière, quand je n’avais plus rien à manger, j’ai mangé des feuilles et tout ce que je pouvais trouver dans la forêt.”

Dans leur fuite, ils n’ont quasiment rien emporté. Ceux qui ont réussi à emmener des documents officiels comme des titres de propriété tentent de les faire sécher au soleil. Ils pourraient leur servir à rentrer chez eux un jour, espère Abdulrahim, un autre réfugié.

“Cela fait 22 jours qu’on est parti, mon père est mort pendant le trajet et cela fait trois jours qu’on attend à la frontière,” souligne ce père de cinq enfants.

Aide humanitaire mobile

Les ONG sont prêtes à réagir rapidement à cet afflux de réfugiés en provenance de la rive birmane de la fleuve Naf. Leurs équipes mobiles leur portent secours dès qu’ils ont franchi la zone interdite d’accès entre les deux pays. Ils leur fournissent une assistance médicale et leur donnent de l’eau et de la nourriture : un repas chaud par jour et des biscuits énergétiques.

“Depuis le mois d’août, on est constamment dans cette situation à la frontière, explique Ismail Faroque Manik, directeur de programme adjoint nutrition à Action contre la Faim. C’est la quatrième fois qu’il y a un afflux à ce point de passage ; ces derniers temps, près de 35.000 personnes sont arrivées sur place et une fois là, elles doivent attendre quatre à cinq jours qu’on leur donne l’autorisation d’aller s’installer dans des camps,” explique-t-il.

Les plus fragiles sont évacués immédiatement, certains étant trop faibles pour marcher. Les travailleurs humanitaires racontent soigner des blessures par balle et des fractures causées par des chutes sur des sentiers glissants.

Les réfugiés que nous avons rencontrés se trouvent tous à présent, dans une extension de Kutupalong, le camp officiel créé en 1992 pour accueillir les réfugiés enregistrés qui est aujourd’hui saturé. D’autres habitats de fortune ont été construits autour pour abriter ceux qui ne sont pas enregistrés. Ce qui porte à près de 460.000 le nombre de personnes résidant dans l’ensemble de la zone.

“Il ne s’agit que de droits de l’homme”

Lors de sa visite à Kutupalong fin octobre, le Commissaire européen en charge de l’aide humanitaire Christos Stylianides s’est dit choqué par l’ampleur des besoins. “Nous devons persuader le gouvernement birman qu’il s’agit de droits de l’homme, ce n’est pas un conflit religieux, ce n’est pas une question religieuse, insiste-t-il. Il ne s’agit que de droits de l’homme, de droits fondamentaux pour toute personne, pour tout être humain, renchérit-il. Je suis d’accord avec le secrétaire général de l’ONU António Guterres pour dire que peut-être, la seule manière de décrire cette situation, c’est de parler de nettoyage ethnique,” souligne-t-il.

Plus de la moitié de ces réfugiés sont des enfants : un représentant de la Croix-Rouge a d’ailleurs, évoqué une “crise des enfants”. On estime qu’ils sont des milliers à être non accompagnés – orphelins ou séparés de leur famille.

“Des villages entiers continuent de rejoindre le Bangladesh et ses camps de réfugiés déjà pris d’assaut : il s’agit du pire exode – vu le nombre de personnes touchées sur un délai aussi court – depuis le génocide au Rwanda en 1994,” précise notre reporter Monica Pinna.

euronews consacre son magazine Aid Zone à la crise des Rohingyas, diffusé à partir du 23 novembre.

Monica Pinna avec Stéphanie Lafourcatère