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A Lourdes, un archevêque d'Irak espère un "plan Marshall" pour son pays

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A Lourdes, un archevêque d'Irak espère un "plan Marshall" pour son pays

A Lourdes, un archevêque d'Irak espère un "plan Marshall" pour son pays
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L'archevêque de l'Eglise catholique chaldéenne de Kirkouk en Irak, Mgr Yousif Thomas Mirkis, espère un "plan Marshall" pour relever son pays qui "a perdu toute confiance" malgré la débâcle du groupe Etat islamique (EI), dit-il dans un entretien à l'AFP. Ce religieux dominicain de 68 ans, très lié à la France dont il parle la langue et où il a été en partie formé, s'est exprimé mardi devant l'assemblée des évêques français, au sanctuaire marial de Lourdes, dans le sud de la France. Il est "venu leur dire merci" pour l'aide financière apportée par l'Eglise de France depuis 2015 à des étudiants irakiens - 400 en 2015, 700 en 2016 - ayant fui les zones envahies par l'EI, notamment Mossoul et la plaine de Ninive, pour trouver refuge à Kirkouk. Et il les a invités à poursuivre leur aide, "si c'est possible", en direction de cet Irak exsangue qui a perdu "plus de la moitié" de ses chrétiens en quelques années. Réduite à environ 450.000 personnes aujourd'hui, "l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde est en train de disparaître d'Irak sous nos yeux, dans l'indifférence ambiante", a-t-il lancé devant les évêques de France. "On parle dans les médias de déroute de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique, NDLR)", relève-t-il dans une interview à l'AFP. Mais sous "l'iceberg", "il y a la mentalité que Daech a créée. Il y a quand même huit millions de personnes qui ont été enrôlées, dominées par Daech", alerte-t-il, même si toutes n'ont certes "pas été gagnées à l'idéologie" jihadiste. "Il y a une situation humaine, sociologique économique, politique qui doit être prise en considération. On ne peut pas faire fi de la stabilité d'un pays qui a perdu toute confiance en l'avenir, donc il y a vraiment beaucoup de pain sur la planche", prévient Mgr Mirkis, archevêque de Kirkouk (nord) et Souleymanieh (Kurdistan irakien) depuis 2014. - Tensions 'encore envenimées' - Pour Mgr Mirkis, le retour des chrétiens en Irak depuis les défaites militaires de l'EI dans des villes comme Qaraqosh et Mossoul "a été freiné" par le référendum d'indépendance organisé fin septembre par le Kurdistan irakien. "Les tensions ont été encore envenimées", d'autant que "les chrétiens habitent une région disputée", c'est-à-dire réclamée à la fois par le gouvernement régional kurde et Bagdad. A Lourdes, Mgr Mirkis a appelé à "un plan Marshall" pour l'Irak dans les domaines économique, mais aussi culturel et éducatif. "C'est une action de solidarité beaucoup plus profonde que simplement donner des sous", souligne l'archevêque chaldéen. Les universités irakiennes, prend-il comme exemple, "ont besoin de l'expérience d'un pays comme la France qui, un jour, avait aussi à reconstruire le pays", au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Deux mille euros suffisent pour prendre en charge un étudiant "pour toute l'année à l'université, ici", en Irak, relève-t-il. "Si ces jeunes décident d'émigrer en France, le gouvernement (français) dépensera certainement beaucoup plus", fait-il valoir, rappelant sa conviction que "l'émigration n'est pas une solution, c'est un arrachement, c'est une perte d'identité". Dès 2003 et l'invasion américaine en Irak, "j'avais dit que la boîte de Pandore avait été ouverte, et aujourd'hui on voit les conséquences de la déstabilisation de la région entière. Cette région est partie pour beaucoup de difficultés: on sent que les communautarismes n'ont pas réussi, la démocratie à l'américaine n'a pas réussi. Ne réussira qu'un sursaut du fin fond de la population", prédit-il. Mgr Mirkis veut croire au réveil des jeunes générations pour relever l'Irak. "Si les jeunes de moins de 30 ans, qui forment 60% de la population, ne se prennent pas en charge, rien ne pourra se faire", estime-t-il. C'est pourquoi il a accompagné à Kirkouk des centaines d'étudiants déplacés accueillis, a-t-il souligné, "sans discrimination", qu'ils soient chrétiens, musulmans sunnites ou chiites, yézidis, mandéens... Une expérience vue "comme une petite lampe qui brûle et procure de la joie au coeur de la nuit", a-t-il décrit devant les évêques français qui l'ont longuement applaudi.
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