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En Afghanistan, un périlleux combat contre la corruption

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Une série d'attaques meurtrières visant des acteurs de la lutte anti-corruption en Afghanistan a rappelé récemment ce qu'il peut en coûter de s'en prendre aux riches et aux puissants dans un pays particulièrement miné par ce fléau. Depuis un an que le Centre de Justice anti-corruption (ACJC) a entamé ses audiences publiques, trois enquêteurs de la police criminelle ont été assassinés. Au début du mois, un autre enquêteur a été blessé par balles au visage en pleine rue, tandis qu'un employé du centre a été attaqué devant chez lui, ont rapporté des responsables de ce service à l'AFP. Personne n'a été arrêté pour ces attaques, dont les observateurs remarquent qu'elles mettent en lumière la faible protection accordée aux responsables de la lutte contre la corruption, malgré les promesses du président Ashraf Ghani d'en faire la priorité de son mandat. Selon l'organisation Transparency International, l'Afghanistan est l'un des pays les plus corrompus au monde, gangréné jusque dans la moindre de ses institutions. Le Centre anti-corruption a été inauguré en juin 2016, suite à une promesse du président Ghani à la communauté internationale. Mais ses employés se sentent mal protégés dans un pays en proie à la violence et où les enlèvements sont monnaie courante. "Malheureusement, nous ne sommes pas en sécurité, nos maisons ne sont pas protégées, le trajet pour nous rendre au centre n'est pas sécurisé et même à l'intérieur de l'ACJC nous nous sentons vulnérables", avoue la juge Anisa Rasooli, dans son bureau au coeur de l'enceinte qui abrite l'ACJC. "Nous travaillons sur des cas de personnalités éminentes, face à des gens vraiment dangereux". Anisa Rasooli est l'un des deux juges en chef qui bénéficient d'une voiture blindée prêtée par la Cour suprême pour aller au Centre et en revenir. Mais ces véhicules devront être rendus à la Cour quand les postes vacants y auront été pourvus. A part eux, tout le monde y compris les juges, procureurs et enquêteurs circulent en voitures "normales" ou véhicules de police. Certains employés conduisent leur propre voiture ou prennent les transports en communs. Après la mort des deux premiers enquêteurs, M. Ghani a ordonné en juin dernier par décret qu'une cinquantaine de gardes de sécurité soient assignés au Centre anti-corruption. Mais Mme Rasooli, comme d'autres responsables de haut niveau, sont contraints de renoncer à cette protection pendant la nuit faute de place pour héberger les gardes du corp. "Je n'ai vraiment pas de place pour eux" avoue le directeur-exécutif du centre Rohullah Abed, qui renvoie chaque soir les trois gardes attachés à sa sécurité. "Si j'ai besoin de quelque chose, je les appelle". - "Manque de moyens" - L'ACJC traite d'affaires impliquant des personnalités de haut rang, civiles et militaires, accusées d'avoir touché au moins cinq millions d'afghanis (environ 74.000 USD) de pots-de-vins ou détourné 10 millions d'afghanis au moins. Mais les travaux sont bien lents, déplore Sayed Ikram Afzali, directeur de l'ONG Integrity Watch Afghanistan. "L'ACJC manque sérieusement de moyens", indique-t-il à l'AFP. Selon lui, 12 affaires ont été jugées et 36 personnes condamnées en un an, "mais de nombreux cas sont toujours en attente". Le décret présidentiel ordonnait également aux ministères de l'Intérieur et de la Défense de "protéger efficacement" le centre et les résidences de ses responsables, et de fournir des "véhicules blindés" à ceux confrontés à des "menaces élevées". Rien de tout cela n'est advenu, assure Rohullah Abed. Par ailleurs, il faudra encore un an de travaux au moins pour achever une résidence censée héberger les personnels et leurs familles. "Nous leur avons fourni des moyens de protection", proteste Najib Danish, porte-parole du ministère de l'Intérieur -- que le chef de l'Etat a qualifié à plusieurs reprises d'institution "la plus corrompue" du pays. "Le gouvernement a souvent fait des promesses mais rien n'a été vraiment entrepris" rétorque M. Afzali. "Comment les croire ?" Anisa Rasooli et son alter ego, Shir Aaqa Monib, restent malgré tout déterminés à poursuivre leur travail. "Tous les problèmes que nous connaissons en Afghanistan résultent de la corruption", affirme M. Monib à l'AFP. "Si on ne réagit pas, qui va le faire ? Et qui va permettre aux gens de ce pays de vivre en sécurité ?"
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