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Suicides en série dans la police

63 membres des forces de l'ordre se sont donnés la mort depuis début 2017 en France.

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Suicides en série dans la police

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Ils sont gardiens de la paix ou commissaire de police, gendarme membre d’une unité d’intervention ou commandant d’une brigade de proximité, fonctionnaires ou militaires exerçant en zone rurale ou dans l’agglomération parisienne : ils font partie des 47 policiers et 16 gendarmes qui se sont donnés la mort depuis le début de l’année 2017, selon un décompte initial du ministère de l’Intérieur complété par l’AFP.

63 décès au total cette année, mais la vague de suicides s’est transformée en raz-de-marée la semaine dernière.
Neuf membres des forces de l’ordre ont mis fin à leurs jours en l’espace de 7 jours.

Hémorragie en une semaine

3 d’entre eux se sont donnés la mort ce dimanche 12 novembre. Un policier de Corrèze, une policière de la région de Perpignan et le commissaire Antoine Boutonnet, ex-chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme. Il a été retrouvé mort, après avoir probablement mis fin à ses jours avec son arme de service.

« Depuis début 2017, j’ai 40 collègues qui ont mis fin à leurs jours. On n’entend pas de réaction des pouvoirs publics », témoignait Guillaume Lebeau, policier à la BAC et membre fondateur de la Mobilisation des policiers en colère, sur RFI vendredi dernier.


Depuis, cette hémorragie au sein des forces de l’ordre a fait réagir les autorités.

« Il y a un travail très fin à réaliser, nous allons le faire », a déclaré Edouard Philippe, affirmant prendre « personnellement très au sérieux ces chiffres et, au-delà de ces chiffres, les réalités individuelles qu’elles représentent », ce lundi matin sur France Inter.

Policiers et gendarmes seront reçus place Beauvau

Le Premier ministre français a également annoncé que le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb allait recevoir « l’ensemble des organisations représentatives de forces de l’ordre (…) pour faire le point sur les procédures qui existent, afin de déceler ceux qui, dans une situation de fragilité particulière, pourraient, le cas échéant, décrocher, voire passer à l’acte ».

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, a demandé aux directeurs généraux de la Police nationale, de la Gendarmerie et de la Sécurité intérieure « une évaluation des mesures mises en oeuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre ».


« Manque de considération, surmenage, mauvaises conditions de travail »

« Nous demandons énormément aux policiers, aux gendarmes, aux militaires, énormément », a reconnu Edouard Philippe.

Il faut dire que depuis l’instauration de l’état d’urgence il y a deux ans (un régime d’exception remplacé il y a dix jours par une nouvelle loi antiterroriste) et le passage du plan Vigipirate au niveau « renforcé », les forces de l’ordre sont extrêmement sollicitées. « Derrière chaque uniforme, il y a un homme épuisé », confiait au Monde Luc Poignant, d’Unité SGP Police.

Plus de 20 millions d’heures supplémentaires non payées

Les syndicats de policiers et de gendarmes craignent de voir le nombre de suicides atteindre des sommets cette année, comme en 2014, une année noire au cours de laquelle 55 policiers (contre 40 en moyenne annuellement) et une trentaine de gendarmes avaient mis fin à leurs jours.

« Policiers et gendarmes sont très mobilisés sur la défense des autres depuis deux ans. Peut-être que cela les a amenés à moins se soucier d’eux-mêmes mais peut-être que cela a également généré de l’usure », avance prudemment Céline Berthon, secrétaire générale du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).

D’après le syndicat UNSA Police, « les policiers totalisent plus de 20 millions d’heures supplémentaires qui ne leur seront pas payées et qu’ils ne peuvent pas récupérer, vu l’engagement opérationnel de la police nationale, en particulier depuis 2015 ».


Pour Unité-SGP-Police, les policiers « confrontés au quotidien à la misère humaine, à la violence et au pire que l’on puisse trouver chez l’homme », « ne peuvent plus supporter ce manque de considération, facteur du passage à l’acte dramatique ».

Les suicides parmi les forces de l’ordre ont des causes multiples et touchent des profils variés, relève Céline Berthon, « une institution qui est confrontée à ce phénomène doit être en mesure, de manière dépassionnée, de se demander : est-ce qu’il y a des choses qui peuvent faciliter le passage à l’acte ou le provoquer ? Et le cas échéant, comment puis-je faire un travail de prévention ? »

Cécile Mathy avec agences.