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Au Parlement du Zimbabwe, la parole s'est enfin libérée

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Au Parlement du Zimbabwe, la parole s'est enfin libérée

Au Parlement du Zimbabwe, la parole s'est enfin libérée
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Le Parlement zimbabwéen n'a pas eu le temps de voter la destitution de Robert Mugabe. Le président a démissionné avant. Mais sa session extraordinaire aura servi d'exutoire aux élus, qui en ont profité pour dénoncer les 1.001 dérives de son règne. En ce mardi après-midi historique, l'hémicycle n'est pas assez grand pour accueillir les députés et les sénateurs qui se pressent pour engager la procédure de destitution contre l'ancien héros de l'indépendance devenu paria. La session est momentanément interrompue. Tout le monde se déplace vers le centre international de conférence d'Harare, suffisamment spacieux pour accueillir tous les élus. Vers 16h45 (14h45 GMT), la sénatrice Monica Mutsvangwa, du parti présidentiel Zanu-PF, entre dans le vif du sujet. Elle présente en son nom la motion de destitution et égrène les raisons qui justifient son examen. "Faute grave", "manquement à la Constitution", "violation délibérée de la Constitution", "incapacité" à occuper ses fonctions, les accusations se succèdent. Assis à des tables drapées de nappes blanches, dans la fosse de l'immense centre de conférence, les élus écoutent attentivement. "Le président a abandonné ses pouvoirs constitutionnels à son épouse" Grace Mugabe, explique Mme Mutsvangwa, abandonnant progressivement les formules officielles. "Mugabe a autorisé sa femme à abuser des ressources de l'Etat (...), insulter et humilier le vice-président de ce pays, l'honorable Emmerson Mnangagwa, menacer de le tuer", énumère-t-elle. La première dame a mené une vive campagne de dénigrement contre son adversaire dans la course à la succession du président Mugabe. Le 5 novembre, à la veille de l'éviction du vice-président, elle l'accuse d'avoir ourdi des complots. Les partisans de M. Mnangagwa la soupçonnent même d'avoir voulu empoisonner leur candidat... avec de la crème glacée produite dans une laiterie qu'elle possède. - Réquisitoire - "Nous n'avons aucun mot pour justifier la prétendue première dame qui est allée en Afrique du Sud et a frappé une jeune femme", poursuit Monica Mutsvangwa sur un ton de procureure. En août dernier, Mme Mugabe avait été accusée d'avoir frappé une mannequin dans un hôtel huppé de Johannesburg. Pour échapper à toute poursuite, elle avait obtenu l'immunité diplomatique, provoquant un tollé de l'opposition. Et Monica Mutsvangwa de poursuivre. "A cause de son âge avancé", Robert Mugabe "n'est pas capable de représenter l'Etat avec le décorum et la dignité qui s'imposent. Nous avons vu notre président dormir en conseil de ministres et lors de réunions internationales". Des affirmations encore impensables il y a quelques jours. "Nous avons même vu notre président lire le mauvais discours devant le Parlement", rappelle la sénatrice. En 2015, le président s'était ridiculisé en lisant, sans sourciller à un mois d'intervalle, le même discours. Le chef de l'Etat a aussi "ignoré la corruption", annulé en novembre "la nomination du procureur général Ray Goba" pour permettre au ministre Jonathan Moyo "d'éviter des poursuites" pour fraude, conclut Monica Mutsvangwa. Elle passe alors le relais aux autres élus et le déballage continue. "Robert Mugabe est devenu une source d'insécurité dans ce pays", affirme James Maridadi, député du Mouvement pour le changement démocratique (MDC, opposition). "Il est l'homme qui a massacré 20.000 personnes" dans le sud du pays dans les années 1980, poursuit sa consoeur Priscilla Misihairambwi Mushonga. "C'est l'homme qui a présidé aux meurtres des fermiers" pendant la réforme agraire controversée lancée audébut des années 2000. Soudain, à la tribune, le président du Parlement, en robe noire, se lève et prend la parole. Contre toute attente, il lit la lettre de démission du président Mugabe. Tonnerre d'applaudissements. Dans le centre de conférence, des manifestants démontent, sous les vivats, un portrait de Mugabe. Ils le remplacent immédiatement par celui d'Emmerson Mnangagwa, barré du slogan "Viens nous aider".
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