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La guerre s'enlise dans l'est de l'Ukraine à l'approche de l'hiver

Le conflit du Donbass se poursuit loin de l'attention internationale : des millions d'Ukrainiens en subissent les dramatiques conséquences.

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La guerre s'enlise dans l'est de l'Ukraine à l'approche de l'hiver

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Les habitants de la région ukrainienne du Donbass sont en train d’endurer leur quatrième année de guerre. “À cause du conflit, les plus vulnérables ne peuvent plus subvenir à leurs besoins de base et le plus important, ils ne peuvent plus assurer leur sécurité et leur protection” selon les rapports de la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations Unies. Quatre millions d’Ukrainiens ont aujourd’hui besoin d’une aide humanitaire.

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Un quartier résidentiel dans le village de Zaitzseve (région de Donetsk). Les bâtiments sur cette photo ont été pilonnés à l’artillerie lourde une semaine avant notre venue sur place.

Diverses ONG, mais aussi des particuliers viennent en aide à ceux qui souffrent de ce conflit gelé. Des collectes de nourriture, de médicaments et de vêtements sont régulièrement organisées à travers le pays. Des Ukrainiens originaires d’autres régions participent à l’acheminement des dons dans les zones affectées par les combats.

Mais certains secteurs restent inaccessibles et dans les prochains mois, les besoins d’assistance seront plus importants du fait des conditions hivernales.

Krasnohorivka. Photo: Gennadiy Prosyanko

Sur place, nous découvrons par exemple qu’une mission évangélique de la région de Dnipropetrovsk apporte du pain et des ouvrages spirituels à Krasnogorovka, à seulement 1 km de la ligne de front. Son aide est dirigée vers les catégories les plus fragiles de la population.

Il y a aussi ce projet de boulangerie sociale auquel euronews a consacré un article. Il est mené à Marinka, dans un secteur où la situation reste tendue en raison des bombardements réguliers et de la proximité des combats. Sur place, on entend souvent au loin, des explosions et des tirs et les habitants doivent régulièrement se mettre en sécurité dans des caves.

Marina, une habitante de Kamyanka dans le district de Volnovakha (région de Donetsk), nous raconte avoir eu peur de rentrer à son domicile à pied quand nous la rencontrons chez elle. Sur le trajet, elle a entendu de nombreuses déflagrations dans les champs aux alentours.

Pour elle, le conflit a d’abord signifié il y a quelques années, la perte de l’ouïe à la suite d’un bombardement. Aujourd’hui, elle n’a que partiellement retrouvé ses capacités auditives.

Non loin de là dans le village voisin de Hranitne, nous constatons qu’une maison a été bombardée, fin septembre nous dit-on.

Hranitne. Photo credit: Natalia Liubchenkova

Difficile pour nous comme pour les habitants de circuler dans la région : des restrictions sont toujours en vigueur. Le temps d’attente aux barrages routiers installés soit par l’armée ukrainienne, soit par les séparatistes peut atteindre de nombreuses heures. Les automobilistes et leurs passagers bloqués doivent patienter sans un accès satisfaisant à des toilettes par exemple.

Si la situation est plus tendue au niveau des barrages sur la ligne de contact, les fouilles et les interrogatoires sont fréquents sur l’ensemble des postes de contrôle et la longue liste de produits non autorisés à transiter suscite frustration et colère dans la population.

L’hiver approchant, les militaires ukrainiens comme les séparatistes ont par ailleurs, réduit les heures où les habitants peuvent se présenter à ces barrages dans la journée.

La vie quotidienne est également entravée par d’autres manques : “Des milliers d’habitants sont privés d‘électricité, de gaz et d’eau puisque le conflit continue de causer des dégâts considérables sur les infrastructures civiles essentielles qui sont à cheval sur la ligne de contact,” affirme Ertugrul Apakan, contrôleur en chef de la Mission spéciale d’observation en Ukraine de l’OSCE qui travaille sur la situation dans le pays depuis 2014.

Cette mission a noté une augmentation du niveau de violence cet automne. Durant la dernière semaine d’octobre, elle a recensé plus de 5000 violations du cessez-le-feu, la plupart dans les secteurs d’Avdiivka, d’Yasynuvata, de l’aéroport de Donetsk et de Svitlodarsk-Debaltseve.

Dans le même temps, les incidents semblent être de moindre envergure avec une diminution des cas d’usage d’armes lourdes interdites selon les termes des accords de Minsk II, un document qui n’a pas permis d‘établir une paix durable sur le terrain, mais qui est considéré comme la seule base pertinente aux yeux des pays du Format Normandie pour mettre un terme à ce conflit. En août dernier, les deux belligérants ont assuré qu’ils restaient chacun de leur côté, fidèles à ce document.

L’armée ukrainienne publie des cartes actualisées des derniers incidents en date.

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Il n’y a pas que la population qui vit à proximité des combats qui est menacée. Quand des installations stratégiques sont bombardées, c’est toute une région qui est touchée. Ainsi, récemment, la station des eaux de Donetsk, ainsi que celles de Verkhnokalmiuska ont été frappées à plusieurs reprises.

Ce qui est en jeu, c’est l’approvisionnement en eau d’au moins 1,1 million d’habitants qui se trouvent à la fois, dans les territoires contrôlés par les forces ukrainiennes et dans les zones aux mains des séparatistes.

Le fait de prendre pour cible le réseau d’eau potable du Donbass fait aussi peser une menace de contamination chimique à l‘échelle de la région car les installations dédiées au traitement de l’eau stockent des substances toxiques comme du gaz chloré qui pourrait être libéré en cas de bombardement d’après les experts de l’ONU.

Au moins 10.000 personnes ont été tuées et plus de 23.000 blessés depuis le début du conflit. Plus de 2,5 millions d’Ukrainiens sont devenus des réfugiés ou des déplacés internes.

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Natalia Liubchenkova avec Stéphanie Lafourcatère