DERNIERE MINUTE

DERNIERE MINUTE

La Hongrie glisse vers l'extrême droite et se heurte à l'UE

Reportage exclusif et débat sur la Hongrie, en profond désaccord avec Bruxelles du fait de ses politiques anti-migrants et anti-ONG notamment.

Vous lisez:

La Hongrie glisse vers l'extrême droite et se heurte à l'UE

Taille du texte Aa Aa

Les politiques menées par le Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, la montée en puissance de mouvements d’extrême-droite et une opinion publique marquée par l’afflux de migrants aux portes du pays en 2015 ont favorisé l’enracinement en Hongrie des idées les plus radicales. L’Union européenne s’inquiète et multiplie les semonces depuis plusieurs mois, pour appeler Budapest au respect des valeurs fondamentales de l’Europe, en vain.

Dans un contexte d’essor du populisme anti-européen en Europe, la Hongrie est aujourd’hui, une terre fertile pour les idéologies d’extrême droite jusqu’au sommet de l‘État. Le Premier ministre Viktor Orbán continue de mener campagne contre l’immigration et Bruxelles à quelques mois de législatives pour lesquelles les sondages le donnent favori. Ses détracteurs l’accusent de générer un recul démocratique en restreignant les libertés de la presse et de la société civile tout en laissant prospérer les mouvements d’extrême-droite.

Les autorités de Budapest sont par ailleurs, en désaccord profond avec plusieurs pays européens et institutions de Bruxelles. Leur pays a par exemple, refusé de prendre sa part dans le programme de relocalisation des réfugiés destiné à alléger la pression sur la Grèce et l’Italie. Ce qui lui vaut des critiques. Certains rappellent aussi l’importance des financements européens que le pays reçoit en tant qu‘État membre.

Bruxelles a prévu de lui verser 25 milliards d’euros de fonds structurels sur la période 2014-2020. Ce qui correspond à plus de 3% du PIB national annuel, la plus forte proportion parmi les pays de l’UE. Pour faire monter la pression sur la Hongrie, la Commissaire européenne en charge de la justice Vera Jourova a proposé de coupler l‘État de droit et les fonds européens.

La Hongrie se crée des ennemis

Notre reporter Valérie Gauriat a tourné en Hongrie, un reportage exclusif pour Insiders.

À l’image des discours de Viktor Orbán sur les migrants, le terrorisme et le néolibéralisme, la parole extrémiste tournée vers la défense de l’identité hongroise est totalement libérée dans le pays que ce soit du côté des mouvements comme Force et Détermination, parmi la population hongroise ou chez les nouveaux immigrés dont le profil convient mieux aux autorités comme une ressortissante allemande qui a quitté l’Allemagne d’Angela Merkel et sa politique d’accueil des migrants pour s’installer en Hongrie, pays qu’elle juge plus sûr.

Face à ce déferlement radical, certains élus et une partie de la société civile – simples citoyens et ONG – tentent de faire entendre une voix différente et se mobilisent malgré la pression des autorités, pour défendre les libertés.

L‘État de droit en débat

En deuxième partie d‘émission, nous recevons György Schöpflin, eurodéputé hongrois et membre du parti au pouvoir en Hongrie le Fidesz, et Judith Sargentini, eurodéputée néerlandaise et rapporteure pour le Parlement européen dans l’enquête qui doit déterminer si le pays viole les valeurs de l’Union européenne.

György Schöpflin évoque “l’invasion de migrants” que son pays aurait subi et assume que la Hongrie “ne veut pas devenir une société multiculturelle”. Quant à l’enquête du Parlement européen qui vise son pays, il présume que le rapport qui en sortira “sera très radical. Cela nous aidera pour faire campagne à l’occasion des législatives du printemps prochain en Hongrie, poursuit-il. Le texte (…) se videra de sa substance à un moment donné parce que tout simplement, tout cela est trop douloureux, le Conseil ne fera rien avec et cela prouvera que l’article 7 est totalement inutile.”

De son côté, Judith Sargentini livre une opinion bien différente : “Je crois qu’il est du devoir du Parlement européen d’avoir une position ferme sur l’Etat de droitet les droits fondamentaux” qui rappelle-t-elle, ont une valeur universelle : “Je trouve cela problématique pour les citoyens de Hongrie comme pour ceux d’autres pays d’Europe centrale de suggérer que ce ne sont pas des valeurs qui puissent s’appliquer à eux.” Elle conclut en reprochant à son interlocuteur de critiquer les agissements d’autres Etats membres pour chercher des excuses aux politiques controversées de son propre pays : “On ne répare pas une injustice par une autre injustice,” lance-t-elle.