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Dans les Pyrénées, le val d'Aran résiste à l'indépendantisme catalan

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Dans les Pyrénées, le val d'Aran résiste à l'indépendantisme catalan

Dans les Pyrénées, le val d'Aran résiste à l'indépendantisme catalan
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“Ici, ce n’est pas la Catalogne”: le val d’Aran, niché au coeur des Pyrénées et aux confins de cette région espagnole, conserve sa culture et sa langue occitanes et reste sourd aux chants de sirène de l’indépendantisme catalan.

Une fois traversé le col enneigé du Port de la Bonaigua qui mène à cette vallée de 10.000 habitants grande comme la ville de Madrid, les drapeaux indépendantistes qui fleurissent dans les villages de la campagne catalane disparaissent.

“Les personnes âgées, mes grands-parents et moi-même, nous avons toujours dit que nous sommes d’abord aranais, ensuite espagnols”, explique Amador Marqués dans sa petite ferme où il élève vaches, oies, poules et chevreaux.

Le val d’Aran a intégré en 1313 la Couronne d’Aragon, un des royaumes qui plus tard deviendraient l’Espagne, mais il se situe sur le versant nord des Pyrénées, collé à la France.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, ses habitants étaient presque totalement isolés du reste de l’Espagne et de la Catalogne, région à laquelle ils appartiennent.

“Ici, ce n’est pas la Catalogne, c’est différent”, insiste Amador Marqués, qui se sent comme la plupart des Aranais très éloigné du grave conflit politique opposant les indépendantistes catalans et le gouvernement central espagnol.

Lors des élections régionales de septembre 2015, les partis séparatistes y ont obtenu un score famélique. À Bosost, le village d’Amador Marqués, les partis opposés à l’indépendance ont même décroché leur meilleur résultat de toute la Catalogne.

- Autodétermination –

“Ici, nous savons ce que c’est que de vivre avec des frontières. Et on n’en veut plus”, explique Marqués, pâtissier de profession.

À 58 ans, il se rappelle l‘époque où il devait montrer son passeport pour vendre de la laine en France, à quelques kilomètres de là.

Dans les rues de ce village de 1.100 habitants traversé par la Garonne, les affiches pour les élections régionales du 21 décembre sont rares. Les seules qu’on y trouve sont celles de partis opposés aux indépendantistes.

“On est très bien ici, ça ne nous dérange pas de faire partie de l’Espagne. Il n’y a pas de sentiment catalan”, assure Juan Francisco Pedarros, boucher de 60 ans.

Si la Catalogne devenait indépendante comme en rêve l’ex-président régional Carles Puigdemont, le boucher voudrait que le val d’Aran décide de son sort par référendum.

“Il y a des gens qui voudraient appartenir à l’Aragon (la région espagnole voisine), d’autres à la France, d’autres à la Catalogne… avec un référendum, on en aurait le coeur net”, dit-il.

Le Parlement catalan a d’ailleurs reconnu en 2015 le droit pour le val d’Aran à “décider de son avenir” tout en dotant de davantage d’autonomie le gouvernement local.

Dans les écoles, en plus du catalan et de l’espagnol, on enseigne l’aranais, le dialecte occitan local.

“Nous sommes, de fait, un territoire autonome dans une région autonome”, explique Carlos Barrera, chef du gouvernement local.

Mais pour lui, son avenir est “lié à celui de la Catalogne”. “La loi d’Aran émane du parlement de Catalogne, pas de la Constitution espagnole. Si quelqu’un nous reconnaît des droits, c’est la Catalogne”.

D’autres soutiennent même le processus d’autodétermination catalan dans l’espoir que le val d’Aran puisse un jour devenir lui aussi un petit Etat, comme Andorre, entre l’Espagne et la France.

“Si nous étions égoïstement intelligents, la vallée saisirait l’occasion qu’aurait la Catalogne de devenir un Etat pour que nous puissions en être un à l’avenir”, explique Alex Moga, ancien maire de Viella, la plus grande ville du val d’Aran.

- Inquiétude économique –

Mais dans cette vallée isolée, la peur de perdre les avantages du progrès économique apporté par le tourisme de montagne est forte.

“Je ne crois pas que la vallée voudrait rester dans une Catalogne indépendante (…) S’enfermer, quand on est un endroit déjà fermé, ça ne donne pas très envie”, assure Isabel Vivar, 59 ans, qui travaille avec sa fille à la station de ski de Baqueira-Beret.

Grâce à cette station, le val d’Aran, qui vivait de l‘élevage, est devenu l’un des endroits les plus riches de Catalogne.

C’est là que le roi d’Espagne Felipe VI a appris à skier, comme beaucoup de membres de la jet-set de Madrid.

“Nous sommes très inquiets”, dit le directeur commercial de la station, Xavi Ubeira.

“Nous dépendons de la Catalogne, mais aussi de l’Espagne et notre clientèle principale vient de là-bas, de Madrid. Nous ne pouvons négliger ni l’un ni l’autre”, dit-il.

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