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Quand des économistes redessinent la zone euro

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Quand des économistes redessinent la zone euro

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C’est l'un des handicaps majeurs de la zone euro : depuis sa création, celle-ci ne marche que sur une jambe via la politique monétaire (supervisée par la Banque centrale européenne) au détriment d’une véritable politique économique et fiscale européenne contrôlée démocratiquement et dotée d’un budget.

Alors qu’une fenêtre de tir s’est ouverte en Europe pour parachever la construction de la zone euro après l’élection d’Emmanuel Macron, aucune réforme ne saurait être envisagée sans un accord franco-allemand dument négocié. Sauf que les deux pays ont traditionnellement une vision radicalement différente des corrections à adopter.

Quatorze économistes des deux côtés du Rhin sont néanmoins partis du principe que les positions antagonistes entre Paris et Berlin n’étaient pas forcément irréconciliables sur des éléments clés du débat. Ils ont donc planché durant six mois pour proposer une feuille de route commune susceptible de combler les lacunes de l’euro pour rendre sa surveillance plus efficace et améliorer la gestion des crises à venir.

URGENCE

Les signataires de cette feuille de route en rappellent l’urgence. Premièrement, l’euro n’est toujours pas à l’abri d’une nouvelle tempête financière : la menace est jugée d’autant plus sérieuse que l’Union bancaire créée pendant la crise grecque reste toujours incomplète et que les marchés de capitaux demeurent bien trop fragmentés, empêchant les États de diversifier leurs sources de financement.

Deuxièmement, la discipline budgétaire actuelle (les fameux critères de Maastricht) n’a pas empêché la plupart des États de s’endetter, ce qui a reporté la pression sur la Banque centrale européenne. Sans parler des conséquences des prêts d’urgence accordés aux pays en crise « qui ont été conditionnés à des programmes d’ajustement très durs ».

Enfin et surtout, une réforme de la zone euro permettrait de lutter à la fois contre le ressentiment entre les États et contre les institutions européennes. Autant de tensions qui ont « contribué à la montée du populisme anti-euro » et dont les conséquences pourraient finir « par menacer le projet européen lui-même ».

CERCLE VICIEUX

En matière bancaire et financière, les quatorze économistes proposent un système de garantie commun des dépôts pour rompre le cercle vicieux entre risque bancaire et risque souverain. C’est ce risque qui a caractérisé la crise de la dette de ces dernières années. Via un nouveau système paneuropéen, les banques seraient désormais « protégées » et placées sur un pied d’égalité en payant des prime d’assurance adaptées à la situation spécifique de chaque pays de la zone euro.

PARTAGE DES RISQUES

En cas de crise financière dans un État, l’idée est aussi de créer un fonds commun destiné à aider un pays en difficulté au-delà de ce que prévoit déjà l’actuel Mécanisme européen de stabilité. L’objectif n’est pas de créer de nouvelles dettes pour un pays mais bien d’envisager un pot commun pour partager les risques. Chaque État serait contraint de verser 0,1% de son PIB (soit environ 3 milliards d’euros pour l’Allemagne et 2 milliards pour la France) dans ce fonds commun et l’argent servirait d’amortisseur supplémentaire et temporaire en cas de crise grave.

PAYS INSOLVABLES

Pour les pays au bord de la banqueroute, comme ce fut le cas plusieurs fois en Grèce ces dernières années, les quatorze économistes suggèrent de mettre sur pied un dispositif clair et transparent anticipant ce genre de crise. Concrètement, les dettes seraient alors restructurées (rééchelonnées) de manière ordonnée (et sous étroites conditions) sans courir le risque de provoquer la panique chez les investisseurs.

NOUVELLE RÈGLES BUDGÉTAIRES

Ici aussi, les économistes suggèrent-ils une petite révolution : exit la sacro-sainte norme des 3% de déficit public prévue il y a 26 ans par le traité de Maastricht et place à une nouvelle règle plus simple de dépenses publiques calées sur la croissance du PIB de chaque pays. Des conditions supplémentaires seraient évidemment instaurées pour les pays les plus endettés afin de les inciter à réduire leur dette. Ce système serait contrôlé par une autorité indépendante et, en cas de dérapage, les États seraient alors obligés de se financer en empruntant de l’argent sur les marchés financiers à des taux plus coûteux. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

ET MAINTENANT ?

Toutes ces propositions sont censées nourrir le débat qui commence entre Paris et Berlin sachant que certaines propositions ont déjà irrité les partenaires allemands concernant notamment l'assouplissement des règles budgétaires. Les Européens se sont engagés de leur côté à trancher le débat d'ici au mois de juillet prochain. Après quoi il s'agira d'entrer dans les détails pour modifier les règles existantes. Ce qui devrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années.

Christophe Garach