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Angela Merkel, l'inoxydable chancelière fragilisée

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Angela Merkel, l'inoxydable chancelière fragilisée

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Angela Merkel, 63 ans dont 12 au pouvoir, a longtemps paru une chancelière inoxydable. Elle sort fragilisée de la crise des migrants et de quatre mois d’imbroglio politique, à l’orée d’un possible quatrième mandat.

La négociation d’une alliance pour gouverner, depuis sa victoire aux législatives de septembre, a été à chaque étape un chemin de croix. Un accord de gouvernement avec le SPD est intervenu mercredi matin après une dernière séance de 24 heures de négociations, mais désormais elle doit attendre trois à quatre semaines pour voir si les militants sociaux-démocrates acceptent ce contrat de coalition.

Depuis l’automne, rien ne se passe comme prévu pour la chancelière. Tout d’abord, sa famille conservatrice a enregistré son plus mauvais score depuis 1949 notamment à cause d’une extrême droite qui fait recette avec un discours islamophobe et anti-Merkel.

Les grands journaux allemands parlent dès lors de “l‘érosion” de la cheffe de gouvernement, de déclin, et évoquent même un passage de témoin avant la fin de la législature en 2021.

C’est inattendu pour cette redoutable stratège politique, qui a organisé son succès avec un grand pragmatisme et en prônant toujours “la mesure et le centrisme” pour rassembler large.

C’est à l’automne 2015 que tout a basculé, lors qu’Angela Merkel décide d’ouvrir son pays à des centaines de milliers de demandeurs d’asile, promet de les intégrer et de les protéger. “Nous y arriverons”, dit-elle.

Jusqu’alors, cette docteure en chimie qui porte toujours le nom de son premier mari ne prenait guère de risque politique. Elle cultive une image de femme prudente voire froide, sans aspérités, simple, qui aime les pommes de terre, l’opéra et la randonnée.

- ‘Nazie’ ou mère Teresa –

Pour expliquer sa décision historique sur les migrants, prise sans vraiment consulter ses partenaires européens, les “valeurs chrétiennes” reviennent sans cesse.

Ce logiciel chrétien, elle le tient de son père, un pasteur austère parti vivre avec toute sa famille volontairement dans l’Allemagne de l’Est communiste et athée pour prêcher l‘évangile. Mme Merkel y grandit, s’accommodant du système mais sans perdre la foi.

Fin 2015 donc, la chancelière est émue et émeut avec ses selfies en compagnie de migrants reconnaissants. Celle qui fut un temps dépeinte en nazie pour son inflexibilité financière face à la Grèce, se transforme en “mère Teresa”, en “Mama Merkel” des réfugiés.

Un an plus tard, après le séisme Donald Trump, médias et politiques la proclament “leader du monde libre”.

Mais la médaille montre son revers. La crise migratoire inquiète, la peur de l’islam et des attentats s’installent, et son électorat conservateur se détourne en partie vers le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD).

En septembre 2017, l’AfD fait un entrée historique au Parlement. Un tabou de l’après-guerre est brisé.

Et la réputation de froideur d’Angela Merkel est encore renforcée dans l’opinion en décembre dernier lorsqu’il ressort qu’elle n’a jamais présenté de condoléances aux familles des victimes de l’attentat au camion bélier de fin 2016 à Berlin. Le tueur, agissant au nom du groupe Etat islamique, était un demandeur d’asile.

En Europe aussi, la politique migratoire de la chancelière a conduit à son affaiblissement. Tout comme elle refuse la “mutualisation des dettes”, une coalition de partenaires lui refuse de “mutualiser” ses migrants.

- Un animal politique sous-estimé –

Mais Mme Merkel a des ressources. Souvent donnée pour morte, elle a jusqu’ici toujours rebondi.

Angela Merkel reste un animal politique aussi singulier que redoutable, que les grands noms de l’Allemagne contemporaine ont presque tous sous-estimée. A commencer par le chancelier Helmut Kohl qui lui met le pied à l‘étrier tout en lui donnant le sobriquet de “gamine”.

En 2000, elle profite d’un scandale financier au sein de son parti pour prendre la CDU. La débutante sans charisme double alors tous les hiérarques masculins.

Le 18 septembre 2005, elle arrache une victoire électorale sur le fil face au chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Ce dernier ne peut y croire, lançant ce soir-là à la télévision que la “vraie perdante est Frau Merkel”.

Ironie de l’Histoire, Angela Merkel a largement tiré parti des réformes économiques impulsées par son prédécesseur, alors qu’elle est accusée par ses détracteurs de ne rien avoir entrepris depuis pour préparer l’avenir.

Ses adversaires jugent que sa seule véritable décision pour le long terme, la sortie du nucléaire décidée en 2011 après la catastrophe de Fukushima, avait surtout été prise pour satisfaire une opinion effrayée.

Le quotidien Süddeutsche Zeitung a même dit craindre la semaine dernière que le dernier mandat de Mme Merkel soit sans “idée directrice”, appelant les dirigeants politiques, la chancelière en tête, à se ressaisir ou à “laisser la voie libre”.

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