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Une section de Radio Free Europe, fermée au Pakistan, émet depuis Prague

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Une section de Radio Free Europe, fermée au Pakistan, émet depuis Prague

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Accusée de présenter le pays comme un “noeud du terrorisme”, la section pachtoune de Radio Free Europe a été fermée par les autorités au Pakistan, en plein regain de tension entre Islamabad et Washington, et émet désormais depuis Prague en attendant “que la poussière retombe”.

Le bureau d’Islamabad de Radio Mashaal (“Torche”), qui s’adresse à quelque dix millions de personnes dans les zones du Pakistan proches de la frontière afghane, a été fermé la semaine dernière.

Selon le ministère de l’Intérieur, les services de renseignement pakistanais, l’ISI, ont jugé que ses émissions étaient “en phase avec le programme d’une agence de renseignement hostile”.

Une notice du ministère postée sur le site web de la radio accuse cette dernière de présenter le Pakistan comme un “Etat en faillite” et un “nœud du terrorisme et lieu d’accueil pour différents groupes de militants”, et d’inciter les populations pachtounes à la révolte contre l’Etat.

“Des équipes de policiers sont arrivées à notre bureau à Islamabad et ont demandé à nos employés de ramasser leurs affaires et de fermer les locaux”, raconte à l’AFP Daud Khattak, un des chefs de la rédaction de la radio qui s’est réfugiée au quartier général de Radio Free Europe à Prague.

“Plus tard, en regardant certaines chaînes pakistanaises, j’ai entendu aux informations que nous travaillions pour la CIA”.

Financée par le Congrès des Etats-Unis, Radio Free Europe/Radio Liberty a été fondée en 1950 pour émettre vers le bloc soviétique. Elle émet aujourd’hui en 25 langues et cherche à “se substituer aux médias libres dans 23 pays où la libre circulation des informations est interdite ou sous-développée”.

La fermeture de la radio survient au moment où les tensions montent entre Islamabad et Washington. Le président Donald Trump a gelé jusqu‘à 1,5 milliard d’euros de fonds destinés au Pakistan pour forcer ce pays à cesser son soutien présumé aux talibans afghans et autres groupes islamistes.

Le Pakistan a démenti ces allégations et accusé Washington d’ignorer ses sacrifices dans la guerre contre l’extrémisme.

- Région sensible –

Fondée en 2010, Radio Mashaal couvre les zones tribales, une région sensible s‘étendant des deux côtés de la frontière, où les talibans sont très présents et où l’armée pakistanaise mène régulièrement des opérations contre des groupes extrémistes. La radio compte plus de 1,6 million d’“amis” sur Facebook.

Tout média critiquant l’armée au Pakistan s’expose aux foudres des autorités. Mais il est rarissime que le rôle des services de renseignement dans une intervention contre la presse soit officiellement confirmé, comme c’est le cas avec Radio Mashaal.

C’est le dernier cas en date des pressions exercées sur les journalistes pakistanais par les forces de sécurité.

Plusieurs enlèvements et attaques contre des journalistes et des militants, dont la tentative d’enlèvement d’un correspondant de la télévision France24, font craindre que l’establishment militaire agisse pour réduire l’espace de critique et de liberté d’expression.

- ‘Sur la corde raide’ –

Couvrir cette région, “c’est comme marcher sur la corde raide. Mais nous l’avons fait tout le temps”, dit M. Khattak à l’AFP.

Ce journaliste avec vingt ans de métier assure que les émissions de la radio n’avaient aucun caractère agressif. “Nous couvrons les problèmes des zones tribales, qu’il s’agisse de l’eau potable, des services de santé, des routes ou des écoles détruites” par les talibans, affirme-t-il.

Selon lui, les reporters de Mashaal sont surveillés par les agences de renseignement depuis deux ans.

Des messages de soutien ont afflué à la station après que Reporters sans Frontières, le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) et plusieurs hommes politiques pakistanais eurent manifesté leur inquiétude.

Le chef de Radio Mashaal à Islamabad, ses quatre reporters et deux douzaines de pigistes sont actuellement en congé. La radio émet depuis Prague neuf heures par jour.

M. Khattak espère qu’“une fois la poussière retombée, les choses vont revenir à la normale”

“Mais je ne sais pas s’il sera possible de rouvrir le siège”, reconnaît-il.

frj/amj/via/mc/roc/sg

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