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Chypre/présidentielle: pour la jeunesse, l'économie avant la réunification

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Chypre/présidentielle: pour la jeunesse, l'économie avant la réunification

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Beaucoup de jeunes Chypriotes-grecs, touchés par un fort chômage et tentés de partir chercher fortune ailleurs, paraissent davantage préoccupés par leur situation économique que par les sempiternels pourparlers politiques visant à réunifier l‘île méditerranéenne, une rupture avec leurs aînés.

Ce constat s’accompagne d’un net sentiment de défiance vis-à-vis de la classe politique: comme beaucoup de ses camarades, Eleni Tovletian, 19 ans, boycottera le second tour de la présidentielle qui verra dimanche le président sortant Nicos Anastasiades (conservateur) affronter le candidat de gauche Stavros Malas.

“Les hommes politiques nous mentent, et cette élection ne changera rien”, lâche-t-elle, résignée.

Aucun chiffre ne décompose par tranche d’âge le fort taux d’abstention du premier tour (plus de 28%). Mais, selon une étude publiée en décembre, 62% des 18-35 ans avaient prévu de s’abstenir, déçus par la corruption et l’inertie ayant gagné, selon eux, une classe politique vieillissante et centrée sur elle-même.

Qu’elle ait voté ou non, une grande partie de cette classe d’âge – qui représente environ 30% des quelque 800.000 Chypriotes-grecs – se dit en décalage avec ses aînés.

“Je pense que les jeunes sont davantage intéressés par la situation économique, alors que les anciens restent très affectés par le problème chypriote (la réunification, ndlr), sûrement parce qu’elles ont vécu la douloureuse partition de 1974”, dit à l’AFP Androniki Ellina, 21 ans.

La République de Chypre, membre de l’Union européenne, n’exerce en effet son autorité que sur les deux-tiers sud, le tiers nord étant géré par une entité seulement reconnue par la Turquie, la République turque de Chypre du Nord (RTCN).

En 2015, Nicos Anastasiades a relancé les pourparlers pour réunifier l’île. Mais des négociations sous l’égide de l’ONU ont à nouveau échoué à l‘été 2017.

- ‘Énorme écart’ –

Eleni n’a pas attendu une solution politique pour voir régulièrement ses amis “de l’autre côté”. Mais elle se dit incomprise par beaucoup d’aînés, qui boycottent le nord “occupé” par des troupes turques.

“Je sens un énorme écart entre nos générations. Les personnes âgées ne veulent pas entendre mon point de vue, ils sont fermés”, regrette cette étudiante en commerce.

Nombreux à vouloir tourner la page des divisions intercommunautaires, beaucoup de jeunes se disent préoccupés par leur avenir proche dans un pays qui porte encore les séquelles de la grave crise financière de 2013.

Malgré une convalescence rapide de l‘économie, le taux de chômage atteint encore 24,9% chez les moins de 25 ans en septembre, selon Eurostat. Dans l’UE, seules la Grèce, l’Espagne, l’Italie et la Croatie sont moins loties.

“Au cours des cinq dernières années, le montant des allocations gouvernementales aux étudiants a été amputé de 20 millions d’euros”, déplore Michalis Kanelli, membre du parti étudiant Proodeftiki (gauche), pro-Malas.

“Cela a donné aux jeunes l’impression que l’Etat ne se souciait pas d’eux”, estime-t-il.

“C’est très difficile pour nous”, renchérit Eleni. “C’est pourquoi beaucoup de jeunes partent en Angleterre ou dans d’autres pays, où ils ont plus d’opportunités”.

Selon l’institut chypriote des statistiques, plus d’un quart des 18-28 ans tentent leur chance à l‘étranger, à la recherche de meilleures perspectives d’emploi.

- ‘L’avenir du pays’ –

Les questions économiques ont été évoquées durant la campagne présidentielle, et les candidats, conscients de l’enjeu, ont multiplié les promesses.

Stavros Malas s’est engagé à en finir avec les petits salaires, alors que la rémunération moyenne à l’entrée sur le marché du travail plafonne entre 800 et 1.000 euros.

De leur côté, les soutiens de M. Anastasiades mettent en avant la reprise de la croissance (plus de 3,5% l’an dernier).

“Le gouvernement a créé des perspectives pour les jeunes, comme des financements pour les aider à lancer leur start-up”, argue Yiannis Constantinou, 26 ans, président du réseau de jeunes entrepreneurs Youth Business Network.

Mais jusqu’ici, aucun candidat n’a fait la différence. Et, lors du débat du second tour mercredi, l‘économie a été éclipsée par la question des pourparlers de réunification.

Sur le campus de l’université de Chypre, au sud-est de Nicosie, Andreas Tziamalis guette les étudiants au stand de FPK Protoporia, branche étudiante du parti de M. Anastasiades.

“Beaucoup de jeunes sont déçus des (…) hommes politiques actuels”, concède cet étudiant en économie. “C’est pour cela que nous leur disons que c’est à eux de s’engager”.

“Nous essayons de les convaincre d’aller voter, peu importe pour qui. Car, quoi qu’il arrive, nous sommes l’avenir de ce pays.”

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