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Les geeks de Molenbeek défient les stigmates du quartier

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Les geeks de Molenbeek défient les stigmates du quartier

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A Molenbeek, un incubateur de start-ups, MolenGeek, déjoue la mauvaise réputation de cette commune populaire de Bruxelles, à forte population marocaine, frappée par le chômage et la pauvreté, et plus récemment hantée par les stigmates du terrorisme.

C’est à partir du printemps 2015, avant que les attaques de Paris (130 morts) ne jettent une lumière crue sur Molenbeek, qu’Ibrahim Ouassari, un jeune entrepreneur qui n’a pas fini le lycée, commence à lancer ce projet.

L’idée est de s’adresser directement aux jeunes du quartier, pour qui les opportunités professionnelles étaient limitées et l’accès à la technologie réduit.

Avec Julie Foulon, une Française de 36 ans, Ibrahim Ouassari crée MolenGeek, qui attire aujourd’hui les louanges des géants des nouvelles technologies comme du monde politique.

Ils fondent une association sans but lucratif, pour apprendre à des jeunes adultes à programmer, leur offrant la capacité de créer des sites internet, des applications mobiles, ou encore de lancer et développer leurs propres start-ups.

“On a créé une petite brèche”, se félicite Ibrahim Ouassari, 39 ans, Belge de parents marocains. Son enfance à Molenbeek et son expérience d’animateur l’ont rendu sceptique sur l’utilité de programmes tournés vers les sports et autres activités extra-scolaires.

“Il faut apporter des garanties à ces jeunes pour qu’ils aient un avenir, un emploi, une éducation”, plaide-t-il.

L’association compte quelque 600 membres. Une centaine d’entre eux se presse chaque jour dans l’immeuble de verre et de briques où elle s’est installée, pour assister à un cours de programmation ou travailler à la création de son entreprise.

Plus d’une douzaine de start-ups ont “incubé” dans ses locaux, dont les créateurs des applications T-IL qui recense les bons plans tourisme de ses utilisateurs, et QuickLyric, pour télécharger les paroles d’une chanson.

Aux jeunes de Molengeek, venus de tous horizons, l’incubateur a appris à ignorer les préjugés sur un quartier associé à un chômage élevé, à la délinquance et au terrorisme.

Molenbeek. Le quartier de Salah Abdeslam, d’où venaient plusieurs des jihadistes derrière les attentats de Paris et de Bruxelles en mars 2016 (32 morts).

Pour Tawfiq El Ouazzani, 22 ans, les Molenbeekois n’ont pas d’autre choix que “dépasser tout ça”. “Le business c’est le business. Il y a beaucoup de qualités ici a Molenbeek. On en est la preuve”, assure ce jeune cofondateur du site MolenIT.

Une langue universelle

Impressionné par le succès de MolenGeek, Francesco Zanchin, avec d’autres entrepreneurs italiens, veut lancer un projet similaire pour la jeunesse défavorisée à Padoue (nord de l’Italie).

Ce type de projet, selon lui, permet de réunir des gens d’origine diverse et leur offre non seulement un avenir professionnel mais aussi de l’espoir, plutôt que de la colère et de la frustration.

“La programmation, c’est aussi une nouvelle forme de langage qu’on peut parler avec quelqu’un d’un autre pays, d’une autre culture, d’une autre religion”, avance Francesco Zanchin.

Dans le monde de la programmation, peu importe le diplôme.

Andrus Ansip, le vice-président de la Commission européenne chargé du Marché numérique, a qualifié MolenGeek de “très bonne innovation sociale” pour permettre de répondre aux qualifications exigées par le secteur numérique.

Un modèle “à copier” dans d’autres régions d’Europe, d’après lui.

L’association a attiré l’attention de l’américain Google, qui y a investi dans l’objectif d’apprendre à un nouveau public des compétences sérieusement requises en Europe, explique Lie Junius, responsable des relations avec l’UE.

“Nous avons formé cinq millions de personnes” en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient au travers de programmes similaires, explique-t-elle, “mais il y a encore de la demande”.

Même état d’esprit chez Samsung. Le géant de l‘électronique veut aider à lutter contre le taux élevé de chômage chez les jeunes de la commune, et aussi changer les perceptions négatives, confie Michiel Dijkman, qui travaille pour le sud-coréen.

“Si vous pouvez lancer votre propre entreprise ou si vous avez les compétences pour obtenir un emploi, alors ça va vous donner une attitude positive dans l’ensemble du quartier”, assure-t-il.

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