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Elections italiennes : les forces en présence

Tour d'horizon des propositions des candidats et du paysage politique italien, à l'approche du scrutin du 4 mars prochain.

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Elections italiennes : les forces en présence

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REUTERS/Remo Casilli
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  • Un dernier coup d'oeil aux forces en présence lors des élections générales en Italie

Aucun grand parti politique italien ne devrait être en mesure d'obtenir une majorité nette, compte-tenu du nouveau mode de scrutin. Chaque parti tente donc de former des alliances.

Après avoir avoir été dirigés par trois Premiers ministres de centre-gauche - Enrico Letta, Matteo Renzi, Paolo Gentiloni, qui ont été aux manettes pendant cinq ans - les Italiens vont se rendre aux urnes pour élire un nouveau gouvernement le 4 mars prochain.

Trois principaux candidats se démarquent, et devraient pouvoir former leur propre gouvernement. Un nouveau mode de scrutin a été mis en place, mais même le parti qui en est à l'initiative le qualifie de "compliqué".

La formation qui devrait peser le plus sur ces élections, et privilégiée par les bookmakers, est le mouvement 5 Etoiles (M5S). Un mouvement civique, dirigé par l'ancien comédien Beppe Grillo, qui pourrait s'imposer comme le plus grand parti unique, et remporter la majorité des sièges de députés et de sénateurs. Cependant, les derniers sondages laissent penser qu'il ne devrait pas être possible d'atteindre le seuil de 40 % des suffrages, pour obtenir une majorité au pouvoir dans les deux chambres.

Une nouvelle loi électorale, connue sous le nom de loi "Rosatellum", en référence au député démocrate Ettore Rosato qui en est à l'origine, favorise les jeux de coalition. Ce texte aurait en effet tendance à compliquer la posture des partis qui font cavalier seul, et à opposer les candidats au niveau local.

Un constat qui n'est pas sans créer des difficultés au M5S, qui refuse de négocier avec d'autres forces politiques, et s'oppose à toute forme de compromis qui le couperait de sa base électorale.

Si cette formation récuse toute négociation, d'autres partis pourraient se charger de trouver des compromis post-électoraux, en vue de totaliser des scores qui offriraient une assise suffisante à un gouvernement de coalition.

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  • Les partis en lice

Outre le M5S, d'autres partis politiques joueront un rôle majeur dans  l'élection de cette année.

  • Le Parti démocrate : la force de centre-gauche est dirigée par l'ancien Premier ministre Matteo Renzi. Paolo Gentiloni, l'actuel chef du gouvernement, est aux manettes à Rome. Il y a quelques mois, le Parti démocrate (PD) a été victime d'une hémorragie de députés. 

Des sous-groupes en désaccord avec la réforme du travail et des retraites ont décidé de faire sécession. Cette fronde a provoqué le départ de députés, venus former un parti qui représente désormais davantage l'aile gauche, Liberi e Uguali (libre et égalitaire). 

  • Liberi e Uguali : selon toute probabilité, il devrait arriver en deuxième position derrière le M5S : d'après des sondages réalisés au mois de janvier, le parti pourrait recueillir 25 % des voix, mais il perdrait aussi des soutiens à gauche, en raison d'un programme très centré sur les questions sociales et l'emploi.

La formation est dirigée par l'ancien magistrat anti-mafia et président du Sénat Pietro Grasso. Ses détracteurs l'accusent de mener un combat anti-Renzi. Il fait l'objet de nombreuses critiques, notamment de la part de l'ancien Premier ministre Romano Prodi, qui l'accuse d'avoir détruit l'unité de centre-gauche et offert un boulevard politique aux troupes de Berlusconi. 

L'objectif principal de Liberi e Uguali serait de remettre à plat les réformes du gouvernement actuel, et de mener une politique plus ancrée à gauche.

  • Europa (Plus d'Europe) : le parti libéral et pro-européen s'est allié au Parti démocrate. Emma Bonino, membre éminent du Parti radical italien et militante de la première heure en faveur des droits civiques, a lancé Europa avec l'économiste chrétien-démocrate Bruno Tabacci. Sa base électorale du parti est solide chez les jeunes diplômés du supérieur, les expatriés et les partisans de gauche déçus des querelles intestines entre le Parti Démocrate et Liberi e Uguali.

  • Forza Italia : Silvio Berlusconi est de retour. Le nom de l'ancien Premier ministre sulfureux reste associé au parti, mais le magnat des médias demeure sous le coup d'une interdiction de se présenter aux élections, à la suite de sa condamnation pour fraude fiscale en 2013. Son style direct et sans fioritures a souvent la préférence des personnes âgées et des électeurs du Sud de la botte. Berlusconi tente aujourd'hui d'incarner celui qui viendrait sauver l'Italie du populisme. Mais le parti doit encore désigner celui - ou celle - qui prendra les rênes de Forza Italia, s'il formait un gouvernement. Forza Italia reste la troisième force politique italienne à ce jour.

  • La Ligue du Nord : eurosceptique et marqué très à droite, ce parti controversé est connu en Italie sous le nom de "la Lega", représentée par son chef Matteo Salvini, allié à Forza Italia et Berlusconi. Au cours des cinq dernières années, Matteo Salvini a martelé une rhétorique anti-européenne et hostile à la mondialisation, et joué sur l'amertume de ses partisans au regard de la situation économique, et leur méfiance à l'égard de l'immigration. L'alliance de Salvini avec Berlusconi pourrait s'avérer difficilement tenable à moyen terme, en raison de désaccords portant sur des questions-clés, à l'instar des relations de l'Italie avec Bruxelles. Grâce à sa présence dans le paysage médiatique et aux messages qui ont provoqué l'agitation des réseaux sociaux, Salvini a réussi à faire grimper les intentions de vote pour son parti de 4 %, en 2013, à 13 à 14 % aujourd'hui.

  • Frères d'Italie (Fratelli d'Italia) : c'est le seul parti de cette étoffe à être dirigé par une femme, Giorgia Meloni. Décrit comme "l'équivalent méridional de la Ligue du Nord aux racines néofascistes" par le quotidien britannique The Guardian, le parti de droite est allié à la fois à Forza Italia et à la Lega - aux côtés des modérés Noi per l'Italia, UDC. Les Frères d'Italie pourraient obtenir jusqu' à 5 % des suffrages

  • Que proposent-ils ?

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  • La formation d'alliances pourrait ne pas être suffisante

La formation d'alliances pourrait ne pas être suffisante

Comme l'explique Politico, avec le système électoral de Rosatellum, "37 % du parlement est élu au niveau local, le siège étant attribué au candidat ayant obtenu le plus grand nombre de voix dans sa circonscription. Les 63 % de sièges restants sont répartis proportionnellement par l'utilisation de listes fermées, un petit nombre étant sélectionné par les Italiens résidant à l'étranger ".

Ce nouveau système obligera les partis à se disputer des sièges dans chaque circonscription électorale, et à investir massivement dans des dizaines de micro-campagnes dans tout le pays ". Les petits partis devront franchir le seuil de 3 % pour entrer au Parlement.

L'Italie a une longue tradition de campagnes sur le terrain, mais les structures des partis sont aujourd'hui beaucoup plus réduites et leur cote auprès du grand public s'est affaissée.

Chacun des partis en lice semble incapable d'obtenir une majorité franche et solide - et même les coalitions peuvent encore avoir du mal à obtenir 40 % des voix. Étant donné que 30 à 40 % des électeurs se disent encore indécis, que le supposé "quant-à-soi" sous-estime les intentions de vote des électeurs de droite, et que le taux d'abstention devrait grimper à plus de 30 %, aucune certitude ne peut émerger dans cette élection.

Lorenzo Pregliasco, co-fondateur de Quorum, cabinet de conseil en stratégie politique, et rédacteur en chef de YouTrend, un magazine d'analyse de données, prévoit trois résultats possibles. Mais tous les scénarios prévoient un Parlement suspendu.

  • Avec son discours "anti-élites", une coalition nationaliste formée par le Mouvement 5, la Ligue et les Frères d'Italie. Pourtant, même ce partenariat improbable peut ne pas engranger les scores nécessaires pour gouverner.

  • Une "grande coalition" d'inspiration allemande mettant en scène le parti démocrate et Forza Italia - avec un Silvio Berlusconi embusqué -et des alliés modérés, pourrait avoir du mal à obtenir la majorité des sièges au Parlement (298 sièges, alors que le minimum requis pour une majorité est de 316).

  • Une coalition temporaire et modérée dirigée par Paolo Gentiloni avec l'objectif de "conduire le pays vers de nouvelles élections". Un schéma analogue à décembre 201 6.