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Technologies : les Emirats, le regard tourné vers l'avenir

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Technologies : les Emirats, le regard tourné vers l'avenir

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Pour ce nouveau numéro d'Inspire Middle East, Rebecca McLaughlin-Duane s'est rendue à Dubaï, pour parler innovation numérique, culture, mais aussi conquête de l'espace.

"A Dubaï, près de 4 000 invités de marque se sont réunis à l'occasion du Sommet mondial des gouvernements", explique Rebecca McLaughlin-Duane. "Des PDG et des chefs d'État, entre autres, se sont retrouvés pour parler affaires, politique ou encore technologie. Et parmi ceux à avoir créé leur entreprise dans ce domaine, nous retrouvons un visage connu de tous : lauréat de sept Grammy Wards, il s’agit de Will.i.Am. Avant de retrouver cette interview, nous allons parler avec une jeune fille prometteuse, Alia Al Mansoori, qui veut être la première Emiratie à aller dans l’espace". 

"Dubaï est connue depuis longtemps pour être la "Ville des Lumières" dans la région. Mais Daleen Hassan a découvert que l'émirat voisin de Sharjah avait lui aussi son événement pour en prendre plein les yeux. Il puise son inspiration dans la science, l'architecture et l'art : la 8e édition du festival des Lumières de Sharjah est une expérience unique. Cet événement annuel mêle la culture traditionnelle et l’ouverture vers l’extérieur de l'émirat qui l’organise. Il attire 24 artistes internationaux et un public nombreux.

Ce mois-ci, le festival a attiré un million de visiteurs, et le ministère du tourisme de Sharjah en espère bien le double dans les années à venir. Des métropoles culturelles comme Lyon et Berlin ont elles-mêmes leurs propres festivals des lumières, qui utilisent les bâtiments, les rues et ou encore les canaux comme toile de fond. Mais comparé à ses pairs, celui de Sharjah se distingue cependant par l'ampleur de l’opération sur le terrain".

"Ici, nous avons un immense terrain de jeu pour proposer une plus grande installation", indique l'artiste Mathieu Félix. "Ici, nous avons plus de moyens techniques, de projecteurs, d'écrans LED, de faisceaux lumineux... Plus de tout pour faire notre création".

Mais la créativité ne se traduit pas seulement à travers les lumières, puisque le graffeur français Theo Haggai s'inspire d'une oeuvre colossale. "Je peins des mains pour montrer l'unité entre les êtres humains du monde entier", souligne-t-il.

Avec des artistes internationaux déjà bien représentés, le but serait désormais de voir des ressortissants des Emirats constituer 20 % de l’équipe de création au cours des quatre prochaines années, pour qu'eux aussi voient leur nom associé aux lumières.

La plus jeune personne rencontrée au Sommet mondial des gouvernements se nomme Alia Al Mansoori. Déjà connue dans la région, cette adolescente a déjà fait publier certaines de ses recherches par la NASA, et elle met tout en oeuvre pour réaliser son rêve de devenir astronaute.

Rebecca McLaughlin-Duane - Comment vous est venu cet intérêt pour l'espace?

Alia Al Mansoori, étudiante - Je me souviens, quand j’étais petite, et que j'avais cinq ans, je regardais toujours le ciel - en me demandant ce qu'il pouvait y avoir là-haut. J'étais une enfant très curieuse et je pense que c'est ce qui a éveillé mon intérêt pour l'espace.

J'aimerais savoir quelle a été la réaction de vos amis et de votre famille, lorsque vous avez dit que vous vouliez étudier les mathématiques, les sciences et le génie spatial ?

Ici, aux Émirats Arabes Unis, le pays soutient vraiment les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques, et c'est une nouvelle ère pour la jeune génération de scientifiques. Ma famille et mon école m'ont vraiment soutenue, dans tout ce que j'ai fait, et c’est toujours le cas aujourd'hui.

Pour le côté "les jeunes parlent aux jeunes", vous avez créé un site internet pour encourager les autres filles et garçons à faire pareil ?

Oui, le site s'appelle emiratiastronaut.com et son objectif est de donner envie aux jeunes de s’engager dans le domaine des sciences, de la technologie, des mathématiques et même de l'art - et d'en savoir plus. Et le but est surtout de leur donner la possibilité de partager leurs connaissances sur l'espace.

Vous voulez être la première Émiratie à vous aventurer dans l'espace, pensez-vous y arriver dans les dix prochaines années ?

Je veux évidemment être la première Émiratie à pouvoir y aller. En fait, je veux être la première astronaute à aller sur Mars - et la mission des Émirats Arabes Unis pour envoyer des humains sur Mars n'a pas encore été définie, mais j’aurai une trentaine d’années d'ici là, donc j’aurai l'âge approprié.

Quand vous serez sur Mars, qu’est-ce qui vous manquera, de la planète Terre ?

Je suppose que ce qui me manquera le plus, c'est ma famille, mon pays et mes amis. Mais des choses comme la plage et le désert me manqueront aussi. Mais l'espace est incroyable et je suis presque sûre que la Terre ne me manquera pas bien longtemps.

Y a-t-il quelque chose dont vous seriez contente de vous éloigner, et qui ne vous ne manquera pas ?

Une chose qui ne manquerait pas, c’est certain, ce sont les guerres et toutes les choses négatives qui se déroulent ici sur Terre. J'espère que la mission sur Mars va inspirer le monde entier, et donnera de l'espoir aux gens.

Il est producteur, musicien et surtout connu pour être le fondateur et le leader des Black Eyed Peas. Mais ce qu’on ne sait pas forcément de Will.i.am, c'est qu'il est aussi un entrepreneur passionné de technologies et qu'il veut encourager la prochaine génération à lui emboîter le pas.

Rebecca McLaughlin-Duane - Tout d’abord, pourquoi êtes-vous ici, à ce sommet ?

Je participe du Forum Economique Mondial, et ils m’ont désigné comme l’un des « jeunes leaders mondiaux » il y a près de cinq ans. Là-bas, j'ai rencontré Omar bin Sultan Al Olama, le ministre en charge de l'Intelligence Artificielle, et il a été étonné de savoir que j’avais créé une société qui propose un système d'exploitation de l'intelligence artificielle.

J'ai aussi créé une école - dans le ghetto d'où je viens - où on enseigne aux enfants les sciences de l’informatique et la robotique, dès l'âge de neuf ans et jusqu' à 18 ans. Omar m’a ensuite invité et je suis vraiment honoré d'être ici. C'est un sommet extraordinaire.

Susciter des vocations est une chose qui vous tient à cœur. Pour quelles raisons et comment vous y prenez-vous ?

Je fais partie de ceux qui adhèrent à cette idée généreuse d’une école qui est là pour encourager les enfants, et venir réduire les écarts entre les nantis et ceux qui n’ont rien. J'étais l'un de ces enfants qui sont sortis du ghetto pour apprendre très tôt l'informatique - et maintenant que j'ai eu du succès grâce à ma musique, je veux retourner dans mon quartier et encourager les enfants à ne pas "sortir du ghetto" mais plutôt à le "changer".

La plupart des gens qui vivent dans des zones touchées par la pauvreté ont tendance à dire : "mec, j'ai hâte de sortir d'ici", plutôt que : "j'ai hâte de le changer", ou "j'ai hâte de reconstruire ma ville". Et le problème avec les gens issus des communautés défavorisées, c'est qu’on leur enseigne pas le développement informatique. On a observé des progrès formidables, et chaque enfant sort diplômé de l’école - et étudie quatre ans à l'université. Et 80 % de ces jeunes vont étudier la robotique, l'informatique et l'ingénierie. On transforme la vie des gens laissés pour compte et nous les encourageons à résoudre les défis de demain.

Quelle est le prochain défi, les innovations de demain, qui vous enthousiasment ?

Je suis emballé par l'intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la réalité augmentée, l'impression 3D. Le monde est extraordinaire. Ce sera vraiment la prochaine révolution industrielle.

Qu'est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction, la musique ou l'innovation numérique ?

La musique est une création incorporée à technologie. Tout comme l'enregistrement vidéo. Pour nous, c’est naturel, mais on ne réalise pas à quel point cela a été une innovation à la fin du XIXème siècle. L’industrie musicale est basée sur le gramophone d'Edison - sans le gramophone et l'enregistrement sonore, il n' y aurait pas d'industrie du disque. On est donc à la croisée de l'art et de la science. Et quand les gens montent sur scène et tiennent un Grammy Award, ils ont en fait un bout de technologie entre leurs mains. Personne ne remercie les ingénieurs ou les scientifiques. A la place, ils remercient tout le monde, sauf eux, et ils oublient la science.

Que pensez-vous de l’idée de l'"invasion des robots", les gens ont-ils raison quand ils redoutent de les voir prendre leur travail ?

Il y aura des robots qui seront complètement autonomes, et il y aura des robots augmentés qui aideront les gens dans leur travail, pour leur simplifier la vie. Mais si on s’inquiète de la présence de plus en plus fréquente des robots dans les entreprises et au sein du gouvernement, que fait-on pour éduquer les jeunes ? S'il y a un investissement dans l’intelligence artificielle, pourquoi est-il si faible dans l’intelligence humaine ? Pourquoi les écoles ne font-elles pas l’objet d’un tel développement ? Pourquoi les écoles ne ressemblent-elles pas à Google et Facebook ?

Notre programme s'appelle "Inspire Middle East" – je peux vous demander ce que vous inspire cette région?

Ce qui m'inspire au Moyen-Orient, c'est que ce que l’on connaît du Moyen-Orient d’hier ne ressemblera pas à celui de demain. On sait ce que la Chine fait dans le monde en termes de numérique, on sait ce que Singapour et l'Amérique font, et Dubaï est sur le point de partager avec le monde entier une toute nouvelle façon de se connecter, avec des produits et des services liés aux nouvelles technologies. Parce que si vous fermez les yeux et que vous réfléchissez une seconde, il n'y a pas de Google du Moyen-Orient, il n' y a pas de Facebook, d’Apple, de Xiaomi ou de Nokia du Moyen-Orient. Cela ne fait que commencer. C'est tout neuf. Cela inspire de voir et d’anticiper des choses incroyables. C’est comme si on disait ce mot magique : "Abracadabra!", et que quelque chose se mettait à sortir. J'ai hâte de voir ce que cette région apporte au monde en termes d'informatique, de connexion et d'opportunités pour proposer des solutions.