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Le géant français Veolia dénonce son "expropriation" au Gabon

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Le géant français Veolia dénonce son "expropriation" au Gabon

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Le géant français Veolia fait face à une crise sans précédent au Gabon. Vendredi dernier, des militaires ont réquisitionné le siège de sa filiale à Libreville, la SEEG, sur décision du ministère gabonais de l’Eau et de l’Energie.

Le gouvernement a rompu unilatéralement le contrat de gestion de l'eau et de l'électricité dont l'entreprise avait le monopole ces vingt dernières années.

L'Etat accuse Veolia d'avoir sous-investi et négligé la qualité du service. Malgré les nombreuses critiques des consommateurs qui se plaignent de coupures d'eau ou d'électricité, la concession avait été reconduite pour cinq ans en mars 2017.

Le ministre de l’Eau et de l’Energie Patrick Eyogo Edzang accuse même la SEEG d'avoir menacé l'Etat au cours des récentes négociations. "Si c'est comme ça, si vous n'allez pas dans notre sens, on vous coupe le courant au Gabon", aurait averti l'entreprise.

Interrogé par Euronews, l'analyste économique spécialiste du Gabon Mays Mouissi rappelle que l'interprétation des faits diffère entre les deux parties :

"Si le groupe Veolia est allé jusqu'à menacer le gouvernement d'une mesure de rétorsion qui consisterait à couper le courant aux usagers, ce n'est pas acceptable. Et en l'occurence, la réaction du gouvernement peut se comprendre. Mais Veolia fait savoir qu'il n'a pas quitté la table des négociations et qu'il a suivi les procédures qui étaient prévues dans le cadre du contrat qui le liait à l'Etat", explique Mays Mouissi.

Pour notre analyste, le litige qui oppose le groupe au gouvernement est le fruit d'une faute partagée :

"Dans le contrat de concession, toutes les infrastructures de production et de transport restent la propriété de l'Etat (...) Or, lorsqu'on regarde le cycle d'investissements de l'Etat ces quinze dernières années, on se rend compte qu'il y aune décennie entière ou l'Etat n'a pas assuré sa responsabilité en terme d'investissement dans les infrastructures de production. Le programme d'investissements de l'Etat n'a repris que très récemment", rappelle M. Mouissi.

"En réalité, Veolia n'a pas investi autant qu'il le devait, mais l'État n'a pas investi autant qu'il devait. S'il n'y a pas de barrage hydroélectrique en amont pour produire l'électricité, le distributeur n'a pas d'électricité à distribuer aux usagers. Cela dit, n'importe quel Gabonais que vous interrogerez vous le dira : la qualité de service de Veolia était tout à fait médiocre", conclut-il.

En l'absence de repreneur on peut douter de la capacité du gouvernement à se substituer à l'entreprise. Et la décision risquée de l'Etat gabonais risque d'effrayer les investisseurs potentiels.

Contacté par Euronews, le groupe Veolia assure être "l’un des plus grands employeurs et investisseurs étrangers au Gabon", et affirme que l'Etat gabonais lui doit "près de 62 millions d’euros" (la consommation de l'Etat).

La multinationale dénonce une "expropriation brutale" réalisée "en dehors de toute règle de droit" pour des raisons électoralistes. "Ali Bongo a fait de l'eau un outil politique. Cette décision est une mesure populiste", estimait un agent de Veolia à RFI.