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Soudan du Sud: une commission de l'ONU veut des poursuites pour crimes contre l'humanité

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Soudan du Sud: une commission de l'ONU veut des poursuites pour crimes contre l'humanité

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Un total de 41 hauts responsables sud-soudanais ont été identifiés par une Commission de l’ONU pour les droits de l’homme en vue de poursuites pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, dont des viols et meurtres à caractère ethnique perpétrés dans ce pays en guerre civile depuis décembre 2013.

Dans des termes d’une sévérité rarement constatée de la part de l’ONU depuis le début de ce conflit dévastateur, la Commission onusienne des droits de l’homme pour le Soudan du Sud a tiré vendredi à boulets rouges aussi bien sur les forces fidèles au président Salva Kiir que sur celles loyales au chef rebelle et ancien vice-président Riek Machar.

Ce rapport s’inscrit d’ailleurs dans un durcissement du ton adopté dernièrement par la communauté internationale, qui perd patience vis-à-vis des dirigeants sud-soudanais, tenus responsables des souffrances infligées à leur peuple et des multiples violations de cessez-le-feu.

“Il y a suffisamment de preuves pour conclure que (ces groupes armés et leurs alliés) visent délibérément les civils en fonction de leur appartenance ethnique, se livrant à des meurtres, des enlèvements, des viols et autres violences sexuelles, ainsi que des destructions de villages et des pillages”, a soutenu la Commission dans son rapport.

“Ces actes constituent des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité”, a ajouté la même source, qui dit avoir axé son travail sur des incidents et offensives “emblématiques” qui se sont déroulés entre juillet 2016 et décembre 2017.

Comparant certaines exactions à des crimes commis en Bosnie au début des années 90, la commission de l’ONU a épinglé des cas où des victimes ont été forcées de violer des membres de leur famille. “Une femme a rapporté que son fils de douze ans a été obligé d’avoir des relations sexuelles avec sa grand-mère pour pouvoir rester en vie. C‘était après avoir vu son mari être castré”.

D’autres témoins cités dans le rapport énumèrent des tortures et des viols commis par des hommes armés, des yeux énucléés et des membres coupés. Une femme a notamment décrit comment elle avait été détenue dans une pièce dans laquelle se trouvaient des corps décapités, dont celui de son mari.

Les enfants, violés et recrutés comme soldats, sont particulièrement touchés par ce conflit. “Si les combats continuent avec la même violence, seul un enfant sud-soudanais sur treize achèvera l‘école primaire, ce qui sacrifierait toute une génération”, indique la Commission.

Les conclusions de ce rapport “devraient pousser le monde à réagir rapidement pour répondre à ces horribles violations des droits de l’homme qui continuent sans répit depuis quatre ans”, a commenté Seif Magango, directeur adjoint d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et la région des Grands Lacs.

Le jour de la publication du rapport est également une journée de jeûne et de prière décrété par le pape François pour la paix au Soudan du Sud et en République démocratique du Congo.

- Tribunal hybride –

Sur la base d’un dossier incluant 58.000 documents et 230 témoignages, la Commission explique avoir identifié trois gouverneurs, 33 généraux et cinq colonels qui pourraient être poursuivis en vertu du principe de “responsabilité du supérieur hiérarchique”, et dont les noms n’ont pas été révélés. La liste a été transmise au Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme à Genève.

Car si elle relève des “exemples où la discipline militaire a failli”, la commission estime que la chaîne de commandement des armées rebelle et gouvernementale “fonctionne efficacement”. Elle juge dès lors que ces responsables “savaient ou avaient des raisons de savoir” que ces crimes allaient être commis ou ont été commis, mais n’ont rien fait pour les empêcher ou punir les coupables.

En conséquence, et au vu du “dysfonctionnement” du système judiciaire sud-soudanais, la Commission appelle l’Union africaine (UA) à créer “immédiatement” un tribunal “hybride” indépendant, mêlant droit national et droit international et prévu par un accord de paix conclu en août 2015, maintes fois foulé aux pieds.

“Le tribunal pourrait être créé tout de suite et le procureur pourrait commencer à travailler sur des inculpations”, a déclaré la présidente de la commission, Yasmin Sooka, citée dans un communiqué, et dont le rapport démontre, selon Amnesty, “le besoin crucial” de l‘établissement de ce tribunal.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts, quatre millions de déplacés et provoqué une crise humanitaire catastrophique.

“L’ampleur de la faim et de la destruction infligées au pays par ses leaders politiques et militaires dépasse l’entendement”, a soutenu la Commission.

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