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Le Slovaque Jan Kuciak paye de sa vie ses enquêtes sur la corruption

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Le Slovaque Jan Kuciak paye de sa vie ses enquêtes sur la corruption

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Les journalistes d'investigation ne sont désormais pas plus à l'abri dans l'Union européenne qu'ailleurs dans le monde. Plusieurs ont été assassinés ces dernières années parce qu'ils avaient mis le nez là où les mafias, les milieux politiques ou économiques corrompus ne voulaient surtout pas qu'ils regardent de près. Jan Kuciak, qui menait des enquêtes sur des affaires d'évasion et de fraude fiscale dans son pays, la Slovaquie, est la toute dernière victime de cette ténacité professionnelle courageuse.

Jan Kuciak n'avait que 27 ans. Il a été découvert lundi par la police, tué d'une balle en pleine poitrine, dans sa maison à Velka Maca, une ville qui se trouve à environ une soixantaine de kilomètres de Bratislava, la capitale slovaque. Le jeune journaliste n'a pas été seul à payer de sa vie, le corps de sa compagne, Martina Kusnirova, gisait à ses côtés dans leur logement; elle a reçu une balle dans la tête.

Particulièrement menacé ces derniers mois

Leurs familles étaient inquiètes de ne plus avoir de leurs nouvelles. Les enquêteurs sur place estiment pour le moment que le double meurtre a été perpétré entre jeudi dernier et dimanche. Le chef de la police a indiqué qu'il est "très probablement lié" au travail d'investigation du journaliste, qui faisait partie de la rédaction du site slovaque d'informations aktuality.sk.

Jan Kuciak avait mené sa dernière enquête sur un puissant entrepreneur du secteur immobilier, Marian Kocner. Ce dernier était soupçonné d'une fraude fiscale de plus de 8 millions d'euros, mais l'enquête policière a finalement été classée l'an dernier. Kocner est connu pour avoir insulté, et même menacé plusieurs journalistes dans sa carrière. A l'heure actuelle, il doit sans doute le regretter.

Le gouvernement slovaque a dénoncé "une attaque sans précédent contre la liberté de la presse et la démocratie". Il a promis une récompense d'un million d'euros pour tout indice menant à l'assassin.

Une enquête "minutieuse" réclamée par l'Union européenne

L'organisation française Reporters sans frontières condamne fermement ce double meurtre. Dans un communiqué, RSF réclame "l'ouverture d'une enquête, afin de clarifier les circonstances exactes de la mort". L'organisation fait remarquer que c'est le cinquième meurtre d'un journaliste dans l'Union européenne depuis une dizaine d'années.

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a réagi sur son compte Twitter : "L'UE ne peut pas accepter qu'un journaliste soit tué pour avoir fait son travail. J'appelle les autorités slovaques à lancer une enquête minutieuse, avec un soutien international si nécessaire, pour Jan Kuciak".