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Brésil: dans une favela de Rio, l'armée a laissé de mauvais souvenirs

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Brésil: dans une favela de Rio, l'armée a laissé de mauvais souvenirs

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Trois ans après, les habitants de la favela de Maré, l’une des plus violentes de Rio, n’ont pas oublié l’occupation des soldats, qui ont laissé de mauvais souvenirs.

L’inquiétude est palpable parmi la population des favelas face aux risques de violences et de violations des droits de l’Homme, alors que le président brésilien Michel Temer vient de donner par décret à l’armée le commandement des opérations de sécurité dans ces zones souvent abonnées au crime organisé et à son cortège de violences.

A Maré, tous les habitants se souviennent de l’occupation en 2014 et 2015 de la favela par les militaires. Elle a marqué à vie certaines familles, comme celle de Vitor Santiago.

Ce jeune homme passionné de danse qui avait alors 29 ans est aujourd’hui cloué dans son lit, paraplégique.

Deux balles l’ont transpercé, une dans la jambe — amputée depuis — l’autre dans le thorax, alors qu’il rentrait chez lui en voiture avec des amis, un soir de février 2015.

Un groupe de soldats les a arrêtés, et à un autre point de contrôle, un militaire a tiré sur le véhicule sans provocation de la part des jeunes, selon la plainte déposée par la famille.

Le militaire a expliqué avoir tiré parce que le conducteur n’avait pas obéi à son ordre de s’arrêter.

Pour Irone, la mère de Vitor, cela n’aurait jamais pu se produire à Copacabana, quartier aisé de Rio. Son fils a payé parce qu’il est noir et habite dans une favela, assure-t-elle.

“Il y a hélas beaucoup de personnes dans la favela qui ne dénoncent pas” ces faits. “Mais moi je parle parce que quand nous nous taisons, nous légitimons les actes de ses personnes”, dit au sujet des soldats cette couturière de 53 ans.

- Souvenirs et fantasmes –

Même si déjà 8.500 soldats ont été appelés à Rio en juillet dernier en soutien aux forces de police totalement dépassées, personne ne sait comment va se traduire le fait que désormais c’est l’armée qui chapeaute les opérations de lutte contre le crime organisé.

Chargé de cette mission, le général Walter Souza Braga Netto a exclu une occupation de longue durée des favelas, mais pour les habitants de Maré l’intervention de l’armée convoque souvenirs et fantasmes.

“Je pense que ce sera mauvais pour nous (…) parce qu’ils arrivent et maltraitent tout le monde”, dit Tauane González, une jeune femme de 21 ans, qui se souvient des multiples contrôles d’identité et mauvais traitements dans la favela de 140.000 habitants.

Entre les mouvements des voisins qui vont et viennent dans cet amoncellement d’habitations précaires, on peut voir quelques jeunes passer avec des AK-47, d’autres vendre de la drogue aux coins des rues et des adolescents juchés sur des motos de grosse cylindrée surveiller les mouvements, avec des émetteurs radio.

Quand il n’y a pas la guerre entre bandes de narcotrafiquants, la coexistence est plutôt pacifique.

Mais quand arrivent les forces de sécurité, ça se gâte. Entre avril 2014 et juin 2015 les tirs ont retenti dans la favela quand les militaires sont venus pour en chasser les trafiquants.

Les écoles, se souvient Tauane, ont été fermées plusieurs fois et tous les habitants sont devenus des “suspects”.

“C‘était horrible”, dit-elle. “Quand il y avait des moments de tension, les militaires lançaient du gaz au poivre contre tout le monde”. Les habitants parlent peu, craignant des représailles des forces armées comme des trafiquants.

Rogério Modesto, employé d’une cafétéria de 40 ans, se souvient très bien de ces mois-là.

Un jour son oncle s’est réveillé avec les militaires chez lui en train de saisir tous ses biens.

“Eux ils ne savaient pas qui est qui dans la favela”, dit-il. “Ils ne sont pas préparés pour cela”. Si les militaires “viennent ce sera quelque chose de temporaire et cela ne marchera pas”.

L’armée assure que lorsqu’elle a occupé Maré, les homicides sont tombés de 21 pour 100.000 habitants à cinq.

“Avec de telles forces, la violence diminue dans un premier temps”, tempère Edson Diniz, de l’ONG Réseaux de Maré. “Mais quand les militaires sont repartis, la violence a explosé à Maré”.

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