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Affaire Kuciak : des Italiens arrêtés en Slovaquie

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Affaire Kuciak : des Italiens arrêtés en Slovaquie

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(AFP) - La police slovaque a indiqué jeudi avoir interpellé sept ressortissants italiens cités dans l'enquête sur la corruption de haut niveau menée par le journaliste assassiné Jan Kuciak, qui les soupçonnait de liens avec la mafia.

Cette opération a été menée "bien évidemment en connexion avec ce cas (du meurtre de Jan Kuciak) et avec des personnes nommées à plusieurs reprises par la presse, y compris par le dernier article de Jan Kuciak. Oui, nous pouvons appeler cela la piste italienne", a déclaré le chef de la police Tibor Gaspar.

"Des pièces à conviction ont été saisies et des personnes interpellées. Elles seront interrogées", a-t-il ajouté.

Sans dévoiler leur nom de famille, il a identifié les sept personnes arrêtées comme étant: Antonino V. (42 ans), Sebastiano V. (40 ans), Bruno V., Diego R. (62 ans), Antonio R. (58ans), Pietro C. (26 ans) et Pietro C. (54 ans).

Les opérations de la police ont eu lieu à Michalowice dans l'est de la Slovaquie.

De son côté, le ministre de l'Intérieur Robert Kalinak a écrit jeudi sur Facebook que la police italienne, le FBI, l'Europol et le Scotland Yard avaient promis leur aide dans cette enquête.

Selon les médias slovaques, il s'agirait de l'homme d'affaires italien Antonino Vadala et de plusieurs membres de sa famille que Jan Kuciak soupçonnait de liens avec la mafia calabraise 'Ndrangheta.

Le journaliste de 27 ans travaillait pour le site aktuality.sk, appartenant à l'Allemand Axel Springer et au Suisse Ringier et se spécialisait dans des enquêtes d'investigations.

Selon Nicola Gratteri, le procureur italien de Catanzaro (en Calabre), "il est vraisemblable que derrière l'homicide se trouvent des familles calabraises. Il est évident que la 'Ndrangheta est capable de faire ces choses".

"La 'Ndrangheta est enracinée, pas infiltrée, pas seulement dans toute l'Italie mais aussi dans des pays européens comme l'Allemagne, la Suisse et aussi en Europe de l'est, outre la Slovaquie également en Bulgarie et en Roumanie. La 'Ndrangheta est en train de s'étendre vers l'Est. Elle va là où il y a du pouvoir, de l'argent à gérer, des opportunités à saisir", a-t-il souligné jeudi, dans un entretien à une radio italienne.

La nouvelle de son assassinat a créé un choc dans ce pays de la zone euro et a soulevé à nouveau la question de la corruption qui avait déjà suscité en juin des manifestations de jeunes réclamant le limogeage de ministres du gouvernement de gauche de Robert Fico.

De nouvelles marches de protestation anti-corruption sont annoncées pour les prochains jours.

Dans un article non achevé, mais publié après son meurtre mercredi par aktuality.sk, Jan Kuciak évoquait des cas de fraudes fiscales en connexion avec l'homme d'affaires italien et l'entourage du Premier ministre slovaque Robert Fico.

"Deux personnes proches d'un homme arrivé en Slovaquie alors qu'il était accusé dans une affaire de mafia en Italie ont l'accès quotidien au Premier ministre" slovaque, écrivait Jan Kuciak.

"Les Italiens liés à la mafia ont trouvé un second foyer en Slovaquie: ils ont commencé à faire des affaires, recevoir des subventions, collecter des fonds européens, mais surtout établir des relations avec des personnalités politiques influentes, jusqu'au gouvernement slovaque", ajoutait-il.

Mme Troskova, 30 ans, et Viliam Jasan, le responsable au sein du gouvernement de la gestion des crises, ont annoncé mercredi qu'ils quittaient leur postes le temps de l'enquête sur le double assassinat, tout en niant fermement toute implication dans ces crimes.

Le ministre de la Culture, Marek Madaric, a démissionné mercredi en déclarant, lui, aux journalistes, qu'après ce meurtre il ne pouvait plus s'imaginer "assis calmement dans le fauteuil de ministre".

L'opposition a réclamé la démission du ministre de l'Intérieur et du chef de la police, leur reprochant de n'avoir pas pris au sérieux les menaces envers le journaliste.

M. Fico a, à son tour, accusé l'opposition d'exploiter le meurtre politiquement après avoir accusé, mardi, les médias de "lier, sans preuve à l'appui, des gens innocents avec un double homicide".

Connu pour ses commentaires acerbes envers des journalistes qu'il a qualifiés par le passé de "simples hyènes idiotes" ou "sales prostituées anti-Slovaques", le Premier ministre a rencontré les responsables des principaux médias pour leur assurer "que la protection de la liberté d'expression et la sécurité des journalistes" était "une priorité" pour son gouvernement.

Il a également offert une prime d'un million d'euros pour toute information sur le crime.

Le meurtre de Jan Kuciak intervient après celui à Malte en octobre 2017 de la journaliste Daphne Caruana Galizia qui avait dénoncé la corruption sur l'île méditerranéenne.

Les corps de Jan Kuciak et de sa compagne, tués par balles, ont été découverts dimanche dans leur maison à Velka Maca, près de Bratislava.