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Mondial-2018: la vierge de Tilcara, légende encombrante de la sélection argentine

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Mondial-2018: la vierge de Tilcara, légende encombrante de la sélection argentine

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Les habitants de Tilcara, dans la cordillère des Andes, assurent qu’en 1986, les futurs champions du monde venus s’entraîner en altitude, ont invoqué la vierge locale et promis de lui ramener la Coupe du monde en cas de victoire: promesse non tenue qui pèserait sur les résultats de l’Argentine…

Cette année là, Diego Maradona a marqué grâce à la “main de Dieu” contre l’Angleterre, battu l’Allemagne en finale, mais les vainqueurs n’ont pas remis les pieds à Tilcara. Et depuis 32 ans, l’Argentine n’a plus gagné de titre mondial.

Avoir Lionel Messi dans ses rangs ne suffit pas pour brandir la coupe. Et, mythe ou réalité, la Vierge de Copacabana del Abra de Punta Corral ressurgit à chaque Mondial.

En janvier 1986, en plein été austral, le sélectionneur Carlos Bilardo avait convié ses troupes dans ce village à 2.500 mètres d’altitude, pour tester les organismes à une altitude équivalente à celle de Mexico.

David Gordillo, 65 ans, se souvient avec émotion de la venue de la sélection dans le bourg andin isolé, proche la frontière avec la Bolivie. Membre du club Pueblo nuevo, Gordillo faisait partie des “sparring partners” de l’Albiceleste.

A cette époque, il n’y avait qu’un téléphone à Tilcara. Les internationaux argentins discutaient longuement avec les habitants. Un jour, ils leur ont confié leur dévotion pour la Vierge de Copacabana, que des milliers de pèlerins viennent prier durant la semaine sainte.

- ‘Gratitude sincère et éternelle’ –

“Ce n‘était pas quelque chose de programmé, se souvient-il, il n‘était pas question que tous les gars aillent voir la vierge. Il y a simplement eu une promesse informelle, qu’ils n’ont pas tenue et qu’ils devront tenir un jour.”

Sara Vera, 65 ans, qui louait à la fédération argentine le terrain d’entraînement, affirme avoir elle-même accompagné le sélectionneur Carlos Bilardo à la paroisse de Tilcara et l’avoir entendu promettre de revenir “à genoux, pour la remercier” en cas de sacre.

“Combien d’années ont passé sans que la sélection ne gagne un Mondial?”, interroge celle qui plaide pour une visite des héros.

Bilardo, connu pour sa superstition, nie toute promesse, tout comme les joueurs. Certains dénoncent même une tentative de faire la promotion touristique de Tilcara.

“Aller à Tilcara, nous n’y voyons aucun problème, mais qu’une chose soit claire, nous n’avons formulé aucune promesse”, soutient Oscar Garré, ancien défenseur des champions du monde de l‘époque.

“Les gens ont été merveilleux avec nous, mais personne n’a fait ce type de promesse, insiste-t-il. Si c‘était vrai, ce serait trop facile.”

Les joueurs évoluant en Europe n’avaient pas été convoqués, comme Diego Maradona alors à Naples, Jorge Valdano ou Jorge Burruchaga.

Pour calmer les esprits ou calmer la colère divine, la fédération argentine de football a envoyé en 2006 à Tilcara une réplique de la Coupe du monde de 1986 et une plaque commémorative exprimant sa “sincère et éternelle gratitude”.

- ‘Qu’ils viennent’ –

La coupe trône dans la vitrine du musée de la Vierge de Copacabana, près de l’Eglise, en compagnie d’une photo immortalisant le passage des footballeurs.

Le curé Eduardo de la Serna évoque une confusion: “Ont-ils formulé une promesse, ou leurs paroles ont-elle été perçues comme une promesse?”

En 2011, peu avant la Copa América, les anciens champions du monde Sergio Batista et José Luis Brown, se sont rendus incognito à Tilcara pour offrir à la vierge un maillot bleu ciel et blanc. Batista était alors sélectionneur et Brown un de ses adjoints. Fin de l’aventure en quart de finale…

“En Amérique latine, dit le curé, les croyances populaires sont très enracinées et la religion est présente dans tous les aspects de la vie, y compris dans le sport.” Malicieux, il ne croit pas à un châtiment divin: “Si Dieu devait choisir, devrait-il nécessairement le faire entre l’Argentine et le Brésil?”

Mais à Tilcara, même les jeunes qui n‘étaient pas nés à l‘époque somment les anciens internationaux de tenir leur promesse.

“Nous voulons en terminer avec cette spirale négative, qu’ils viennent et qu’on tourne la page avant d’aller en Russie”, lance Tomás Bertone, 29 ans, patron d’un bar et supporter, au point d’avoir fait le voyage en Bolivie pour assister à une rencontre de l’Argentine.

Dans le stade, avec ses amis, il avait déployé une banderole: “Champions de 86, tenez votre promesse. Revenez à Tilcara”. Ce soir-là, l’Argentine avait perdu 2-0 à La Paz.

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