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La route d'éventuelles négociations avec Pyongyang semée d'embûches

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La route d'éventuelles négociations avec Pyongyang semée d'embûches

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Sanctions, menaces et main tendue ont joué un rôle pour convaincre la Corée du Nord de venir à la table des négociations, estiment des experts, mais les conditions de sa renonciation aux armes nucléaires seront probablement inacceptables.

Séoul a annoncé mardi que le leader nord-coréen Kim Jong Un était prêt à discuter avec Washington et à renoncer à ses bombes atomiques et ses missiles balistiques en échange de garanties sur sa sécurité.

Il s’agit d’un rebondissement majeur après des années de tensions liées aux programmes militaires interdits de Pyongyang, qui lui ont valu une cascade de sanctions internationales.

Même le président américain Donald Trump, dont les insultes récurrentes contre M. Kim, ont largement alimenté les tensions, a jugé ces évolutions “très positives”.

Le simple rappel des précédentes initiatives diplomatiques sans lendemain permet de mesurer l’ampleur du chemin à parcourir.

Ainsi le président Trump a-t-il ces derniers mois menacé de “détruire totalement” la Corée du Nord quand les responsables de son administration maintenaient que l’option militaire était “sur la table”.

“La Corée du Nord s’ouvre parce que la pression des Etats-Unis était trop forte”, estime Go Myong-Hyun, expert à l’Institut Asan des études politiques.

- Quelles garanties? –

Pendant des années, les sanctions contre Pyongyang n’ont consisté qu’en des gels d’actifs et des interdictions de voyages.

Mais elles se sont récemment durcies en ciblant plus largement les exportations nord-coréennes de charbon et de fruits de mer, ou encore le textile et les travailleurs expatriés. Elles ont également visé les importations de pétrole, prenant l‘économie nord-coréenne à la gorge.

“Les sanctions font mal”, a déclaré au journal en ligne The Cipher Brief Joseph DeTrani, ancien représentant des Etats-Unis aux pourparlers à six (les deux Corées, Etats-Unis, Chine, Japon, Russie). “La Corée du Nord est aujourd’hui plus isolée qu’elle ne l’a jamais été, et notamment vis-à-vis de son principal allié chinois.”

“Les sanctions, les exercices militaires conjoints (USA-Corée du sud ndlr) et la volonté réelle de dialogue du gouvernement Moon ont eu un impact”, a-t-il ajouté.

Les jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, les fameux “JO de la paix” du président Moon, ont fourni un bon prétexte pour tendre la main à Kim Jong Un qui a saisi cette opportunité en dépêchant ses athlètes, mais aussi sa soeur, au Sud.

L’intense activité diplomatique générée par la préparation des JO a fourni à Moon Jae-in autant de prétextes pour faire avancer la carte diplomatique. Au point qu’il rencontrera fin avril Kim Jong Un lors du troisième sommet intercoréen de l’histoire.

Mais le Nord doit encore confirmer la réalité de ses concessions qui n’ont été annoncées que par Séoul. Et, surtout, le type de garanties que Pyongyang cherche à obtenir pour sa sécurité en échange de sa dénucléarisation sera crucial.

- Un sommet “précipité”? –

“D’un côté du spectre, il pourrait y avoir l’acceptation d’un engagement des Etats-Unis disant qu’ils n’ont pas l’intention d’attaquer la Corée du Nord”, explique Mark Tokola, vice-président du Korea Economic Institute of America.

“Mais à l’opposé, Pyongyang pourrait demander que les forces américaines quittent la péninsule et que l’alliance entre les Etats-Unis et la Corée du Sud soit dissoute”, a-t-il ajouté.

Cela reviendrait à demander une remise à plat de tout l‘équilibre géostratégique de l’Asie du Nord-Est que les Etats-Unis ne sont probablement pas disposés à faire.

Cela laisserait aussi Séoul seul dans l‘éventualité d’un conflit avec la Corée du Nord, qui a toujours exprimé le désir de réunifier la péninsule. Or une grande partie de la population sud-coréenne tient à la protection américaine.

“Il est plus probable que la Corée du Nord soit en train de chercher à enfoncer un coin entre Séoul et Washington en tentant de pousser la Corée du Sud à affaiblir l’alliance”, a-t-il dit.

Une réduction de l’ampleur des manoeuvres annuelles conjointes entre Séoul et Washington serait à cet égard un premier résultat positif pour Pyongyang.

Mais l’alliance entre Séoul et Washington pourrait aussi pâtir d’un éventuel processus duplomatique entre les Etats-Unis et la Corée du Nord.

“Les négociations entre les Etats-Unis et la Corée du Nord ne seront pas faciles compte tenu de la fermeté de l’administration Trump sur une dénucléarisation complète”, a déclaré Kim Hyun-wook, professeur à l’Académie diplomatique nationale de Corée.

Et Séoul pourrait se retrouver dans une position délicate en cas d‘échec de ces discussions.

“Il y a tellement de choses à aplanir avant de véritables discussions sur la dénucléarisation que, franchement, le sommet intercoréen semble un peu précipité”, a déclaré M. Kim.

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