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"Tu aimeras ton prochain": quand les églises américaines abritent les clandestins

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"Tu aimeras ton prochain": quand les églises américaines abritent les clandestins

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Oscar Canales sait qu’il peut être arrêté et expulsé vers son pays natal, le Salvador, s’il met un pied hors de l‘église qui l’accueille depuis un mois à Greensboro, en Caroline du Nord.

Entré illégalement aux Etats-Unis en 2005, il y a refait sa vie. Mais les ennuis ont commencé il y a cinq ans, quand il a été arrêté pour défaut de papiers d’identité après un accrochage en voiture.

N’ayant pas d’antécédents judiciaires, les autorités lui ont accordé un sursis et un permis de travail, renouvelés chaque année, jusqu’en 2017.

Il est désormais à la merci des services fédéraux de l’immigration (ICE) chargés d’appliquer la politique d’expulsion des clandestins à tout va du président Donald Trump.

Des associations chrétiennes progressistes se sont alors regroupées pour protéger les sans-papiers vulnérables en utilisant les lieux de culte considérés comme des “sanctuaires” inviolables.

L’Eglise unifiée du Christ accueille depuis la mi-janvier Oscar, qui avait reçu le mois précédent un ordre de quitter le territoire.

S’il était expulsé, ce couvreur devrait quitter sa femme, ses trois enfants citoyens américains, et fermer son entreprise qui emploie six salariés, également américains.

Il craint aussi de repartir dans un pays gangréné par la violences des gangs comme le très redouté MS-13. “Ils peuvent enlever un enfant, demander une rançon. Et si on ne paie pas tout de suite, ils peuvent tuer”, raconte ce trentenaire à l’AFP.

Comme Oscar, ils sont actuellement une quarantaine à vivre reclus dans des églises, contre seulement cinq avant l‘élection de Donald Trump fin 2016, précise le révérend Noel Andersen, de l’ONG chrétienne Church World Service.

“Sous l‘ère Obama, la décision (d’expulser) était laissée à l’appréciation du parquet” et les clandestins seulement coupables de délits mineurs ou ayant des liens familiaux aux Etats-Unis n‘étaient pas inquiétés, dit-il.

“Puis Trump arrive, fait fi des priorités et tous les sans-papiers deviennent la priorité”, ajoute M. Andersen.

- Ancré dans la foi –

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, l’ICE a arrêté 109.000 clandestins coupables ou condamnés pour des crimes, mais aussi 46.000 personnes sans passé judiciaire: pour cette dernière catégorie, la hausse atteint 171% par rapport à 2016. Le nombre de clandestins aux Etats-Unis est estimé à 11 millions.

Le but de ce “mouvement des sanctuaires” est d’empêcher la séparation des familles, de contester en justice les expulsions et de combattre la vague anti-immigration qui grossit dans l‘électorat conservateur et religieux, notamment dans le sud du pays.

Le révérend Julie Peeples, pasteure à Greensboro, cite la Bible pour justifier son action.

“Jésus dit tu aimeras ton prochain comme toi-même, c‘était pour moi le premier commandement”, explique cette femme à la voix douce qui officie depuis 1991.

“Nous sommes convaincus que Jésus n’appellerait personne un étranger, que nous sommes tous des êtres humains et des enfants de Dieu”, dit-elle. “Je crois personnellement que Dieu passe toutes les frontières et n’a aucun intérêt ou respect pour celles que nous fabriquons”.

Oscar Canales est le second bénéficiaire du “sanctuaire” de Greensboro. La première était Minerva Cisneros Garcia, 42 ans, venue illégalement du Mexique. Cette mère de trois enfants a passé cinq mois dans l‘église, entre juin et octobre 2017, avant qu’un juge n’annule son arrêté d’expulsion.

Désormais libre de ses mouvements, elle doit toutefois porter en permanence un bracelet électronique, une manière pour l’ICE de “montrer son pouvoir”, regrette-t-elle.

Doug Long, pasteur dans la capitale de l’Etat, Raleigh, craint aussi une descente de la police dans son église qui abrite un clandestin depuis octobre. Le statut juridique des églises “est une zone grise”, admet-il.

L’ICE a ainsi récemment obtenu l’autorisation de pénétrer dans les tribunaux américains, considérés jusque-là comme des “sanctuaires” pour ne pas décourager les clandestins de témoigner dans des affaires criminelles.

“Mais je suis convaincu que ce que nous faisons est bien, que c’est juste et que c’est plus important pour moi que ce qu’il peut m’arriver sur le plan juridique”, affirme le pasteur Long.

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