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Brésil: une ville frontalière mise à l'épreuve par les migrants vénézuéliens

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Brésil: une ville frontalière mise à l'épreuve par les migrants vénézuéliens

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Files d’attente interminables de migrants au poste-frontière, sans-abris campant sur les places: la ville brésilienne de Pacaraima a dû abandonner sa vocation touristique pour recevoir au quotidien des centaines de Vénézuéliens fuyant la crise.

Cette bourgade de 12.000 habitants était auparavant surtout connue pour être une étape pour les touristes visitant les paysages spectaculaires du Mont Roraima, montagne tabulaire emblématique qui a inspiré le roman “Le Monde perdu”, d’Arthur Conan Doyle.

Mais cela fait environ trois ans que l’immense majorité des arrivants ne sont plus des touristes, mais surtout des migrants du pays voisin. Le modeste poste-frontière a reçu depuis le renfort de militaires.

Selon les chiffres officiels, 500 à 1.200 Vénézuéliens traversent la frontière au quotidien.

Les migrants poursuivent le plus souvent leur route vers Boa Vista, capitale de l’État de Roraima, à 215 km de la frontière, où les autorités ont recensé près de 40.000 Vénézuéliens, plus de 10% de la population de la ville.

Faute de pouvoir payer le transport, certains restent toutefois à Pacaraima, dont la population a augmenté de 30% avec la présence d’environ 3.500 Vénézuéliens.

- “Tout a empiré” –

Avec l’afflux des migrants, les rues autrefois paisibles de Pacaraima grouillent jour et nuit. Beaucoup de Vénézuéliens dorment dans la rue, sur des cartons souvent, faute de structures d’accueil.

“La situation est hors de contrôle”, déplore le prêtre catholique Jesus Lopez, qui organise une soupe populaire pour les réfugiés.

Mais tous les habitants de Pacairama ne sont pas aussi accueillants. Les réfugiés ne sont pas vus d’un bon oeil par une partie de la population locale, qui les accuse d’apporter maladies épidémiques, prostitution et insécurité.

“Ici, tout a empiré. Ils (les Vénézuéliens) ne font rien à part voler. Si ça ne tenait qu‘à moi, on fermerait la frontière”, s’est insurgée la Brésilienne Tuheny Gomes, caissière d’une boulangerie.

Certains commerçants y trouvent tout de même leur compte, grâce à des Vénézuéliens qui passent juste la journée au Brésil, notamment pour acheter dans les supermarchés locaux de la nourriture, souvent pour la moitié du prix demandé chez eux.

“Ici tout est moins cher. Avec 80 réais (environ 20 euros), on n’arrive à rien acheter au Venezuela, mais ici j’ai pu acheter du riz, du sucre, du beurre et du jambon”, explique Jonathan dos Santos, venu spécialement de Ciudad Bolivar, à plus de 700 km de là.

“La pénurie d’aliments au Venezuela a créé des opportunités ici et notre commerce a su en profiter”, se félicite Ruan Silva, employé d’un des rares supermarchés qui accepte le bolivar, la monnaie vénézuélienne, très fortement dévaluée.

- Plastique recyclé –

D’autres commerçants regrettent le temps où l‘économie de la ville était surtout alimentée par le passage de touristes.

“Il y a beaucoup de mouvement, mais peu d’argent. Mes ventes ont chuté parce qu’il y a moins de touristes, ce sont eux qui amenaient de l’argent ici”, déplore Zilma Rocha, Brésilienne qui vend des snacks à la frontière.

Même son de cloche chez les chauffeurs de taxis qui font la navette Boa Vista – Pacaraima pour 50 réais (environ 12,5 euros), une somme que peu de migrants peuvent se permettre de payer.

Sans argent, Abilio Mendez, 46 ans, a décidé de faire le trajet à pied, portant deux sacs à dos abîmés. “C’est tout ce qui reste de ma vie”, raconte-t-il exténué, sur le bord de la BR-175, route qui mène à la capitale de Roraima.

Un des sacs à dos contient toutes sortes d’objets en plastique, qu’il a l’intention de revendre à des usines de recyclage en échange de quelques billets pour s’acheter à manger.

“Il y eu une rumeur selon laquelle le plastique se vendait bien et beaucoup de migrants en amènent avec eux”, explique un douanier.

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