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Salvador: le frère de Mgr Romero pardonne aux responsables de son assassinat

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Salvador: le frère de Mgr Romero pardonne aux responsables de son assassinat

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“Je pardonne à ceux qui l’ont fait”, confie à l’AFP Gaspar Romero en parlant des responsables de la mort de son frère, l’archevêque salvadorien Oscar Romero, grand défenseur des pauvres devenu une légende en Amérique latine après son assassinat en 1980.

Toutefois, alors que le Vatican vient d’annoncer que Mgr Romero serait proclamé saint, Gaspar exige que cesse l’impunité autour de ce crime.

Dans un entretien à l’AFP, il rappelle que son frère avait dit: “Je sais qu’ils vont me tuer, mais dès maintenant je pardonne à ceux qui vont le faire”.

“Je reprends ses paroles et je pardonne à ceux qui l’ont fait”, déclare ce télégraphiste en retraite âgé de 88 ans, qui dit pouvoir mourir en paix après l’annonce de la canonisation de son frère, deux ans après sa béatification.

L’archevêque était “un saint qui ne faisait de mal à personne”, rappelle-t-il, mais, 38 ans après sa mort, les responsables n’ont jamais été jugés.

Qui a tué Mgr Romero ? “Tout le monde le sait”, dit-il. “Pourquoi le parquet n’a-t-il pas agi? C’est la question. Beaucoup de procureurs se sont succédé et tout le monde sait (qui sont les meurtriers, ndlr), sauf le parquet”.

Décrit comme un homme simple et proche du peuple, Oscar Romero, né en 1917, avait pris la défense des paysans sans terre, suscitant les foudres des milieux les plus conservateurs du Salvador. Il avait été abattu en pleine messe le 24 mars 1980.

Adepte de la théologie de la libération et surnommé “la voix des sans voix” pour son dévouement envers les plus démunis, Mgr Romero a été tué par un commando d’extrême droite au début de la guerre civile (1980-1992), qui a fait 75.000 morts et au moins 7.000 disparus.

L’assassinat avait été commandité par le fondateur de l’Alliance républicaine nationaliste (Arena), Roberto d’Aubuisson, décédé d’un cancer en 1992, selon un rapport de la “commission de la vérité” publié par l’ONU.

Selon Gaspar, outre d’Aubuisson, le capitaine Alvaro Saravia est impliqué dans le meurtre: il aurait remis au tueur sa paie de quelque 400 dollars quand il s’est présenté à lui en disant “mission accomplie”.

Le capitaine Saravia est en fuite, après avoir été condamné par un tribunal américain.

- Impunité –

Si l’impunité se poursuit, au grand dam des partisans de Mgr Romero, Gaspar assure que les meurtriers n‘échapperont pas à la justice divine car “ils ont tué un homme juste et sans motif”. Et “la conscience ne s’apaise pas quand on commet une faute, aussi légère soit-elle. On vit avec ce remord”.

Les milieux conservateurs ont longtemps bloqué toute reconnaissance officielle de l’Église envers l’archevêque des pauvres.

Mais deux ans après l‘élection de François, premier pape d’Amérique latine, le Vatican a reconnu le “martyr” de Mgr Romero, ouvrant la voie à sa béatification en mai 2015 devant plus de 200.000 fidèles à San Salvador.

Des délégations de 57 pays et quatre présidents latino-américains avaient assisté à sa béatification, une reconnaissance vécue comme une fête dans le petit pays d’Amérique centrale, où le message d’Oscar Romero reste d’une grande actualité alors que la pauvreté touche près de 30% des Salvadoriens.

Gaspar Romero a les yeux rougis par l‘émotion quand il évoque la mort de son grand frère.

“Nous étions très unis, j’ai senti la douleur de perdre un frère, et comme Salvadorien j’ai senti la perte, pour le pays, d’un homme grand, bon et sage qui ne faisait de mal à personne”.

“Nous voudrions que soit dite la vérité sur ce qu’il était: un homme simple et défenseur des pauvres”, ajoute-t-il, regrettant qu’il ait été diffamé, accusé tour à tour d‘être un déséquilibré et un marxiste.

Une anecdote, en particulier, l’avait marqué: un soir, quand son frère était prêtre à San Miguel, des représentants de la “haute société” lui avaient offert un énorme réfrigérateur rempli de vivres. Il avait remercié les donateurs mais leur avait dit de porter ces victuailles aux pensionnaires de la maison de retraite, qui avaient “beaucoup de besoins”.

Pour Gaspar, cette canonisation est “un miracle de Dieu”, car il avait prié pour avoir la chance de le voir proclamé saint. Et pour pouvoir assister à la cérémonie au Vatican, il se dit prêt à demander “un prêt” pour payer le voyage.

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