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En Birmanie, des combats de boxe pour proclamer la fin de la crise des Rohingyas

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En Birmanie, des combats de boxe pour proclamer la fin de la crise des Rohingyas

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Un ring, des coups portés, des soigneurs qui épongent le sang… une scène classique en Birmanie mais inédite dans l’ouest du pays. L’armée, un homme d’affaires et un moine utilisent le sport pour tenter de démontrer que la crise des Rohingyas est terminée.

S’il n’y avait pas des hommes en arme aux quatre coins du gymnase, on pourrait se croire ailleurs. Pourtant la ville de Maungdaw où se sont tenus les combats de boxe traditionnelle cette semaine est bien l‘épicentre des violences qui ont poussé 700.000 musulmans à l’exil vers le Bangladesh.

L’armée birmane et des milices bouddhistes sont accusées d‘épuration ethnique de cette minorité par les Nations unies.

Plus de sept mois après le début des exactions, la ville de Maungdaw a perdu une grande partie de sa population rohingya mais semble avoir retrouvé un semblant de normalité.

Et cette semaine, certains des plus grands noms du Lethwei la boxe traditionnelle birmane qui se pratique à mains nues, seulement bandées, s’y sont déplacés ces derniers jours pour une série de combats.

Dans un gymnase poussiéreux dans le centre de cette ville d’environ 400.000 habitants, les combats s’enchaînent sous l‘œil d’un public plutôt clairsemé.

“Je n‘étais jamais venu ici auparavant”, explique Saw Ba Oo, boxeur de 28 ans qui dit craindre les “terroristes musulmans”, évoquant les rebelles rohingyas qui ont attaqué des postes de police en août dernier, ce qui a déclenché en riposte la violente campagne de répression de l’armée birmane.

Soe Tun Shein, un homme d’affaires connu pour son amour du Lethwei et ses opinions anti-musulmanes, a sponsorisé l‘événement mais derrière lui plane l’ombre des militaires.

“Le chef de l’armée soutient cela et a donné l’ordre à ses officiers de s’assurer que la compétition était un succès”, explique Thein Aung, président de la Fédération birmane de Lethwei.

“La boxe est un moyen d’encourager les gens à aimer leur pays”, ajoute-t-il.

Mais les observateurs y voient surtout “une opération de propagande pour tromper le peuple birman et le monde”, comme l’explique l’analyste indépendant David Mathieson.

“Mais cette opération de l’armée ne va pas soulager les craintes des personnes qui sont restées dans le nord de l’Etat Rakhine”, ajoute-t-il.

– Photos devant des barbelés –

Cette escapade de quelques jours d’une vingtaine de boxeurs ne se bornait en effet pas seulement à la série de combats.

Empruntant les routes prises par des centaines de milliers de Rohingyas fuyant la répression, les boxeurs se sont rendus à la frontière avec le Bangladesh pour poser en photo devant les barbelés qui marquent la limite entre les deux pays.

Quelques dizaines de kilomètres derrière, des centaines de milliers de Rohingyas, qui ont parfois vu leur village réduits en cendres, s’entassent dans des camps insalubres alors que la mousson approche.

Même si la Birmanie est dirigée depuis deux ans par un gouvernement civil emmené par la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, l’armée reste toute puissante dans cette région.

“Quand nous avons des problèmes, les forces armées sont les seuls sur lesquels nous pouvons compter”, estime Manisara, moine bouddhiste local qui joue le rôle d’un chef de communauté à Maungdaw et fait partie des organisateurs de l‘événement.

“Sans eux, nous vivons en danger”, ajoute-t-il.

Pourtant des tensions sont aussi apparues entre les habitants de la région membres de l’ethnie Rakhine et les forces de l’ordre. Mi-janvier, la police a ouvert le feu sur une foule tuant sept personnes et faisant monter d’un cran la défiance avec le pouvoir.

S’ils sont également bouddhistes, les Rakhines, comme de nombreuses minorités ethniques de Birmanie, critiquent la domination de l’ethnie majoritaire, les Bamars.

Dans la foule, pour le temps des combats, les enfants ont oublié le contexte: une poignée d’enfants rohingyas applaudissent aux côtés des jeunes Rakhines, avec lesquels ils jouent parfois au football sur les terrains adjacents.

Pourtant pour Myo Thandar Aye, passionnée de Lethwei de 25 ans, les événements des derniers mois représentent une vraie rupture.

“Nous avions l’habitude de nous rendre visite”, raconte-t-elle, avant de conclure “mais nous ne pourrons jamais revenir à la relation que nous avions auparavant, nous n’avons plus confiance”

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