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Arrestation de Lula: la surprenante discrétion de la classe politique brésilienne

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Arrestation de Lula: la surprenante discrétion de la classe politique brésilienne

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Au moment où l’arrestation de Lula secoue le Brésil, la classe politique nationale fait au contraire preuve d’une grande discrétion, nombre de dirigeants étant sous le coup d’une enquête pour corruption.

Ce silence est d’autant plus assourdissant que le fait de voir l’icône de la gauche brésilienne et le favori de la présidentielle d’octobre derrière les barreaux rebat les cartes de ce scrutin.

Luiz Inacio Lula da Silva s’est rendu à la police samedi soir. Il ne pouvait plus guère éviter la prison, deux jours après le mandat de dépôt du juge anticorruption Sergio Moro, consécutif à sa condamnation en appel à 12 ans et un mois pour corruption et blanchiment d’argent.

“L’Opération Lavage-express est allé bien plus loin que ce que tout le monde croyait, les principaux partis, les grandes figures du Parlement et (le président Michel) Temer lui-même”, déclare à l’AFP Sylvio Costa, fondateur du site d’actualité politique Congreso em Foco.

“Dans leur tête, ça n’irait jamais aussi loin. Ils sont stupéfaits”, ajoute-t-il. “Si Lula, qui est si populaire et en tête des sondages cette année, va en prison, que va-t-il m’arriver?”, doivent-ils se demander, juge M. Costa.

Selon le site Congresso em Foco, près de 40% des députés et sénateurs brésiliens sont actuellement dans le viseur de la justice pour détournements supposés de fonds publics ou pour avoir reçu des pots-de-vin.

- Violence –

L’arrestation d’une figure comme Lula, condamné pour avoir reçu un luxueux appartement en bord de mer offert par une entreprise de BTP, intervient dans un climat de grande tension au Brésil.

Le mois dernier, la caravane pré-électorale de Lula, président de 2003 à 2010, a été la cible de tirs. Ils ont touché deux des trois bus du cortège de l’ancien dirigeant, qui se trouvait dans le troisième véhicule qui n’a pas été visé, selon le Parti des travailleurs (PT).

Même Jair Bolsonaro, grand nostalgique de la dictature militaire (1964-1985), n’a pas fait usage de son agressivité habituelle et a opté pour un ton plus modéré afin de ne pas envenimer la situation.

“Le Brésil a marqué un but contre l’impunité et contre la corruption, mais ce n’est qu’un but. L’ennemi n’est pas encore vaincu”, a-t-il déclaré, appelant à élire un président qui “soit honnête”.

- Silence –

Le président Temer lui-même est resté silencieux ces derniers jours, à part un appel au retour de l’“optimisme” et de la “paix sociale”, samedi lors d’une rencontre avec des entrepreneurs.

Il faut dire que l’actuel président a déjà échappé à deux mises en examen grâce au soutien du Parlement qui, jusqu‘à présent, a refusé de faire tomber son immunité. Mais une troisième mise en accusation pourrait venir prochainement.

“Il est regrettable de voir un mandat de dépôt viser un ancien président mais je suis convaincu que cela symbolise un changement important au Brésil: la fin de l’impunité”, a écrit sur Twitter, le gouverneur de Sao Paulo Geraldo Alckmin, qui cherche à réunir une partie des centristes derrière sa candidature à la présidentielle d’octobre.

“La loi s’applique à tous”, a ajouté M. Alckmin, qui appartient au PSDB, un parti de centre droit dont l’ancien leader, le sénateur Aecio Neves, a dû démissionner pour corruption.

Rodrigo Maia, le chef de la chambre des députés et ancien candidat présidentiel —dans le collimateur de l’affaire Lavage express— a déclaré que “nul responsable (politique) dans aucun pays ne devrait se réjouir qu’un mandat de dépôt ait été émis contre un ancien chef de l’État”.

Les célébrations les plus bruyantes résonnaient sur les réseaux sociaux également, mais en provenance d’organisations de la société civile ayant soutenu en 2016 la destitution de Dilma Rousseff, la dauphine et protégée de Lula.

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