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Le bilan très négatif de la loi de 2016 sur la prostitution

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Le bilan très négatif de la loi de 2016 sur la prostitution

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Toujours plus précaires, seuls face aux risques de la rue. Deux ans après le vote d'une loi pénalisant la sollicitation des prostitués, la situation des travailleurs et travailleuses du sexe est encore plus compliquée.

C'est la conclusion d'une enquête menée par des chercheurs auprès d'un peu moins de 600 prostitués. Parmi eux, ils sont près de deux tiers à avoir connu une détérioration de leurs conditions de vie ces dernières années, près de 80 % ont vu leurs revenus baisser, avec des conséquences extrêmement graves.

Thierry Schaffauser est travailleur du sexe et syndicaliste au sein du Syndicat du travail sexuel (STRASS). "Dans les faits ce que ça produit, c'est que les clients ont plus de pouvoir de négociation, c'est plus difficile de leur imposer le préservatif et les prix ont baissé. Il y a également plus d'agressions parce qu'on est obligé de prendre plus de risques".

L'enquête dirigée par Hélène le Bail qui travaille au CNRS et au Centre de recherches internationales de sciences (CERI) met en évidence une forte augmentation des violences. 42% des travailleurs du sexe se disent plus exposés aux violences depuis l'adoption de la loi.

De plus en plus de personnes doivent désormais travailler dans des lieux cachés voire sur Internet pour éviter que leur client soit arrêté ce qui augmente la prise de risque.

Il y deux ans, le vote de la loi avait mis à jour d'importantes divergences entre ceux, abolitionnistes, comme le Mouvement du nid, favorables à la pénalisation des clients et le mouvement syndicale des travailleurs du sexe qui se veut plus pragmatique.

Déjà à l'époque il s'inquiétait des effets pervers que la loi pourrait avoir. '"L'esprit réel des gens qui défendaient cette loi, c'était surtout d'imposer une norme symbolique et de dire la prostitution c'est mal, explique Thierry Schaffauser. "Le problème c'est qu'une fois qu'on a dit ça et qu'on fait tout pour empêcher l'exercice du travail sexuel, on ne prend pas en compte les réalités concrètes et pratiques de la vie des gens".

Quant au parcours de sortie de la prostitution qui prévoit d'aider financièrement (330 euros par mois) celles et ceux qui souhaiteraient arrêter, selon l'enquête seule une cinquantaine de personnes en auraient profité jusque là.

"Les conditions d’accès et les modalités pratiques proposées (difficile accès à un hébergement, obstacles à la régularisation du séjour, allocation financière insuffisante pour vivre) ne permettent pas aux personnes de s’inscrire dans ce parcours et donc de protéger celles qui en ont besoin, contrairement à ce que prônait la loi.", précise l'enquête.