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Après les frappes en Syrie : la France veut relancer la diplomatie à l'ONU

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Après les frappes en Syrie : la France veut relancer la diplomatie à l'ONU

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La France veut relancer le processus de sortie de crise en Syrie après les frappes occidentales, faisant le pari que c’est aussi dans l’intérêt de l’incontournable Russie, un allié indéfectible de Damas, en remettant en selle l’ONU.

“Le Conseil de sécurité des Nations unies doit maintenant reprendre, dans l’unité, l’initiative sur les volets politique, chimique et humanitaire en Syrie, pour assurer la protection des populations civiles et pour que ce pays retrouve enfin la paix”, a déclaré samedi soir la présidence française.

“Nous allons prendre des initiatives dès lundi au Conseil de sécurité (de l’ONU, ndlr) à New-York, à Bruxelles lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères, pour tracer la feuille de route (vers un règlement pacifique) avec tous ceux qui voudront”, a déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur la chaîne de télévision TF1.

“Nous sommes prêts à y travailler dès maintenant avec tous les pays qui peuvent y contribuer”, avait-il auparavant lancé en tendant la main à Moscou, quelques heures après les raids.

Paris souhaite “travailler sérieusement” avec la Russie pour parvenir à “une solution politique”, a souligné l’Elysée. La visite du président Emmanuel Macron prévue pour fin mai en Russie reste d’ailleurs programmée.

Moscou est fidèle soutien du régime de Bachar al-Assad que les Occidentaux, Américains, Français et Anglais, ont frappé dans la nuit de vendredi à samedi, l’accusant d’avoir utilisé des armes chimiques la semaine précédente dans sa guerre contre les rebelles.

Ces appels à la Russie, qui plus est dans le cadre de l’ONU, semblent bien ambitieux vu les premières réactions russes et compte tenu du fait que ce pays a tenté de son côté de mener des négociations diplomatiques contournant les circuits onusiens.

Dans une première réaction, Vladimir Poutine a vivement dénoncé les frappes, sans pour autant annoncer aucune mesure particulière de rétorsion, se bornant à demander la convocation d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

Pour l’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov, les frappes revenaient à “insulter le président russe” et pour la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Maria Zakharova, les Occidentaux frappent la Syrie “au moment où elle avait une chance d’avoir un avenir pacifique”, le régime, également soutenu par l’Iran, s’acheminant vers la victoire militaire.

Et le règlement de la crise syrienne ne peut pas se trouver sans Moscou. “Que cela nous plaise ou non, le processus politique (en Syrie) ne réussira pas sans la Russie”, a déclaré samedi le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

- “Echec flagrant” de Sotchi-

La Russie a mis sur les rails son propre processus politique de règlement du conflit, avec l’Iran et la Turquie, compromettant d’autant plus celui sous l‘égide de l’ONU à Genève, au point mort depuis des mois.

Mais, selon les Occidentaux, Vladimir Poutine n’a pas obtenu les résultats escomptés à la conférence de paix intersyrienne de Sotchi en janvier et peine à faire entendre raison à son allié Bachar al-Assad.

“Sotchi a quand même été un échec flagrant (…) Tout le monde est un petit peu dans une impasse sur le processus politique”, relève un responsable français.

Pour remettre en selle les Nations unies, M. Le Drian estime “indispensable” de “faire en sorte” que les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU soient appliquées. “Je pense en particulier à une résolution que la Russie a votée” pour “un cessez le feu, c’est la première étape” pour qu’“on puisse entrer dans le processus politique qui patine déjà depuis plusieurs années”.

Paris semble aussi à la manoeuvre au-delà du cadre de l’ONU. M. Maas a annoncé que Berlin allait s’engager avec la France pour la mise en place d’“un format international de pays influents” afin de donner un nouvel élan au processus politique.

Pour Ziad Majed, politologue à l’Université américaine de Paris, les frappes pourraient paradoxalement relancer le processus de paix en montrant au Kremlin la détermination des Occidentaux.

“Les Russes n’arrivent pas à conclure politiquement, même si militairement ils sont en train de gagner”, dit-il à l’AFP, rappelant que les Kurdes, soutenus par les Etats-Unis, contrôlent encore le nord-est de la Syrie et que les Turcs jouent leur propre partition sur le terrain.

Emmanuel Macron s’est d’ailleurs entretenu avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, souhaitant là aussi que “la concertation entre la France et la Turquie soit encore intensifiée dans les prochains jours pour permettre une solution politique inclusive en Syrie”.

- Le pire ou le meilleur –

“Les négociations vont devenir de plus en plus décisives si les Russes comprennent que les Occidentaux cette fois ne sont plus dans l’ambiguïté”, estime M. Majed.

Selon lui, les Russes peuvent “faire plus de compromis que les Iraniens”.

Ces derniers sont dans une logique régionale, de “continuité territoriale de Téhéran à Beyrouth en passant par Bagdad et Damas” pour sécuriser l’approvisionnement en armes de leur puissant allié libanais, la milice chiite du Hezbollah, décrypte-t-il.

“Les frappes ne servent militairement à rien et accroissent les tensions”, juge Didier Billion, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) à Paris. “Les moments de tension amènent souvent le pire, mais cela peut aussi amener le meilleur”.

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