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Raid en Syrie : le rapport français qui accuse Damas

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Raid en Syrie : le rapport français qui accuse Damas

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Alors que de nombreux parlementaires français réclamaient de voir les preuves évoquées par Emmanuel Macron pour justifier une intervention militaire en Syrie, samedi matin, le Quai d’Orsay s’est résolu à publier un document de huit pages « constitué d’analyses techniques d’informations de sources ouverte et de renseignements déclassifiés obtenus par les services français », peut-on lire en préambule.

Pour étayer son analyse, la France indique s’être appuyée notamment sur l’avis de deux organisations médicales « habituellement fiables » et actives dans la région de la Ghouta à avoir la ‘Syrian American Medical Society’ et ‘l’Union of Medical Care and Relief Organizations’.

Selon ces deux ONG, « à partir du 7 avril en fin d’après-midi », elles ont constaté « un afflux massif (au minimum une centaine de personnes) de patients présentant des symptômes d’exposition à un agent chimique dans les centres de soin de la Ghouta orientale (…). Au total, plusieurs dizaines de personnes, au moins quarante selon plusieurs sources, seraient mortes d’une exposition à une substance chimique », précise le rapport.

Les experts français ont ensuite analysé les symptômes identifiables sur les images et les vidéos diffusées sur internet. Pour ces experts, « l’ensemble de ces symptômes est caractéristique d’une attaque par armes chimiques, notamment par des agents suffocants et par des agents organophosphorés ou de l’acide cyanhydrique ». Pour les auteurs du rapport, les images et les vidéos n’ont pas pu être manipulées : non seulement ces documents ont été massivement diffusés peu après l’attaque, mais « les groupes présents dans la Ghouta n’ont pas les moyens de mener une manoeuvre de communication d’une telle ampleur ».

Concernant l’usage d’armes chimiques par le régime syrien, le rapport rappelle que « le dispositif militaire russe actif en Syrie permet au régime de disposer d’une supériorité aérienne incontestée, lui donnant la liberté d’action militaire complète nécessaire à ses offensives indiscriminées en zone urbaine ». Sous-entendu : seul le régime disposait des moyens pour larguer des bombes par voie aérienne.

Le document précise par ailleurs que depuis le 6 avril « le régime syrien, appuyé par les forces russes, a repris ses bombardements intensifs sur la localité [de Douma, ndlr], mettant fin à une pause opérationnelle, tant terrestre qu’aérienne, constatée depuis le lancement des négociations mi-mars ». La présence des forces aériennes syrienne dans le secteur serait donc avérée.

Il est également souligné que la France a obtenu des « renseignements fiables » qui indiquent « que des responsables militaires syriens ont coordonné ce qui apparaît comme l'utilisation d'armes chimiques contenant du chlore à Douma le 7 avril 2018 ». Mais cette affirmation n’est pas assortie de détails.

Le rapport rappelle toutefois « l’intérêt stratégique » qu’avait l’armée syrienne à mettre un terme définitif à la rébellion dans cette partie de la banlieue de Damas quitte à employer des armes chimiques comme ce fut le cas précédemment à Alep.

Le rapport énumère d’ailleurs la liste des dernières attaques chimiques constatée sur le terrain.

Les services français ont ainsi recensé « 44 allégations de recours à des armes chimiques et substances toxiques en Syrie depuis le 4 avril 2017 », date de l’attaque au sarin de Khan Cheïkhoun. « Parmi ces 44 allégations, les services français estiment que les éléments rassemblés au sujet de 11 attaques permettent de présumer de leur nature chimique. Du chlore aurait été utilisé dans la majorité des cas ; les services soupçonnent également le recours à un neurotoxique le 18 novembre 2017 à Harasta ».

Sur la base de cette évaluation, le rapport conclut, malgré « l’absence à ce stade d’échantillons chimiques analysés par ses laboratoires », que la France estime « sans doute possible » qu’une attaque chimique a été conduite contre des civils à Douma le 7 avril 2018, « et qu’il n’existe pas d’autre scénario plausible que celui d’une action des forces armées syriennes dans le cadre d’une offensive globale dans l’enclave de la Ghouta orientale ».

Reste à savoir si ces "preuves" calmeront les critiques en France. Rien n'est moins sûr.