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Nicaragua : marche arrière d'Ortega

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Nicaragua : marche arrière d'Ortega
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Le président du Nicaragua Daniel Ortega a renoncé dimanche à sa réforme controversée des retraites, à l'origine d'une vague de manifestations qui a fait au moins 25 morts en cinq jours, les plus graves troubles depuis son arrivée au pouvoir il y a 11 ans.

Lors d'une rencontre avec des chefs d'entreprise, le chef d'Etat de gauche a annoncé que l'Institut nicaraguayen de sécurité sociale (INSS) ne mettrait pas en oeuvre cette réforme, qui devait augmenter les contributions sociales des salariés et des employeurs afin d'essayer d'équilibrer le système de retraites.

"Nous devons rétablir l'ordre, nous ne pouvons pas permettre qu'ici s'imposent le chaos, le crime, les pillages", a déclaré le président, comparant les manifestants aux gangs criminels.

Un policier tué par balles

Dans ce pays pauvre d'Amérique centrale, affrontement et pillages ont continué dimanche pour le cinquième jour consécutif.

Le Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh) a annoncé dans un communiqué un 25e décès, précisant que "parmi les victimes mortelles se trouvent des mineurs, des étudiants et le journaliste Angel Gahona", tué samedi d'une balle en plein reportage dans la ville de Bluefields (est).

Selon un communiqué officiel, un policier de 33 ans a été tué par un coup de feu samedi dans le secteur de l'Université polytechnique à Managua.

Sollicités par l'AFP pour confirmer le bilan du Cenidh, ni le gouvernement, ni la police n'ont répondu. Le dernier bilan officiel, vendredi, faisait état de dix morts.

Les troubles en cours ont commencé mercredi dans un grand nombre de villes du pays pour protester contre la réforme des retraites, qui abaissait aussi de 5% le montant des retraites afin de réduire le déficit de la Sécurité sociale (76 millions de dollars), sur recommandation du Fonds monétaire international.

Les rues de Managua étaient jonchées de débris dimanche, selon des journalistes de l'AFP sur place, qui ont assisté à des scènes de pillage. Les habitants se pressaient vers les magasins et supermarchés pour constituer des stocks de provisions. Les files d'attente s'allongeaient devant les stations essence.

Dans les villes de Leon et Masaya, près de Managua, des bâtiments publics ont été mis à sac, des véhicules incendiés et des centres commerciaux pillés, selon le gouvernement. Des soldats armés de fusils ont été déployés devant les bâtiments administratifs.

Aucun pas en arrière

L'annonce du revirement du président Ortega ne semblait pas dimanche soir inciter les manifestants à quitter les rues.

"Nous nous battons non seulement pour l'INSS, nous nous battons pour toutes les années de pillage de la population par le régime sandiniste", le parti au pouvoir, a confié un étudiant d'ingénierie qui s'est identifié comme Cristofer et manifestait près de l'Université polytechnique.

"La lutte continue, (nous ne ferons) pas un seul pas en arrière", a promis un autre étudiant qui n'a pas souhaité donner son nom.

Les Etats-Unis ont condamné "la violence et la force excessive utilisées par la police et d'autres personnes contre les civils qui exercent leur droit constitutionnel à la liberté d'expression et de réunion".

"La violence est inacceptable", a aussi estimé l'Union européenne, demandant aux forces de l'ordre d'"intervenir avec la plus grande retenue".

A Rome, le pape François a appelé les Nicaraguayens à "cesser toute violence", à "éviter que le sang coule de façon inutile" et à résoudre le conflit "pacifiquement et avec le sens des responsabilités".

"On n'avait pas vu cela depuis des années au Nicaragua", a commenté à l'AFP l'ancien ambassadeur nicaraguayen aux Etats-Unis Carlos Tünnerman, soulignant le "malaise dans la population, pas seulement à cause des réformes, mais à cause de la façon dont le pays a été gouverné".

Selon les analystes, la population du Nicaragua est exaspérée par les hausses permanentes des tarifs de l'électricité et du carburant, les suppressions de postes dans le secteur public et la réduction des aides sociales liées à la diminution de l'aide apportée depuis des années par le Venezuela, plongé dans une grave crise économique et politique.

"Ici il n'y a pas d'autre issue que d'organiser des élections libres, transparentes (...) pour éviter un coût encore plus élevé pour la population", a commenté à l'AFP la présidente du mouvement d'opposition Front large pour la démocratie (FAD), Violeta Granera, dont la formation avait été exclue de l'élection présidentielle de 2016, où Ortega avait décroché son quatrième mandat.

Avec AFP