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Un Vietnamien jugé en Allemagne pour un enlèvement digne de la Guerre froide

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Un Vietnamien jugé en Allemagne pour un enlèvement digne de la Guerre froide

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Un Vietnamien comparaît à partir de mardi en Allemagne pour son rôle présumé dans l'enlèvement d'un compatriote à Berlin, sur ordre du régime communiste de Hanoï, selon un scénario digne de la Guerre Froide. Identifié comme Long N. H., l'accusé, un homme de 47 ans possédant également la nationalité tchèque, est jugé devant un tribunal de Berlin pour "avoir participé à une opération des services secrets vietnamiens qui a conduit à l'enlèvement" de deux Vietnamiens, selon l'accusation. Trinh Xuan Thanh, 52 ans, ancien membre du parti communiste vietnamien et ex-dirigeant d'une filiale d'une entreprise pétrolière publique vietnamienne, avait été enlevé avec sa maîtresse le 23 juillet 2017 en plein jour dans un célèbre parc berlinois. Accusé par Hanoï d'avoir détourné 120 millions d'euros, M. Thanh était alors en fuite et cherchait asile en Allemagne. Les conditions rocambolesques de son enlèvement sont dignes d'un roman policier sur la Guerre froide : alors que l'ancien apparatchik et sa maîtresse se promenaient, ils avaient été subitement attaqués par un groupe d'hommes armés, jetés dans une fourgonnette, conduits à l'ambassade du Vietnam, puis finalement expédiés dans leur pays. - 'Films noirs' - Le parquet fédéral allemand affirme que le commando a agi "à l'initiative de services gouvernementaux vietnamiens". Hanoï soutient au contraire que Trin Xuan Thanh est revenu de son plein gré. Il a été condamné en début d'année par la justice de son pays à deux peines de prison à vie pour détournement de fonds. M. Thanh est l'un des nombreux fonctionnaires, banquiers ou hommes d'affaires vietnamiens condamnés ces dernières années dans le cadre d'une vaste opération contre la corruption lancée par les autorités communistes de Hanoï. Des procédures qui ont aussi en toile de fond des luttes politiques entre réformistes et tenants d'une ligne pro-Pékin. L'enlèvement à Berlin a provoqué une crise diplomatique entre l'Allemagne et le Vietnam. Berlin a dénoncé une "violation scandaleuse" de sa souveraineté et le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Sigmar Gabriel, avait fustigé des méthodes dignes des "films noirs sur la Guerre Froide". En représailles, Berlin a expulsé deux diplomates et plusieurs fois convoqué l'ambassadeur vietnamien. La justice allemande a en outre ouvert une enquête contre le général Duong Minh Hung, l'un des responsables des renseignements vietnamiens, soupçonné d'avoir coordonné l'enlèvement depuis un hôtel berlinois, avant de rentrer dans son pays, selon le quotidien Süddeutsche Zeitung. - Épilepsie - Le journal affirme également que "la moitié de l'ambassade" du Vietnam à Berlin "a semble-t-il été impliquée" dans l'enlèvement, la femme de l'attaché militaire se chargeant notamment de réserver les billets retour pour les agents. Unique membre présumé du groupe de kidnappeurs à avoir été interpellé, Long N. H. sera aussi le seul sur le banc des accusés. Il avait été interpellé en République tchèque le 12 août 2017 et remis quelques jours plus tard aux autorités allemandes. Ancien "travailleur invité" en ex-RDA communiste, il avait été ensuite débouté de sa demande d'asile en Allemagne et avait fini par ouvrir un bureau de change à Prague. L'accusation lui reproche d'avoir loué à Prague la fourgonnette qui a servi à l'enlèvement et d'avoir conduit le véhicule à Berlin. Il aurait aussi loué un autre véhicule qui a servi à surveiller les futures victimes avant l'enlèvement. Les enquêteurs ont reconstruit l'itinéraire des kidnappeurs en exploitant les données GPS des véhicules de location, des images de vidéosurveillance, des témoignages ainsi que le contenu du téléphone de Trinh Xuan Thanh, abandonné sur les lieux de l'enlèvement. Ce dernier s'est produit alors que la maîtresse de M. Thanh venait d'arriver de Paris pour retrouver son amant à Berlin, où il menait depuis mi-2016 une vie discrète, avec femme et enfants. L'enlèvement s'est produit devant des témoins qui ont cru que la jeune femme, qui gesticulait pour échapper à ses agresseurs, était victime d'une crise d'épilepsie. Le procès doit durer jusqu'au 17 mai.
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