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Aux législatives du Liban, le baptême du feu des jeunes électeurs

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Aux législatives du Liban, le baptême du feu des jeunes électeurs

Aux législatives du Liban, le baptême du feu des jeunes électeurs
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Nez dans son portable, Hanine Terjman attend impatiemment l'ouverture de son centre à Beyrouth. La jeune femme vote pour la première fois dans son pays resté neuf ans sans élections législatives, avec l'espoir de voir émerger une nouvelle génération de dirigeants. "On doit voter pour de nouveaux visages, qui vont apporter le changement", lance l'élégante étudiante, qui, à 21 ans, vient tout juste d'avoir l'âge de voter. "C'est agréable de sentir que j'appartiens à mon pays", poursuit-elle, les yeux soulignés au crayon noir, un voile blanc sur les cheveux. Autour d'elle pourtant, ce sont des bénévoles des grands partis traditionnels qui ont envahi l'espace, arborant des chapeaux à l'effigie du Premier ministre Saad Hariri, ou encore des t-shirts aux couleurs du mouvement chiite Amal. Le Liban tient dimanche ses premières législatives depuis 2009, le Parlement et ses 128 députés ayant prorogé à trois reprises leur mandat, invoquant notamment des risques sécuritaires. Comme Hanine Terjman, plus d'un cinquième des 3,7 millions d'électeurs votent pour la première fois, dans un pays habitué aux crises politiques à répétition et où règne un certain désenchantement face à une classe politique accusée de corruption et népotisme. La jeune femme a opté pour une liste de la société civile, Kulluna Beirut, rassemblant des ingénieurs et des militants, souvent des outsiders faisant leur entrée en politique, sur une scène dominée depuis des décennies par les mêmes familles. "Je veux dire aux gens d'aller voter pour la personne qu'ils jugent la mieux placée pour améliorer l'état du pays, pas pour (le parti) auquel ils +appartiennent+, car cela ne nous mèneront nulle part", poursuit-elle. - "Comme sur le front" - Au Liban, la vie politique est régie par un subtil partage confessionnel et, lors des campagnes électorales, les candidats n'hésitent jamais à jouer la carte communautaire pour toucher la corde sensible des électeurs. "Nous sommes dans un pays où les dirigeants font pression sur nous et sur notre vote", déplore Mme Terjman, alors qu'une demi-douzaine de volontaires soutenant M. Hariri se précipitent vers la porte de l'école servant de bureau de vote, en exhibant leur carte d'identité et pressant le soldat en faction de les laisser entrer. La capitale libanaise est divisée en deux circonscriptions, représentées au Parlement par 19 sièges. Plusieurs des principales figures politiques du pays sont candidats à Beyrouth, et leurs portraits géants sont visibles à tous les coins de rue. "C'est une première pour moi et je suis très excité", confie Ali al-Ahmad, 21 ans lui aussi, venu donner sa voix avec un ami. Le jeune homme au regard pénétrant a choisi de voter pour le mouvement chiite Hezbollah, un poids lourd au Liban, engagé militairement au côté du régime de Bachar al-Assad dans la guerre qui déchire la Syrie voisine. "Tout comme on est sur le front et les barricades, on sera devant les urnes. On veut un pays fort, avec une économie forte", déclare-t-il. - "J'ai essayé" - Dès l'ouverture des bureaux de vote à 07H00 locales, les volontaires mobilisés par les grands partis distribuaient des petits-déjeuners aux électeurs. Beaucoup de jeunes accompagnaient des proches plus âgés, les aidant à marcher tout en essayant de leur expliquer la loi électorale. La nouvelle législation adoptée en 2017 après des années de tractations a mis en place un mode de scrutin proportionnel, qui pourrait offrir aux candidats de la société civile une meilleure représentation. Siwar Ibrahim, un artiste aux cheveux bouclés, a eu 21 ans le 1er janvier. Il affirme avoir reçu des offres financières alléchantes pour voter pour les partis traditionnels. Mais il a opté pour Kulluna Beirut, rêvant de nouvelles lois en faveur des droits de l'Homme et pour la protection des minorités sexuelles. "J'espère ne pas être déçu", dit-il. Pour venir dans son bureau de vote, dans le quartier conservateur de Tariq al-Jdidé à Beyrouth, il a dû enlever ses piercings. "J'ai dû m'habiller différemment, je devais me conformer à l'image qu'on attend d'un homme", souligne-t-il. "Au moins j'aurais essayé. Je ne veux pas passer quatre ans à la maison à regretter de ne pas avoir voté".
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