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Moyen-Orient : un marché d'avenir pour les cosmétiques

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Moyen-Orient : un marché d'avenir pour les cosmétiques

Moyen-Orient : un marché d'avenir pour les cosmétiques
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Cette semaine, nous vous emmenons dans les coulisses de l’industrie cosmétique, à la découverte du monde de la Beauté au Moyen-Orient.

Nous ferons également un crochet par la Tunisie, où une tradition millénaire met à profit les olives locales au service d’une gamme spéciale de crèmes de soin.

Et en exclusivité, Joelle Mardinian, l’une des stars de la beauté et reine du relooking dans la région, nous confiera les secrets de sa prochaine émission de télé-réalité.

Notre reporter Salim Essaid s’est rendu à la 23ème édition d’un évènement important… Un rendez-vous précurseur pour les tendances beauté de l’année à venir.

Beauty World : le salon incontournable des cosmétiques

"Beauty World" est le plus grand salon du genre aux Émirats arabes unis et le troisième au niveau international. Plus de 1500 distributeurs sont venus ici pour vendre leurs produits et les professionnels sont curieux d’y découvrir les dernières tendances. Cette année, la mode est à l’écologique et au naturel.

Les produits organiques sont omniprésents, en adéquation avec la demande des consommateurs en quête de produits écoresponsables, non transformés et sans éléments chimiques.

Quant aux nuances des rouges à lèvres et des ombres à paupières, toutes les couleurs sont possibles… tant qu’elles sont naturelles !

"Les couleurs des cosmétiques représentent l’un des domaines qui se développent le plus. Car c’est une vraie préoccupation pour les jeunes de la région qui veulent aussi se maquiller. L’importance du look s’impose aussi de plus en plus chez la gente masculine. Cela avait déjà commencé l’année dernière et cela se poursuit. Ce sont deux catégories qui comptent aujourd’hui : les jeunes et les hommes", explique Amna Abbas, d'Euromonitor International.

Un business qui a du flair

Les gammes de soins pour la peau et les cheveux sont celles qui se vendent le mieux au Moyen-Orient et en Afrique.

Le parfum est également un facteur clé dans le développement du secteur, au sein d’une région qui y consacre plus de 5 milliards et demi de dollars par an.

Alors que les parfums de marques produits en série ont longtemps monopolisé la lumière, la dernière tendance est plutôt aux arômes personnalisés afin de créer son propre parfum.

Alors si vous vous sentez "vibrant" ou encore "audacieux", et bien vous pouvez littéralement en avoir l’odeur… grâce à l’aide d’un maître « nez » qui vous aidera à trouver votre signature.

Rien que pour l’année 2017, le secteur de la Beauté au Moyen-Orient et en Afrique est estimé à 30 milliards de dollars. Ce qui représente environ 6% du marché mondial. Dans la région, c’est aux Emirats arabes unis que l’on dépense le plus par habitant, ce qui classe le pays à la neuvième place au niveau international.

Les hommes se font beaux

Le montant consacré par les hommes aux cosmétiques, et au style en général, est en constante augmentation au Moyen-Orient. Ce qui n’est pas forcément une tendance encore concrète dans d’autres pays.

"Je pense que l’intérêt des hommes à prendre soin d’eux est plus avancé ici qu’ailleurs. C’est intrinsèque à leur culture de faire attention, non seulement à leurs cheveux, mais aussi au reste… par exemple : se faire régulièrement des pédicures, ce qui en Occident est un concept auquel les hommes commencent tout juste à adhérer", souligne Trevor Studd, Managing Director, BBA.

Le marché de la beauté, à plusieurs milliards de dollars, au Moyen-Orient et en Afrique, devrait encore se développer dans les prochaines années. Et s’il y en a bien une qui est prête, c’est l’entrepreneuse Joelle Mardinian.

Entretien avec la Kim Kardashian du Moyen-Orient

Elle est l’une des stars de télévision les plus populaires dans la région et elle a une vocation : aider les femmes à être et à se sentir belles.

Elle compte plus de sept millions de followers sur Instagram. Le moins que l’on puisse dire, c’est que quand elle parle de chirurgie plastique ou de l’impact des influenceurs sur les réseaux sociaux, on l’écoute.

Réputée comme l’une des cent femmes arabes les plus influentes, Joelle s’est fait connaître il y a dix grâce à son émission éponyme de relooking extrême. Depuis ce moment, cette Libanaise d’origine qui a grandi à Londres, a lancé sa propre enseigne de salons de beauté, implantés aux Emirats, en Arabie saoudite, au Kurdistan et en Tunisie.

A 40 ans, la femme d’affaires et maman de deux enfants a accordé un entretien exclusif à Inspire. Joelle partage avec nous les enjeux de son entreprise et les secrets de sa nouvelle émission "Keeping up with Joelle".

L'interview de Rebecca Mclaughlin-Duane pour Euronews :

Rebecca : Je voudrais commencer avec cette question… vous portez de nombreuses casquettes : entrepreneuse, femme d’affaire, influenceuse… Lequel de ces rôles vous va le mieux ?

Joelle Mardinian: "Je suis obligée de répondre : tous en même temps ! Chacun de ces rôles est important car ce sont comme les maillons d’une chaîne qui se complètent. Je n’ai jamais rêvé d’avoir ma propre ligne de soin pour la peau ou les cheveux, ou d’avoir des cliniques, tout est arrivé naturellement. Moi tout ce que je voulais, c’était me faire un nom dans le maquillage."

Vous avez lancé votre crème de soin car vous considériez que les femmes arabes ne prenaient pas soin de leur peau comme elles auraient dû le faire. Pour vous, quelle était leur erreur ?

"J’ai réalisé que les gens n’utilisaient pas de crème hydratante ou de crème solaire. Tout le monde se maquille, est obsédé par le maquillage mais personne ne prend soin de sa peau. La première question c’est : est-ce que vous buvez de l’eau ? Et clairement ce n’est pas le cas, du coup les personnes ont les lèvres gercées.

Les femmes ici dépensent 60% de leur budget pour le parfum, 30% pour le maquillage et seulement 10% pour le soin de la peau. J’essaie de leur transmettre les bases et de les inspirer."

Cette éducation que vous évoquez, donner du pouvoir aux femme, c’est quelque chose de très important pour vous. Vous aviez déjà fait la même chose à propos de la chirurgie plastique. Où est-ce que vous trouvez cette confiance pour parler de ce genre de sujets qui étaient encore tabous dans la région ?

"Je n’ai jamais eu peur de ma réalité. Je veux que les gens fassent attention aux docteurs vers qui ils se tournent, aux produits qu’ils s’injectent dans le visage, aux implants qu’ils utilisent… J’ai même parlé de ma plastie du ventre. Je veux montrer aux femmes qu’il ne s’agit pas d’orgueil mais juste d’être bien avec soi-même."

Est-ce que vous avez remarqué des changements dans les habitudes de dépenses des femmes qui viennent dans votre clinique ?

"C’est sûr que les gens dépensent moins en général, mais cela dépend des pays. Ça concerne surtout les Emirats arabes unis. Les clients ne viennent plus pour des extensions de cheveux par exemple. Ils font toujours des couleurs, des manucures, mais ne dépensent plus autant pour les « designer » de sourire (la chirurgie dentaire), cela coûte trop cher. Mais le botox marche encore bien. "

Pour les non-initiés, quelles sont les tendances en terme de chirurgie esthétique ?

"Ce qui est vraiment populaire en ce moment pour le visage, c’est bien sûr le botox. Pour le corps, c’est ce qu’on appelle la ‘chirurgie Kim’, c’est-à-dire la liposuccion et le transfert de graisse dans les hanches ou les fesses."

En parlant des Kardashians, la rumeur dit que vous allez bientôt apparaître dans votre propre émission de télé réalité, suivie 24h sur 24 par les caméras. Est-ce que c’est vrai ?

"Oui, en fait on a tourné ça – pas dans le secret vraiment – mais je n’en ai parlé à personne. Vous êtes la première personne à m’interroger là-dessus."

Donc c’est une exclusivité pour nous ?

"C’est une exclusivité oui, personne n’est au courant. C’est de la vraie télé-réalité, on me voit avec mes extensions qui dépassent, en pyjama, avec zéro maquillage. Parfois je suis affreuse, vraiment affreuse. Mais c’est la réalité, on ne peut pas être superbe 7 jours sur 7. La raison pour laquelle j’ai voulu le faire, c’est parce que les gens ont toujours considéré que ma vie était intéressante."

Qu’est-ce que vous pensez de ces stars autoproclamées ou des influenceurs en herbe qui voudraient bien se tailler une part du gâteau que vous avez aujourd’hui ?

"Je ne les appelle pas ‘influenceurs’ parce qu’ils n’influencent personne et n’ont rien accompli dans leur vie.

Moi j’ai été influencée par Richard Branson, par Manny Pacquiao , par des personnes qui ont fait un long chemin et qui ont prouvé que le dévouement et la passion peuvent vous mené là où vous voulez."

Quelle est la leçon la plus dure que vous ayez apprise en faisant des affaires ?

"Mon intention n’a jamais été d’être riche. C’était vraiment de me faire un nom. Ma plus grande erreur, durant des années, c’est que je n’ai pas fait attention à mes comptes et j’ai découvert que des comptables piochaient dans nos caisses."

Selon vous, quelle est la quintessence de la beauté ?

L’étincelle dans les yeux. C’est cette pureté de cœur qui brille, un sourire sincère. C’est ça la vraie beauté. Et au-delà, je pense qu’on n’a pas besoin de tonnes de maquillage.

Les olives tunisiennes au service de la beauté

Le tourisme fut durant longtemps un moteur économique pour la ville portuaire de Sousse en Tunisie. Mais le déclin du secteur a provoqué une vague d’entrepreneurs d’un autre genre… qui développent une industrie cosmétique naturelle.

Une ville en ébullition… Avec son marché, son soleil toute l’année, ses jolis bords de mer… Sousse a été une destination touristique de premier choix durant des années. Jusqu’à ce que tout s’effondre à la suite d’une attaque terroriste il y a 3 ans.

L’entrepreneur tunisien Hassen Kaabachi a décidé de se tourner vers une autre ressource locale : les olives.

"L’idée m’est venue spontanément. On n’a fait aucune étude de marché en amont. On s’est juste dit qu’il y avait quelque chose à faire dans le domaine des cosmétiques naturelles", raconte le fondateur d'Ecovillage.

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Les olives sont un remède ancestral pour soigner les cheveux et la peau, leurs vitamines naturelles permettant notamment de protéger des rayons du soleil.

Quatrième exportateur mondial d’huile d’olive, la Tunisie en a vendu 70 000 tonnes entre 2016 et 2017… de quoi donner des idées à Hassen. Ce dernier décide de faire un prêt et de créer Ecovillage pour vendre des produits de beauté à base d’huile d’olive.

Il a fallu former des ouvriers au cocktail de jouvence, spécialité de la maison, ce qu’Hassen a surnommé "le liquide doré" : une sorte de potion magique à base d’amandes écrasées, de graines de sésame, d’huile d’argan et de plantes séchées… déclinée en savons organiques, en masques de beauté et en crèmes.

Cette année, l’objectif d’Hassen est de passé au niveau supérieur, en développant le commerce national mais aussi à l’étranger.

"Nous voulons ouvrir des boutiques à travers tout le pays. On s’oriente notamment vers les marchés africains, on enregistre une croissance de 300% chaque année donc on multiplie par deux nos effectifs."

Les cosmétiques naturels constituent donc un marché fructueux pour les olives d’Hassen qui espère bien accroître encore son activité.