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Turquie: un tribun de gauche veut mettre fin aux défaites de l'opposition

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Turquie: un tribun de gauche veut mettre fin aux défaites de l'opposition

Turquie: un tribun de gauche veut mettre fin aux défaites de l'opposition
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En désignant un candidat connu pour ses discours passionnés et capable de donner dans la rhétorique anti-américaine, le principal parti d'opposition turc cherche à doper ses chances face au président Recep Tayyip Erdogan lors des élections de juin. Le Parti républicain du peuple (CHP), un bastion de la Turquie laïque créé par le fondateur de la république Mustafa Kemal Atatürk, a peiné ces dernières années à mobiliser, ne dépassant guère le quart des suffrages lors des élections. Dans une volonté d'inverser la tendance lors de la présidentielle du 24 juin, le chef du parti, Kemal Kiliçdaroglu, a décidé de ne pas se porter lui-même candidat. La tâche de se mesurer à M. Erdogan a été confiée au député Muharrem Ince, un ancien professeur de physique chimie qui avait par le passé tenté de renverser M. Kiliçdaroglu à la tête du parti. Le style de cet habile orateur tranche avec celui du discret M. Kiliçdaroglu, devenu chef du parti en 2010 sans jamais réussir à inquiéter M. Erdogan, au pouvoir depuis 2003. Depuis sa nomination comme candidat, M. Ince a sillonné le pays au-delà des fiefs habituels du CHP, prononçant des discours passionnés et se faisant photographier sur une bicyclette ou un tracteur pour se montrer en phase avec les préoccupations du peuple. "Il a été combatif au cours de sa carrière politique, il est proche du peuple de la même manière que M. Erdogan et il est de plus drôle et tolérant", note Tanju Tosun, professeur à l'Université Ege. "Ce sont les éléments-clé qui font de M. Ince un bon concurrent à M. Erdogan". - "Réunir et réconcilier" - Pendant un meeting de campagne mi-mai à Corum, à l'est d'Ankara, dans un style devenu caractéristique, M. Ince, en simple chemise et sans cravate, a harangué la foule en parcourant la scène de long en large. Afin de se placer au-dessus des considérations partisanes, les insignes du CHP sont invisibles au cours de ces meetings, et les supporters brandissent surtout des drapeaux turcs. "Je veux réunir et réconcilier cette nation sous un seul grand parapluie", a-t-il promis. Il a critiqué la rhétorique polarisante de M. Erdogan, affirmant qu'il ne serait pas, lui, un président "vociférant". Lors des dernières législatives en novembre 2015, plus de 61% des électeurs de Corum avait voté pour le parti de M. Erdogan mais le CHP affirme y faire des avancées. En route pour le meeting, Erdal Uzunkaya estime que l'écroulement de la livre turque et la hausse des prix de l'essence justifient un changement à la tête du pays. "Ince est une personne courageuse, il me rend fier", explique-t-il. Mais tout le monde n'est pas convaincu. Adnan Ercan, un commerçant rencontré non loin du meeting, se dit indécis. "On y verra plus clair avec le temps", dit-il . - Principal opposant - M. Ince est allé chercher des soutiens en dehors des cercles habituels du CHP, assurant vouloir être "un président pour les 80 millions" de Turcs. Après sa nomination comme candidat, il a ainsi symboliquement retiré l'épinglette du CHP accrochée au revers de sa veste, la remplaçant par un drapeau turc. Quelques jours plus tard, il a rendu visite au candidat du parti prokurde HDP, Selahattin Demirtas, actuellement emprisonné, en dépit de relations compliquées entre les deux formations. Pour Fuat Keyman, du centre de réflexion Istanbul Policy Center, Muharrem Ince et la candidate nationaliste Meral Aksener du Bon Parti (Iyi Parti) ont été "plutôt ouverts" sur la question kurde pendant la campagne, afin d'attirer cet électorat. "Ils ont été plutôt positifs, constructifs et solidaires des préoccupations des Kurdes et des droits du peuple kurde", estime-t-il. Jouant sur un terrain qu'affectionne le président Erdogan, M. Ince a également adopté une posture de fermeté à l'égard de l'Occident, inhabituelle pour le CHP. Il a notamment menacé de fermer une base militaire utilisée par les Américains en Turquie si Washington n'extrade pas le prédicateur Fethullah Gülen, accusé par Ankara d'avoir fomenté le putsch manqué de juillet 2016. M. Tosun, auteur de plusieurs ouvrages sur la politique turque et le CHP, estime que M. Ince serait le mieux placé pour défier M. Erdogan comme candidat unique de l'opposition en cas de second tour. "Il a une plus forte chance surtout d'obtenir les votes des électeurs Kurdes par rapport à Mme Aksener", souligne le chercheur.
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