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Espionnage : les services de Pékin à l'école de Sun Tzu

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Espionnage : les services de Pékin à l'école de Sun Tzu

Espionnage : les services de Pékin à l'école de Sun Tzu
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Le légendaire stratège chinois Sun Tzu ouvre le chapitre 13 de son traité, "L'art de la guerre" par ces mots: "Ayez des espions partout, soyez instruits de tout, ne négligez rien de ce que vous pourrez apprendre". Longtemps cantonnés à la recherche de renseignements économiques, les services secrets chinois, pour le compte desquels deux ex-agents de la DGSE emprisonnés depuis décembre sont soupçonnés d'avoir travaillé, suivent ces préceptes à la lettre et sont à l'offensive dans le monde entier, assurent experts et anciens responsables français du renseignement. "Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, les Chinois faisaient essentiellement du renseignement économique, technologique, ils essayaient de piller tout ce qu'ils pouvaient de la technologie occidentale", confie à l'AFP Alain Chouet, ancien chef du service de Renseignement de sécurité à la DGSE. "Puis ils sont passés dans la cour des grands: ils se sont mis, comme toutes les grandes puissances, à faire du renseignement politique. Il essaient de savoir qu'elles sont les intentions des autres en matière de politique, de diplomatie, etc. tout en continuant, bien sûr, leur recherche de renseignements économiques", ajoute-t-il. "Donc, logiquement, leur première cible est concentrée sur la zone Pacifique : ils veulent savoir ce que font les Américains en premier lieu, mais aussi les Indiens, les Australiens, toutes les puissances de la région. Puis les membres du conseil de sécurité de l'ONU, parce que c'est important ce que pensent et ce que font ces membres", poursuit Alain Chouet. Dans son article consacré à la Chine du Dictionnaire du renseignement (Éditions Perrin), Philippe Marvalin écrit : "La stratégie de la Chine consistant à devenir une puissance mondiale de premier rang repose, pour une large part, sur ses services de renseignement (...) Le ministère de la Sécurité de l’État (MSE) a pour mission le renseignement extérieur, le contre-espionnage et la lutte contre les opposants politiques". Divisé en dix-huit bureaux, "il compterait 7.000 fonctionnaires, auquel il convient d'ajouter probablement 50.000 agents illégaux, les +chen diyu+, poissons d'eau profonde", ajoute-t-il. "Ils ont fait des États-Unis leur principale cible et en Europe sont particulièrement présents en France, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Allemagne". - "Monsieur Butterfly" L'ancien chef d'un service français de renseignement, qui demande à rester anonyme, confirme que "l'espionnage chinois en France est très actif, de façon permanente. Il touche à tout, espionnage industriel, technologies de pointe. Par exemple des sous-officiers ou officiers mariniers chargés du nucléaire sont des cibles (...) Ils se retrouvent mariés à de jeunes Chinoises très mignonnes. Les ressorts, comme partout, ce sont l'ego, l'argent, le sexe ou l'idéologie". "Pékin a mis pas mal de Chinois dans les écoles d'ingénieurs, d'atomiciens, électriciens, à Sciences-Po, absolument partout", poursuit-il. "Vous faites connaissance avec l'un ou l'autre. C'est de l'infiltration douce, pas de l'espionnage spectaculaire, on n'est pas au cinéma !". Intégré à la prestigieuse École nationale d'administration, un étudiant chinois a été surpris à photocopier des mètres-cubes de documentation. "Tout ce qui lui tombait sous la main !", assure à l'AFP François Yves Damon, sinologue et historien, auteur pour le Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) d'une étude en trois parties : "Les services de renseignement et de sécurité de la République populaire de Chine". "Connaissant les capacités de pénétration des services chinois, cette affaire d'agents retraités de la DGSE découverts et emprisonnés ne m'étonne pas du tout", dit cet ancien collaborateur de la DGSE. "Ils ont par exemple été capables d'infiltrer un agent au sein du FBI pendant trente ans". "Du coup, on en devient soupçonneux", ajoute-t-il. "Quand je savais qu'il y avait quelqu'un de nationalité chinoise quelque part, ça éveillait mon attention." Dans l'histoire mouvementée de l'espionnage franco-chinois, une affaire a fait date, et fait encore sourire certains anciens : un diplomate français en poste à Pékin dans les années 70 a trahi son pays et transmis des documents diplomatiques à Pékin pour les beaux yeux d'une chanteuse lyrique, Shi Pei Pu, avec laquelle il a eu une liaison discontinue. La chanteuse, qui l'avait persuadé qu'ils avaient eu un enfant ensemble, était en fait un homme, ce qui valut au diplomate, condamné pour trahison en 1986, le surnom de "Monsieur Butterfly".
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