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La mission impossible des villes américaines pour respecter l'accord de Paris

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La mission impossible des villes américaines pour respecter l'accord de Paris

La mission impossible des villes américaines pour respecter l'accord de Paris
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Quand Donald Trump a retiré les Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat, il y a un an, le maire de Philadelphie a promis que sa ville, la sixième du pays, reprendrait avec d'autres le flambeau climatique. "Philly s'engage à tenir localement le même engagement que celui fait par les Etats-Unis dans l'accord de Paris sur le climat", avait annoncé le maire démocrate, Jim Kenney. Depuis, la municipalité a réduit la consommation d'énergie de ses bâtiments, elle remplace progressivement par des LED les lampadaires des rues et un énorme chantier de rénovation énergétique du célèbre musée d'art vient de commencer. Mais ces actions représentent une goutte d'eau dans un océan, face aux 18 millions de tonnes de carbone relâchées dans l'atmosphère par Philadelphie, et sur lesquelles la ville n'a pas ou peu de prise. Ici, 85% des habitants se chauffent au gaz. Voitures et camions continuent d'embouteiller le centre-ville. Surtout, plus de la moitié de l'électricité est produite par des centrales au gaz naturel ou au charbon, des énergies fossiles abondantes dans le sous-sol de Pennsylvanie. "Les villes et Etats n'y arriveront pas tout seuls", explique à l'AFP Christine Knapp, directrice du développement durable de Philadelphie. "Nous avons besoin d'un réseau électrique sans carbone pour y arriver. Nous ferons ce que nous pouvons, mais il faut que quelqu'un au-dessus de nous prenne les décisions nécessaires". - Mairie démunie - Philadelphie appartient à la coalition de 2.700 villes, Etats et entreprises "We Are Still In", qui déclarent rester d'eux-mêmes dans l'accord climatique. Le groupe fait valoir que les émissions de carbone américaines sont tombées en 2017 au plus bas depuis 25 ans. Des gigawatts de centrales solaires ou éoliennes ont été installées. Le charbon décline. Le cas de Philadelphie, 1,6 million d'habitants, montre que tous ces gains, aussi louables soient-ils, sont loin d'être assez rapides. Le maire n'a pas le pouvoir de fermer les centrales au charbon ou au gaz qui alimentent sa ville, connectée à un immense réseau couvrant 13 Etats du Nord-Est. Seule l'assemblée de Pennsylvanie peut obliger les opérateurs à augmenter la part d'électricité d'origine alternative au-delà de l'objectif actuel de 18% en 2021, dont seulement 0,5% pour le solaire, et qui est loin de suffire. A cela s'ajoute l'annulation par Donald Trump des normes fédérales anti-pollution du "Clean Power Plan", préparées par Barack Obama et qui devaient précipiter la fermeture de nombreuses centrales. Finalement, ce sont les forces du marché qui font baisser les émissions de carbone de Philadelphie depuis 2006: le gaz naturel, devenu moins cher que le charbon, est plus utilisé. Or il produit environ deux fois moins de CO2 que le charbon. - Donner l'exemple - Philadelphie est d'autant plus empêtrée dans les énergies fossiles qu'elle est propriétaire de la compagnie de gaz locale, PGW. Peu à peu, le distributeur remplace ses conduites en fonte, pour réduire les fuites du méthane, gaz à effet de serre, qui représentent 2 à 5% du volume. Mais la schizophrénie est frappante. D'un côté, la mairie imagine un futur sans gaz. De l'autre, PGW en défend l'avenir, comme la moins polluante des énergies fossiles. "Le gaz naturel n'est pas le charbon ni le pétrole", dit à l'AFP son porte-parole, Barry O'Sullivan. Dans les entrailles du musée d'art de Philadelphie, construit en 1928, les colonnes de vapeur qui alimentent les radiateurs ont commencé à être changées et isolées, pour limiter les pertes de chaleur. Le système de climatisation installé en 1974 va être remplacé, tout comme 12.000 ampoules, par des lampes LED. "On va économiser beaucoup de vapeur", explique l'ingénieur Charles Williams, en faisant visiter le chantier. L'investissement de 11 millions de dollars sera amorti sur 20 ans, grâce à la réduction des factures d'énergie et d'eau. Outre ces gains budgétaires, la rénovation sert de vitrine à la ville, pour prouver son volontarisme. C'est finalement, dit Christine Knapp, l'une des conséquences heureuses du retrait de Donald Trump: son recul climatique a créé un électrochoc chez les acteurs locaux et les entreprises, qui ont selon elle accéléré leur engagement. "Ces acteurs vont montrer au reste du monde que nous ne sommes pas complètement dingues, et nous aider à garder la tête hors de l'eau, jusqu'à ce que le gouvernement fédéral retrouve ses esprits", conclut-elle.
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