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Russie: les témoignages de tortures accablent le système pénitentiaire

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Russie: les témoignages de tortures accablent le système pénitentiaire

Russie: les témoignages de tortures accablent le système pénitentiaire
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Humiliations, viols, passages à tabac... Alexandre Zaretchnev raconte l'enfer de ses huit années de détention, comme de nombreux ex-détenus russes qui ont décidé de briser le silence entourant les violences en prison depuis la fuite dans la presse d'une vidéo de torture.

Condamné pour banditisme à huit ans de prison, Alexandre a 22 ans quand il est envoyé, en 2010, dans la colonie IK-14 près de Nijni Novgorod, à 400 kilomètres à l'est de Moscou, une institution dénoncée comme un "camp de torture" par les ONG locales.

"En tant que nouveau venu, j'étais roué de coups quotidiennement par les +activistes+", des détenus collaborant avec l'administration du camp, raconte cet ancien DJ à l'AFP.

D'un ton détaché, Alexandre énumère les humiliations dont il a été victime ou témoin: des détenus qui se font uriner dessus, voire qui subissent des viols collectifs dans les douches.

En décembre 2014, il assiste, impuissant, au passage à tabac "de routine" d'un détenu, qui se termine par la mort de la victime. "Les +activistes+ devaient juste +rééduquer+ un détenu récalcitrant, mais ils ont montré trop de zèle", raconte-t-il d'une voix neutre. "Il ne s'agissait même pas d'un détenu désobéissant, c'est juste qu'il ne comprenait pas le russe".

Après deux autres "morts accidentelles" dans ce camp, l'antenne locale de l'ONG Comité contre la torture obtient en 2015 l'ouverture d'une enquête contre son directeur, Vassili Volochine, depuis en fuite.

- "Volonté politique" -

Le 20 juillet, le journal indépendant Novaïa Gazeta a diffusé une vidéo montrant plus d'une dizaine de surveillants du camp pénitentiaire numéro 1 de la région de Iaroslavl, à 250 kilomètres au nord-est de Moscou, porter des coups violents à un détenu qui hurle, menotté et allongé sur une table.

Cette vidéo tournée il y a un an a provoqué une avalanche de témoignages et une onde de choc à travers la société.

Depuis, huit surveillants du camp ont été arrêtés pour "abus de pouvoir" et l'administration pénitentiaire a présenté ses excuses à la victime, une démarche sans précédent.

Le président du Comité contre la torture, Igor Kaliapine, reconnaît une tendance positive ces dernières années, citant des "centaines de condamnations de membres de l'administration pénitentiaire chaque année".

"Il y a une volonté politique de l'administration pénitentiaire d'en finir avec le Goulag, mais pour ses 400.000 employés travaillant au fin fond de la forêt, il sera difficile de les convaincre" de changer leurs pratiques, explique-il à l'AFP.

- "Film d'espionnage" -

Un sentiment d'impunité règne encore au sein du personnel pénitentiaire, comme le montre les témoignages accablants qui se multiplient ces derniers jours. Des avocats ont même raconté au site Meduza que des gardiens de prison en Sibérie avaient battu des détenus... pour se consoler de la défaite de la Russie lors de la Coupe du Monde de foot.

Ancien détenu dans une autre colonie pénitentiaire située dans la région d'Orenbourg dans l'Oural, Sergueï Nikonorov raconte s'être attiré les foudres du directeur de l'établissement pour lui avoir refusé de participer à des travaux de construction pour un ami.

Ce charpentier accuse le directeur, Filous Khoussaïnov, d'avoir organisé des passages à tabac réguliers et de lui avoir cogné la tête contre son bureau, avant de finir par le placer en hôpital psychiatrique.

"J'ai réussi à sortir uniquement grâce à l'aide du Comité contre la torture", raconte Sergueï, qui peine à retenir ses larmes après avoir passé 25 ans en détention.

Sergueï raconte avec fierté comment il a réussi à transmettre une plainte contre l'administration qu'il avait rédigée lors d'une entrevue avec sa femme. "J'avais mis le rouleau dans ma bouche et je l'ai transmis à Irina par un baiser", raconte-t-il, un sourire éclairant son visage émacié. "Comme dans un film d'espionnage!"

Ce n'est qu'après plusieurs plaintes envoyées au Comité contre la torture que le directeur sera arrêté puis condamné à sept ans de camp en 2016.

- "Planche sur la tête" -

Prisonnier du centre de détention numéro 2 d'Orsk dans l'Oural, Vladimir Tkatchouk n'a pour sa part pas vécu assez longtemps pour voir ses bourreaux répondre de leurs actes.

En 2013, trois mois avant sa libération prévue, le jeune homme de 24 ans, est violemment battu dans sa cellule et meurt quelques heures plus tard.

"Officiellement, j'ai été informée que mon fils est mort parce qu'une planche lui est tombée sur la tête", raconte sa mère Nadejda à l'AFP.

Après six refus du Parquet d'ouvrir une enquête contre l'administration du centre de détention, Nadejda n'a vu sa demande satisfaite qu'après une requête auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme.

En mars, le directeur de l'établissement a été condamné à deux ans de prison et son adjoint à quatre ans pour "abus de pouvoir".

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