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Tweets militants et "russophiles", une étude contestée du cas Benalla

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Tweets militants et "russophiles", une étude contestée du cas Benalla

Tweets militants et "russophiles", une étude contestée du cas Benalla
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Une étude publiée mercredi 8 août par l’ONG belge UE DisinfoLab décortique le relais sur Twitter de l’affaire Benalla, qui a atteint "des volumes [...] presque jamais croisés auparavant". Le travail des chercheurs, qui propose de classer les groupes de militants politiques, a été récupéré politiquement, relativisé et dénoncé.

L'affaire Benalla a-t-elle été "gonflée" sur Twitter ?

Le premier fait marquant souligné par les chercheurs est l'intensité des échanges depuis la révélation de l'affaire par les journalistes du quotidien Le Monde.

Plus de 4,5 millions de tweets en français ont été échangés sur le sujet par plus de 247 701 auteurs différents. C’est deux fois plus que #JeSuisCharlie.

Or parmi ces échanges, 1 % des comptes les plus actifs (3378 personnes) sur l'affaire Benalla, qualifiés d'hyperactifs, ont publié 47 % des contenus.

Qui sont les "gonfleurs" ?

Les chercheurs bruxellois se sont intéressés au profil de ces utilisateurs "hyperactifs" (les fameux 1 % les plus actifs). Leurs principales conclusions sont les suivantes :

• Ces derniers appartiennent souvent à des groupes politiques opposés à Emmanuel Macron. La moitié de ces tweets a en effet émané de comptes pro-France insoumise, pro-Rassemblement national... Et "russophiles", notion sur laquelle nous reviendrons.

• Près d'un compte hyperactif sur dix avait partagé au moins trois désinformations durant la présidentielle.

• Parmi les comptes hyperactifs, 92,5% interagissent sous pseudonyme.

• Parmi les utilisateurs hyperactifs, "27 % font partie de l’écosystème qui relayait les médias Russia Today et Sputnik en février et mars 2017".

La version préliminaire de l'étude, publiée le 23 juillet, avait été mentionnée par Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement français, qui demandait que "toute la transparence soit faite sur les messages".

http://disinfo.eu/
capture d'écran de l'étudehttp://disinfo.eu/

Vous avez dit russophiles ?

L'attention portée aux comptes "russophiles" souligne la dimension géopolitique de l'étude belge sur l'affaire française, alors que Moscou est soupçonné d'ingérence dans les pays occidentaux.

En effet, les chercheurs de l'UE DisinfoLab évoquent "des personnes qui partagent de la désinformation et que nous pouvons corréler à l’écosystème autour de Russia Today et Sputnik. C’est ceux-ci qui nous ont particulièrement intéressés et qui ont fait l’objet d’une attention plus soutenue".

Dans leur définition de "russophile", les chercheurs assurent que ce n'est "pas un jugement de valeur, mais un fait quantifiable selon une méthodologie".

Olivier Berruyer, animateur du site Les.crises, accuse dans un long billet l'ONG fondée par trois spécialistes des questions de réputation (Nicolas Vanderbiest, Alexandre Alaphilippe et Gary Machado) d'être membre d'une nébuleuse anti-russe.

La chaîne francophone de Russia Today, directement visée, s’est emparée de l’affaire dans un article intitulé : "Qui est UE DisinfoLab, à l'origine de l'étude sur le gonflage "russophile" de l'affaire Benalla ?"

Elle a invité en plateau Olivier Berruyer, qui évoque une "russophiliophobie".

Et les robots ?

Des machines ont-elles automatiquement fait gonfler l'affaire sur twitter ? Réponse des chercheurs : "Nous avons identifié un réseau de trois personnes utilisant un système automatique de retweet".

Samuel Laurent, le responsable des fact-chekers du Monde très influent sur Twitter, affirme dans un article ne pas avoir trouvé de robots.

Franceinfo cite une autre étude, menée par Damien Liccia, spécialiste de la désinformation digitale, qui affirme :

"On a une absence manifeste de programmes informatiques qui pourraient contribuer à faire du gonflage numérique dans le cadre de cette affaire. On note également une absence manifeste d'ingérence russe sur le sujet".

"Si on prend les deux médias russes Sputnik et Russia Today, on ne note pas une hyperactivité de leur part en terme d'articles", ajoute-t-il.

Un fichage politique ?

L'étude pose aussi des questions sur la classification des comptes Twitter de militants politiques. La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) a annoncé qu'elle allait instruire "les plaintes dont elle a été saisie".

Dans un article publié jeudi 9 août, les auteurs de l'étude reviennent sur les mauvaises interprétations et les critiques à leur égard, en présentant par moment leurs excuses.

"Un grand nombre de personnes se sont senties fichées. Nous ne l’avions pas du tout anticipé en rendant ces données publiques. Nous sommes sincèrement et profondément désolés et nous en tirerons toutes les leçons.

L’étude publiée repose sur une base légale. Elle est fondée sur l’exercice du droit à la liberté d’information et du droit du public à l’information, ce qui constitue un intérêt légitime au regard du RGPD et ne nécessite donc pas de recueillir le consentement des personnes concernées".