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Bamako accuse Paris d'avoir œuvré à la partition du Mali à travers son engagement militaire

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Par Euronews  avec AFP, AP
Des soldats français de la force Barkhane quittant leur base à Gao, au Mali, le 9 juin 2021.
Des soldats français de la force Barkhane quittant leur base à Gao, au Mali, le 9 juin 2021.   -   Tous droits réservés  Photo : AP/Jerome Delay (File).   -  

Le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga a accusé lundi la France d'avoir œuvré à la partition de son pays à travers son engagement militaire, dans une nouvelle charge virulente devant des diplomates en poste à Bamako.

Choguel Kokalla Maïga, chef du gouvernement installé par la junte arrivée au pouvoir à la faveur de deux putschs successifs en août 2020 et juin 2021, s'en est pris à la France durant plus de 45 minutes, devant les diplomates réunis à sa demande à la Primature, mais sans aller jusqu'à demander explicitement le retrait de la force anti-djihadiste Barkhane conduite par Paris.

Photo : Kena Betancur (AP)
Le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga à la 76e session de l'Assemblée générale des Nations Unies, le samedi 25 septembre 2021.Photo : Kena Betancur (AP)

"Après (un) temps d'allégresse" en 2013 quand les soldats français ont libéré le nord du Mali tombé sous la coupe de groupes djihadistes, "l'intervention s'est muée dans un deuxième temps en une opération de partition de fait du Mali qui a (consisté dans) la sanctuarisation d'une partie de notre territoire, où les terroristes ont eu le temps de se réfugier, de se réorganiser pour revenir en force à partir de 2014", a-t-il estimé.

Dans un contexte de vives tensions entre Paris et Bamako, il a convoqué le souvenir de la Seconde Guerre mondiale : "Les Américains n'ont-ils pas libéré la France ? (…) Quand les Français ont jugé que (la présence américaine en France, ndlr) n'était plus nécessaire, ils ont dit aux Américains de partir, est-ce que les Américains se sont mis à insulter les Français ?", a-t-il dit.

Depuis que l'organisation des Etats ouest-africains (Cédéao) a imposé au Mali le 9 janvier des sanctions soutenues par la France et différents partenaires du pays, la junte s'arc-boute sur la souveraineté du territoire.

Les autorités maliennes accusent la France, ex-puissance coloniale, d'avoir instrumentalisé la Cédéao.

L'objectif est "de nous présenter comme un paria, avec l'objectif inavoué et inavouable à court terme d'asphyxier l'économie afin d'aboutir pour le compte de qui l'on sait et par procuration à la déstabilisation et au renversement des institutions de la transition", a dit M. Maïga.

Les dirigeants français "n'ont jamais dit à leur opinion publique, quand ils intervenaient en 2013, qu'ils allaient diviser le Mali", a-t-il dit.

Photo : AP/Jerome Delay (File)
Un soldat français contrôlant les passagers d'un camion de transport arrivant à Gao, dans le nord du Mali, le 14 février 2013.Photo : AP/Jerome Delay (File)

"On ne peut pas nous vassaliser, on ne peut pas transformer le pays en esclave, ça, c'est terminé", a-t-il poursuivi en référence à la colonisation.

Takuba pointé aussi du doigt

M. Maïga s'est aussi attaqué à Takuba, groupement européen de forces spéciales initié par la France et destiné à accompagner les soldats maliens au combat face aux jihadistes.

Takuba, "c'est pour diviser le Mali. C'est le sabre, en (langue) songhai et en tamasheq, ça n'est pas un nom qui a été pris par hasard", a-t-il dit.

En plus de retarder le retour des civils au pouvoir, la France et ses partenaires européens ou américains reprochent à la junte d'avoir fait appel au sulfureux groupe russe de mercenaires Wagner, ce qu'elle conteste.

Photo : Michel Euler (Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.)
Des soldats de la force opérationnelle européenne Takuba descendant l'avenue des Champs-Élysées lors du défilé du 14 juillet 2021 à Paris.Photo : Michel Euler (Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.)

Devant les diplomates, au premier rang desquels l'ambassadeur russe Igor Gromyko, M. Maïga a assimilé les soldats de la Légion étrangère, corps de l'armée française, à des mercenaires.

Il a évoqué le rappel en février 2020 - avant la prise du pouvoir par les colonels maliens - de l'ambassadeur malien à Paris Toumani Djimé Diallo. Celui-ci avait provoqué la colère des autorités françaises en accusant des soldats français de "débordements" dans les quartiers chauds de Bamako.

Les autorités maliennes avaient rappelé le diplomate à la demande de la France "sur la base de simples déclarations (…) sur le comportement peu orthodoxe de certains légionnaires français au Mali, j'allais dire mercenaires", a déclaré M. Maïga.