Du diesel à l'électrique, le géant des moteurs Stellantis entame sa mue

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Par Maxime Bayce
Un employé de l'usine Stellantis de Trémery (France) sur une ligne de montage.
Un employé de l'usine Stellantis de Trémery (France) sur une ligne de montage.   -   Tous droits réservés  ERIC PIERMONT/AFP or licensors   -  

Difficile au premier coup d'œil de faire la différence, pourtant c'est une petite révolution qui est en marche. Numéro un mondial de la fabrication de moteurs diesel, l'usine de Stellantis à Trémery en Moselle est en train de faire sa mue vers l'électrique.

Une évolution naturelle, tant ce carburant n'a plus la côte auprès des conducteurs. En décembre 2021, il s'est ainsi vendu en Europe davantage de voitures électriques que diesel. Stellantis a donc dû s'adapter à vitesse grand V.

"C'est une ligne qui avait été prévue pour 120 000 moteurs à l'année, qui a déjà été modifiée pour pouvoir faire plus de moteurs. A côté, derrière, vous avez sa petite sœur qui vient de naître qui aura un potentiel bien plus important. Elle est encore en cours de mise au point. Pour vous dire qu'en fait, on est partis dans l'électrique, on y va et on ne va plus s'arrêter", explique Stanislas Kohout, responsable de ligne de production électrique.

Pour certains ouvriers qui ont fait toute leur carrière sur ce site, il a aussi fallu s'adapter. Nouvelles méthodes de travail, nouveaux savoir-faire, dans le contexte d'une industrie qui depuis des années délocalise, l'électrique semble toutefois la seule solution d'avenir pour maintenir l'emploi en Moselle.

"Je pense que ce n'est pas inquiétant parce qu'il y a de la demande. A un moment donné, il faudra ouvrir des lignes pour pouvoir suivre la demande des clients, parce que moi, je pense qu'en fin de compte, on va tous finir à l'électrique", prophétise Yosra Idir, l'une des employées.

Mais face à la concurrence, notamment asiatique, assurer la production de véhicules électrique en France est-il réellement possible ? Pour Bernard Jullien, économiste spécialiste de l'industrie automobile, cela pourrait s'avérer être une solution pérenne.

"C'est un revirement majeur par rapport à ce qu'a été l'industrie automobile française", analyse-t-il. "Ça permet de cultiver les espoirs. C'est lié au fait qu'un véhicule électrique est un peu moins lourd en termes de main d'œuvre, parce que l'assemblage est plus simple. C'est lié au fait qu'on a besoin de mettre des batteries, et comme les batteries, c'est relativement lourd, si elles sont faites à proximité du site d'assemblage, ça a un sens." (...) "Puisque les batteries, c'est quand même très consommateur d'énergie, et donc très émetteur de carbone, le fait que nous ayons un parc nucléaire qui continue de fonctionner, ça aide aussi. Il y a par conséquent un certain nombre d'arguments qui militent pour cette espèce de couplage entre électrification et relocalisation".

Reste que la fabrication de véhicules électriques ne nécessite pas le même nombre de bras. Selon le cabinet AlixPartners, d'ici 2030, environ 52 000 emploi liés aux moteurs conventionnels pourrait disparaître, compensé par seulement 20 000 créations de postes.