Mine de charbon en Pologne : la polémique ne s'éteint pas malgré l'accord tchéco-polonais

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Par Magdalena Chodownik
La centrale à charbon de Turów, située juste à côté de la mine en Pologne - le 15 janvier 2022
La centrale à charbon de Turów, située juste à côté de la mine en Pologne - le 15 janvier 2022   -   Tous droits réservés  Petr David Josek/Copyright 2022 The Associated Press. All rights reserved   -  

Alors que la Pologne et la République tchèque ont conclu un accord réglant leur litige à son sujet, la mine de charbon de Turów continue de susciter la polémique : son activité est maintenue à la satisfaction des mineurs, mais au grand dam des militants écologistes. La Commission européenne quant-à-elle veut toujours prélever les amendes infligées à Varsovie dans cette affaire.

Après des mois de litige, la Pologne et la République tchèque ont signé un accord concernant la mine de charbon polonaise de Turów près de la frontière tchèque. Selon ses termes, Varsovie doit verser 45 millions d'euros d'indemnités à Prague en échange du retrait de sa plainte auprès de la Cour de justice de l'Union européenne. Ce site polluant maintient donc son activité alors que sa fermeture était réclamée par la justice européenne depuis mai dernier.

Fermeté de la Commission européenne

Cet accord a entraîné un arrêt de la procédure en cours devant la Cour de justice de l'Union européenne. Mais la Commission européenne considère que les astreintes dues jusque là sont exigibles.

Bruxelles a annoncé vouloir prélever cette sanction financière dans les fonds européens versés à Varsovie. Une démarche inédite que la Pologne entend contester par "tous les moyens légaux", a-t-elle annoncé.

Satisfaction des mineurs

En attendant, à la mine de Turów, Bogumił Tyszkiewicz, représentant du syndicat des mineurs, se félicite du maintien du site : "On est contents parce que cela va stabiliser l'activité de notre entreprise, on va pouvoir regarder vers l'avenir et travailler avec confiance," souligne-t-il. "Si la mine et la centrale électrique cessent de fonctionner, il y aura un vide économique ici," assure-t-il.

À l'heure actuelle, il n'y a aucun plan B qui assurerait notre avenir et qui remplacerait cette source d'énergie par ici.
Représentant du syndicat des mineurs

L'accord prévoit notamment la construction d'une barrière pour empêcher l'écoulement des eaux souterraines et d'une digue en terre, un suivi environnemental et la création d'un fonds destiné à des projets locaux.

"Colère et tristesse" des militants écologistes

Mais côté tchèque, des habitants ont des doutes. Militante écologiste, Zuzka Pechova habite le village d'Uhelna non loin de la mine de Turów. "Je suis partagée entre la colère et la tristesse : on sait déjà qu'il y a des points dans l'accord," affirme-t-elle, "qui par exemple, ne garantissent pas les ressources en eau souterraine de notre village et le texte ne dit pas que la partie polonaise aidera à résoudre ce problème causé par l'exploitation de la mine de charbon de Turów."

C'est une victoire à la Pyrrhus pour le Premier ministre.
Défenseur de l'environnement polonais

Les défenseurs de l'environnement polonais critiquent eux aussi cet accord. Radosław Gawlik préside l'association environnementale EKO-UNIA. "On paie 500 millions de złotys," estime-t-il, "pour un accord qui ne nous apporte aucune garantie sur la sortie du charbon et sur l'utilisation de l'argent européen du Fonds pour une transition juste dans le but d'aller vers la neutralité climatique."

Prague a affirmé n'avoir reçu aucune indemnité de la part de la Pologne pour l'instant comme le prévoit l'accord entre les deux pays.