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Etats-Unis : le Texas a exécuté son plus vieux condamné à mort

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Par euronews  avec AFP
Photo de Carl Wayne communiquée le 14 avril 2022 par le bureau du procureur du district d'Harris, au Texas
Photo de Carl Wayne communiquée le 14 avril 2022 par le bureau du procureur du district d'Harris, au Texas   -   Tous droits réservés  AFP via bureau du procureur du district d'Harris   -  

A 78 ans, il était le plus vieux condamné à mort du Texas. Carl Buntion a été exécuté, plus de trente ans après le meurtre dont il a été reconnu coupable, malgré des appels à la clémence d'opposants à la peine capitale.

Carl Buntion a reçu une injection létale à 18h24 heure locale ce 21 avril, dans la prison de Huntsville au Texas, avant que son décès ne soit prononcé à 18h39 (23h39 GMT), selon un document des services pénitentiaires texans.

"J'ai des remords pour ce que j'ai fait", a déclaré Carl Buntion dans ses dernières paroles. "Je suis prêt à partir."

Un "conseiller spirituel" a pu être à ses côtés et le toucher durant l'exécution, ont fait savoir les autorités, une première au Texas.

Devant les hauts murs de briques rouges de la prison de Huntsville, quelques manifestants criaient "l'exécution n'est pas la solution", tandis que des dizaines de personnes s'étaient rassemblées pour, au contraire, la soutenir, a constaté un correspondant de l'AFP sur place.

La famille de la victime, un policier, était également présente.

Recours rejetés

Les avocats de Carl Buntion avaient indiqué avoir déposé un ultime recours auprès de la Cour suprême des Etats-Unis, sans succès.

Les défenseurs de Carl Buntion ne cherchaient plus à prouver son innocence. Mais au Texas, grand Etat du Sud conservateur, celui qui exécute le plus aux Etats-Unis, une personne ne peut être condamnée à la peine capitale que si un jury estime qu'elle représente un futur danger pour les autres.

Or, M. Buntion, qui souffrait notamment d'arthrose, de vertiges, d'hépatite et de cirrhose, ne pouvait "plus être dangereux", avaient plaidé ses avocats dans un recours, depuis rejeté, auprès de la commission des grâces et des libérations conditionnelles du Texas.

Isolé dans sa cellule 23 heures par jour depuis 20 ans

En juin 1990, cet homme, élevé par un père alcoolique et violent, avait déjà été condamné à 13 reprises et se trouvait en liberté conditionnelle pour une agression sexuelle sur un enfant.

Lors d'une intervention pour une banale infraction routière à Houston, Carl Buntion avait tiré sur le policier James Irby et l'avait tué.

Condamné à la peine de mort, il avait vu ce verdict annulé en 2009 par la plus haute juridiction texane, qui avait estimé que la défense n'avait pas pu être correctement entendue par les jurés.

Mais en 2012, il a de nouveau été condamné à la peine capitale.

Carl Buntion était isolé dans sa cellule 23 heures par jour depuis 20 ans.

L'an dernier, la Cour Suprême américaine avait refusé de revenir sur sa condamnation, mais le juge progressiste Stephen Breyer avait estimé que la durée de son confinement remettait "en cause la constitutionnalité de la peine de mort".

Pratiquement 200 personnes dans le couloir de la mort au Texas

Au Texas, 191 hommes et six femmes attendent dans le couloir de la mort. Trois ont plus de 70 ans, et cinq s'y trouvent pour des crimes remontant à plus de 40 ans.

Après celle de Carl Buntion, l'exécution de Melissa Lucio, accusée d'avoir tué sa fille de 2 ans en 2007, est programmée le 27 avril.

Condamnée au terme d'un procès controversé, elle est soutenue par de nombreux élus démocrates et républicains, ainsi que par la star de téléréalité Kim Kardashian, qui a contribué à médiatiser ce que ses défenseurs qualifient d'erreur judiciaire.

Depuis les années 2000, le Texas connaît une nette diminution des exécutions. De 137 entre 2000 et 2004, leur nombre est tombé à 35 entre 2017 et 2021. Un total qui reste bien plus élevé que ceux des autres Etats américains.

Pour Burke Butler, cette baisse s'explique par la prise de conscience, chez les procureurs, "que la peine de mort est un châtiment excessif et cruel", mais aussi par le fait que "les gens ont de meilleurs avocats".

Car face à la peine capitale, tous ne sont pas égaux. "On finit dans le couloir de la mort parce qu'on est pauvre et mal défendu", soutient Burke Butler.

Au Texas, 45% des personnes qui attendent leur exécution sont noires, contre seulement 13 % de la population, au niveau fédéral ce pourcentage

Des inégalités et un débat éthique qui dépassent largement les frontières de l'Etat. En Caroline du Sud, Richard Moore, qui doit être exécuté le 29 avril, a été le premier condamné à devoir choisir entre la chaise électrique... et le peloton d'exécution.

Le détenu a choisi le 15 avril dernier la deuxième option. Instaurée là-bas en mai 2021, cette méthode existe dans trois autres Etats américains, bien qu'elle soit très peu utilisée.

Le Tennessee, qui devait également jeudi mettre à mort son condamné à mort le plus vieux, a repoussé l'exécution d'Oscar Smith, 72 ans, au dernier moment, selon un tweet du gouverneur de l'Etat. Bill Lee a effet accordé un "sursis temporaire" le temps de régler la question "en raison d'un oubli dans la préparation de l'injection létale". Oscar Smith a été condamné pour le meurtre en 1989 de son épouse, dont il était séparé, et des deux fils de cette dernière.

La peine de mort en perte de vitesse aux Etats-Unis...

Depuis l'abolition de la peine de mort en Virginie, le 24 mars 2021, un quasi-point d'équilibre est atteint entre les Etats qui l'ont l'abolie et ceux qui l'autorisent encore.

La peine capitale n'est plus appliquée dans 23 Etats, ainsi que dans le district de Columbia, où se trouve la capitale fédérale Washington.

A l'inverse, la peine de mort serait encore en vigueur dans 23 Etats. Toutefois, certains Etats, comme le Nevada, le Kansas, l'Indiana ou le Wyoming, n'ont plus procédé à des exécutions depuis plus de 10 ans.

Enfin, la Californie (depuis 2019), l'Oregon (depuis 2011) et la Pennsylvanie (depuis 2015) ont décidé de suspendre la peine de mort en mettant en place un moratoire sur les exécutions.

Depuis que la peine de mort a été rétablie aux Etats-Unis en 1976, plus de 1 500 personnes ont été exécutées, selon le Centre d'information sur la peine de mort (DPIC). Au niveau des Etats, le triste record revient au Texas avec 573 exécutées depuis 1976.

Concernant les verdicts prononcés, le nombre de condamnations à mort a considérablement diminué, passant de 295 en 1998 à 18 en 2020 et 2021.

... mais toujours des milliers de condamnés dans le "Death row"

Outre les plus de 2 300 détenus qui se trouvent dans les "couloirs de la mort" des établissements pénitentiaires dépendant des Etats et de leur justice, 44 personnes condamnées à la peine capitale sont actuellement incarcérées dans les prisons fédérales situées sur l'ensemble du territoire du pays. La peine de mort est aussi appliquée au niveau fédéral par l’armée, où quatre condamnés sont en ce moment concernés.

Après plus de 17 années d'interruption, les exécutions au niveau fédéral ont été relancées en juillet 2020, sous l'impulsion de l'ancien président Donald Trump, ardent partisan de la peine de mort. Aussitôt, les sentences se sont enchaînées à un rythme effréné. Ainsi, 10 personnes ont été exécutées en 2020. Trois l'ont été en 2021, dont Lisa Montgoméry, première exécution fédérale d'une femme en près de 70 ans et Corey Johnson, exécuté en Virginie le 14 janvier 2021.

A son arrivée au pouvoir, le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, s'était prononcé sur un moratoire sur les exécutions fédérales. En juillet 2021, un tel moratoire a été effectivement annoncé par la Maison-Blanche en juillet 2021.