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Cybercensure : les coupures d'internet opérées par des Etats en nette hausse en 2021

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Par Vincent Coste  avec AFP
Illustration : serveurs Internet photographiés dans les locaux de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, à Ecublens en Suisse, le 9 mai 2011
Illustration : serveurs Internet photographiés dans les locaux de l'École polytechnique fédérale de Lausanne, à Ecublens en Suisse, le 9 mai 2011   -   Tous droits réservés  REUTERS/Denis Balibouse   -  

Même s'il n'existe pas un gros bouton rouge pour couper Internet, la tentation est grande dans de nombreux pays, surtout autoritaires, de restreindre, de limiter ou d'interdire l'accès au réseau mondial. Et en la matière, cette pratique a même tendance à prendre de l'ampleur. En effet, les coupures délibérées d'internet opérées par des États ont nettement augmenté en 2021 avec 182 cas recensés par le collectif d'organisations #KeepItOn dans un rapport publié ce jeudi. Ces donnés représentent une hausse de plus de 14% par rapport à 2020.

"Avec le retour graduel à la normalité après la propagation de la pandémie mondiale de Covid-19, nous avons observé une résurgence spectaculaire des coupures d'internet en 2021", expliquent les auteurs du rapport.

34 pays ont ainsi coupé l'accès à leurs citoyens l'année dernière, contre 29 en 2020.

106 coupures en Inde en 2021

L'Inde est de loin le pays où le plus grand nombre d'incidents ont été constatés avec 106 coupures. Une grande partie de ces cas ont eu lieu dans le territoire de Jammu-et-Cachemire, disputé entre l'Inde et le Pakistan.

"L'utilisation persistante de coupures d'internet en Inde malgré la levée de boucliers mondiale et les régulations exigeant plus de transparence montrent que la situation ne s'est pas beaucoup améliorée sur place", déplorent les rédacteurs.

La Birmanie arrive en seconde position du classement (15 coupures), suivie de l'Iran (5), du Soudan (5), de Cuba (4) et de la Jordanie(4).

Les coupures sont intervenues dans des contextes divers : manifestations et coups d'État (Birmanie, Soudan, Iran, Jordanie, Pakistan, Eswatini, Cuba, Burkina Faso), élections (Tchad, République démocratique du Congo, Iran, Niger, Ouganda, Zambie), zones de conflit (Ethiopie, Birmanie, bande de Gaza) ou encore pour empêcher la triche lors d'examens (Algérie, Syrie, Soudan).

#KeepItOn note toutefois un déclin du nombre de suspensions d'internet en période électorale, citant en exemples des pays comme le Bénin, l'Irak et la Gambie où l'accès a été maintenu tout au long de l'année.

Le collectif, qui regroupe 282 organisations dans divers secteurs (ONG, lobbies, centres de recherche, fondations, médias) et dans une centaine de pays, salue également les condamnations formulées par le G7 et les Nations unies contre les coupures d'internet et les restrictions d'accès au réseau.

Il note également une intensification des actions pour contester devant le tribunaux la légalité des suspensions dans plusieurs pays africains (Nigéria, Soudan, Zambie).

"Les coupures d'internet et la montée de l'autoritarisme vont de pair", s'inquiète néanmoins Marianne Diaz Hernandez de l'ONG de protection des droits numériques Acces Now, à l'origine du projet #KeepItOn.

"En 2021, les gouvernements ont prouvé à quel point les coupures pouvaient être des outils tout-en-un pour exercer le contrôle sur des populations", ajoute la chercheuse.

Des réseaux nationaux indépendants... plus facilement contrôlables

Si le droit à l'information fait l'objet d'un article de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, de nombreux pays n'hésitent pas bafouer ce principe. 

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit
Article 19 de la déclaration universelle des droits de l'homme des Nations unies

Dernier exemple en date, la Russie. Depuis le déclenchement de l'invasion de l'Ukraine, le 24 février dernier, Moscou a rendu impossible l'accès aux réseaux sociaux comme Twitter, Facebook ou Instagram. Des dizaines de sites ont été également bloqués depuis le début de l'offensive russe en Ukraine. 

Roskomnadzor, le service fédéral de supervision des communications, des technologies de l’information et des médias de masse, veille au respect de lois récemment votées, où publier des informations sur le conflit considérées comme fausses est puni de peines pouvant aller jusqu'à 15 ans de prison. 

Depuis plusieurs années déjà, Moscou a mis en place un arsenal législatif pour contrôlerInternet et restreindre la liberté d'expression. Ainsi depuis le 1er novembre 2019, un "Internet souverain" est en entré en vigueur permettant, le cas échéant,  d'isoler tout le réseau russe du reste du monde. Coupé du reste du monde, ce "RuNet" serait ainsi facilement contrôlé  par les autorités russes assurant "vouloir lutter contre tous types de menaces".

La démarche russe se rapproche de celle de la Chine et de sa "Grande muraille informatique" où les internautes chinois naviguent dans un système clos, dont les services occidentaux les plus populaires ont été remplacés par des équivalent locaux, comme Weibo pour Twitter ou WeChat pour Facebook.

Internet repose sur de grandes colonnes vertébrales, les backbones, des câbles géants de fibres optiques tirés sur les cinq continents et posés aux fonds des mers et des océans. Cette ossature qui ne cesse de se développer permet donc aux données de prendre des "itinéraires bis" en cas de panne. Dans les faits, il est ainsi plus aisé de contrôler ou de couper ces données dans les pays où ces infrastructures sont moins nombreuses et où les opérateurs sont également moins diversifiés.